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Triple adresse à propos de la crise financière et des retraites, chronique par Serge Guérin

La crise financière qui plonge une partie du monde dans une sorte de sidération nous oblige à quelques remarques. J’en propose trois, selon un plan traditionnel partant du plus large pour aller au plus spécifique.


Premièrement. Contrairement à ce que l’on peut entendre de la part de journalistes suivistes et peu compétents ou de nombreux analystes, il ne s’agit pas d’une mise en cause du capitalisme en tant que système mais d’une crise technique qui montre le défaut de contrôle sur les organisations bancaires et le manque d’Etat comme instance suprême de validation et d’émetteur de règles.

Il est tout de même incroyable que dans des sociétés où le contrôle devient omniprésent, -je devrais dire trop omniprésent-, où la peur du risque et de la différence conduit à des mesures parfois liberticides, la finance soit pratiquement la seule activité à ne devoir rendre de comptes à personne ! On soulignera aussi, à l’attention de tous ceux qui font commerce de dévalorisation systématique de la France et de son manque de modernité, que les banques françaises ont peu versé dans les délires de la finance américaine et que notre pays ne tirent qu’environ 8% de sa richesse des services financiers, contre près de 50% pour le Royaume-Uni. Nous sommes donc aujourd’hui plus victimes des peurs irrationnelles et de l’incompétence de traders incultes et suivistes que d’un défaut structurel.

À l’inverse le modèle de financiarisation de l’économie largement défendu par les USA et la Grande-Bretagne doit être pourfendu et mis à plat. Que sous l’égide de Sarkozy, libéral discret et interventionniste dans l’âme, et de Gordon Brown, pourtant peu « europhile » à l’origine mais expert s’il en est de la politique économique et doté d’un réel leadership intellectuel, l’Europe commence à se penser en collectif et aille vers une intervention décisive de l’Etat. Au-delà des sourires, nous assistons bien à un retour de l’Etat dans la vie des entreprises. Même si le terme de nationalisation est souvent utilisé, ce n’est pas le bon, il s’agit bien d’un repositionnement de l‘Etat au centre du jeu.

Deuxièmement. Rappelons que nous devons beaucoup à l'Europe. Imaginons en effet, la situation si l’euro n’existait pas : la période actuelle aurait vu en plus, une cascade de dévaluation, la fermeture de certaines frontières, une baisse du commerce intra-européen et une panique décuplée par rapport à celle que nous connaissons…

Nous manquons cruellement de grands chefs d’Etat aujourd’hui, aussi ayons une pensée pour un Jacques Delors qui a marqué comme personne l’avancée de l’Europe et un Giscard d’Estaing qui, comme Michel Rocard, arrive à remettre du rationnel et du recul, dans les commentaires du moment.

Troisièmement. Rappelons nous aussi les débats de nombreux libéraux soutenant l’urgence de passer à un système de financement de la retraite par le recours à la capitalisation. Ils n’avaient pas assez de mots pour se moquer de nous autres pauvres incultes, passéistes et ringards qui pensions que la retraite par répartition était à la fois le système le plus sûre et le seul à structurer le pacte social entre les générations.

Pensons à ces retraités américains qui ont tout perdu, pensons aussi à certains petits actionnaires en France ou ailleurs qui ont confié une partie de leur avenir économique au bon vouloir des marchés. Bien sûr que la bourse participe du développement de l’économie, mais elle doit rester à sa place et non vouloir en devenir l’âme. La finance est une activité importante, mais ne saurait remplacer l’économie des biens et des services.

À ce propos, les organisations syndicales vont manifester cette semaine (ndlr : le 16 octobre prochain) pour la revalorisation des retraites. Notons une fois de plus l’incapacité des organisations se voulant représentantes des retraités à peser sur les débats. Les confédérations syndicales, dont le tiers des adhérents sont des retraités,ont peur de la« concurrence » et les organisations de retraités sont en défaut d’expertise et de représentativité. Les unes comme les autres sont prises dans des logiques corporatistes et ne savent pas proposer un récit d’ensemble, et des perspectives, à la collectivité.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Vient de publier Vive les vieux !, Editions Michalon
Triple adresse à propos de la crise financière et des retraites, chronique par Serge Guérin


Publié le Lundi 13 Octobre 2008 dans la rubrique Chroniques | Lu 3322 fois