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Un homme accidentel de Philippe Besson : saut d’homme, et remords ?


Philippe Besson traque dans chacun de ses romans le vertige qui fait tomber dans la transgression. Avec tact. Avec douceur. Avec compassion.

Il fait mine de s’en défendre, de ne savoir restituer les tourments de ses personnages lorsque par la voix de son narrateur, il s’interroge sur la façon de « dire la délicatesse et la lenteur ? Il faudrait sans doute des mots que je ne possède pas, des expressions qui m’échappent, des images que je suis incapable de former, des adjectifs savants qui visent juste. Il faudrait surtout des silences, des aveux sans paroles, ces presque rien qui signifient tout. Il faudrait abdiquer toute intelligence, toute intention pour être seulement dans l’émotion, dans ce qui se ressent, ce qui s’éprouve. Il faudrait aussi ne pas redouter l’impudeur, ou bien inventer une manière de se dévoiler, de se livrer qui ne soit pas indécente ».
Un homme accidentel de Philippe Besson

Le fidèle lecteur a déjà reconnu que c’était là son talent. Le roman qui vient de paraître est résumé ainsi page 193 : « J’étais marié, épris de ma femme, j’allais être père. Il était inconcevable que je sois amoureux d’un type de vingt cinq ans ? « Je » est flic et le « type »… C’est le meurtrier !

Avec lenteur, Philippe Besson conte la fulgurance et la profondeur de leur rencontre, ressentie comme un choc inattendu, peut-être inespéré. « Il advient toujours », dit le policier, « un moment dans une vie où on est confronté à sa part d’ombre. Le meurtre, par exemple, peut n’être qu’une collision fortuite et brève avec sa propre noirceur. Pour ceux qui ne le préméditent pas, le passage à l’acte n’est souvent que le produit d’une infime parcelle de temps pendant laquelle l’humain bascule dans le monstre ».

Ici le monstre s’appelle l’amour.

Un homme accidentel
Philippe Besson
Edition Julliard
244 pages
19 euros


Publié le Lundi 31 Mars 2008 dans la rubrique Culture | Lu 3530 fois