Sommaire
Senior Actu

Tout doit disparaître : la vieillesse et la mort au centre d'une pièce de théâtre

Considérant que l’âgisme est trop souvent présent dans notre société, la compagnie Barouf Théâtre a décidé d’aborder le difficile sujet de la vieillesse et de la mort dans un spectacle intitulé « Tout doit disparaître », qui a déjà été joué à plusieurs reprises en maison de retraite mais également au Festival d’Avignon.


Concrètement, cette pièce met en scène l’histoire d’une trahison, d’un mensonge… indiquent les créateurs. Un jour, les enfants d'une personne âgée viennent la chercher pour l'emmener en promenade. Un pressentiment étrange la suit pendant tout le trajet... finalement la promenade les conduits dans une maison de retraite, « un centre » où elle va être obligée de rester. Coupée de sa vie, de ses affaires, sans y être préparée elle découvre cette « maison de vieux », tisse de nouveaux liens et fait vivre les intervenants (psy, infirmière, aide...), les lieux et les pensionnaires.

Le spectacle s’ouvre sur un mur de cartons sur lequel sont projetés des portraits (diapositives) de personnes âgées avec en voix off leurs paroles enregistrées lors d’une interview répondant à la question : « Pensez-vous souvent à la mort ? ».

Le personnage, pour entrer sur scène, doit briser ce mur qui le sépare des spectateurs avec qui il va tenter d’établir un dialogue. Au fur et à mesure que se déroule l’histoire, les cartons sont des supports du jeu de l’acteur : d’objets inanimés, ils deviennent protéiformes et stimulent notre capacité à imaginer d’autres espaces, d’autres personnages et d’autres objets.

Symboliques, ils représentent nos souvenirs, les cases de la mémoire qui s’effondre, « le barda » des objets que l’on trimballe tout au long de sa vie. La bande sonore : pensée intérieure, murmure sonore qui résonne en chacun de nous, rêve éveillé, chute, moments de joie simple… Les matériaux utilisés appartiennent à la grammaire du temps qui passe : des pleurs d’enfant, des tic-tac de vieilles horloges, des paroles en désordre, des pas, des orages qui éclatent… Le déclic d’un vieil appareil de photo aiguille le fil du récit et permet au personnage de voyager sur d’autres affluents de la mémoire, agissant parfois comme un électrochoc.

« Nous avons choisi ce sujet, à notre âge (30 et 33 ans) » précise Margaux Delafon, « parce que personne ne parle de la vieillesse et encore moins de la mort, parce que notre société prône sans cesse un jeunisme forcené qui cristallise notre peur de vieillir. La vieillesse devient une maladie alors que c’est un processus naturel ».
Tout doit disparaître : la vieillesse et la mort au centre d'une pièce de théâtre

Génèse du projet

Margaux Delafon : Ethnologue de formation, j’ai d’abord effectué un travail de recherches, de rencontres et d’observations sur le thème de la vieillesse. Rapidement il m’est apparu que les matériaux recueillis avaient des qualités théâtrales et j’ai proposé à Laurent Leclerc d’écrire un texte pour la scène.
Laurent Leclerc : J’ai entamé le travail d’écriture avec le souci d’un certain dosage entre le témoignage et la fiction jusqu’à obtenir une première version. J’ai très vite fais le choix du monologue pour signifier que le dialogue était rompu, le lien intergénérationnel brisé. Ainsi, la mise en scène peut avoir un rôle réparateur en rétablissant le contact par une adresse frontale qui cherche, a contrario du texte, le dialogue. Cette dualité, cette tension, traduit bien, je crois, la difficulté qu’il y a à communiquer sur un tel sujet. Et c’est ce souci, cette volonté de « chercher à rétablir le contact », qui fait la nécessité de prise de parole du personnage.
M.D : Ce n’est pas une critique des « centres spécialisés » ni de « la famille qui abandonne »… Le point de vue adopté est celui d’une personne pour qui le monde extérieur est devenu inadapté : elle perd la mémoire du lieu où elle habite, elle tombe…
L.L : Le personnage central n'est pas victimisé, il constate son état de vieillissement : quand on est trahi par son propre corps, ses propres facultés. Nous sommes dans l’exposition de faits, pas dans une dramatisation des effets du vieillissement.
M.D : Comment vit-on quand on a 90 ans ? Comment respire-t-on ? Comment marche-t-on ? Notre carapace, comment devient-elle et comment la porte t-on ? Comment pense t-on, comment et de quoi se souvient-on quand la mémoire part en miettes ? Nous avons décidé de ne pas travailler sur un mode réaliste. Nous avons cherché le moyen de stimuler le public dans ses sensations et aussi dans sa capacité à imaginer en croisant différents langages, tout en en cherchant des formes en adéquation avec notre propos.

La pièce sera joué prochainement dans une maison de retraite du 93 et devrait tourner dans d'autres établissements d'ici la fin de l'année.

Contact
Barouf Théâtre
7, rue des Orteaux
75020 Paris
Tél : 01 43 73 06 21 / Mob : 06 60 10 16 00




Publié le Vendredi 8 Septembre 2006 dans la rubrique Culture | Lu 4555 fois