Concrètement, cette pièce met en scène l’histoire d’une trahison, d’un mensonge… indiquent les créateurs. Un jour, les enfants d'une personne âgée viennent la chercher pour l'emmener en promenade. Un pressentiment étrange la suit pendant tout le trajet... finalement la promenade les conduits dans une maison de retraite, « un centre » où elle va être obligée de rester. Coupée de sa vie, de ses affaires, sans y être préparée elle découvre cette « maison de vieux », tisse de nouveaux liens et fait vivre les intervenants (psy, infirmière, aide...), les lieux et les pensionnaires.
Le spectacle s’ouvre sur un mur de cartons sur lequel sont projetés des portraits (diapositives) de personnes âgées avec en voix off leurs paroles enregistrées lors d’une interview répondant à la question : « Pensez-vous souvent à la mort ? ».
Le personnage, pour entrer sur scène, doit briser ce mur qui le sépare des spectateurs avec qui il va tenter d’établir un dialogue. Au fur et à mesure que se déroule l’histoire, les cartons sont des supports du jeu de l’acteur : d’objets inanimés, ils deviennent protéiformes et stimulent notre capacité à imaginer d’autres espaces, d’autres personnages et d’autres objets.
Symboliques, ils représentent nos souvenirs, les cases de la mémoire qui s’effondre, « le barda » des objets que l’on trimballe tout au long de sa vie. La bande sonore : pensée intérieure, murmure sonore qui résonne en chacun de nous, rêve éveillé, chute, moments de joie simple… Les matériaux utilisés appartiennent à la grammaire du temps qui passe : des pleurs d’enfant, des tic-tac de vieilles horloges, des paroles en désordre, des pas, des orages qui éclatent… Le déclic d’un vieil appareil de photo aiguille le fil du récit et permet au personnage de voyager sur d’autres affluents de la mémoire, agissant parfois comme un électrochoc.
« Nous avons choisi ce sujet, à notre âge (30 et 33 ans) » précise Margaux Delafon, « parce que personne ne parle de la vieillesse et encore moins de la mort, parce que notre société prône sans cesse un jeunisme forcené qui cristallise notre peur de vieillir. La vieillesse devient une maladie alors que c’est un processus naturel ».