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Senior Actu

Toujours mieux chez soi et plus longtemps en 2030 ?

Les statistiques sont formelles, la France comptera plus de 17 millions de personnes âgées de plus de 60 ans en 2020, c’est-à-dire demain, dont trois millions de dépendants. Tachons de nous projeter un petit plus loin, pour comprendre quelles seront leurs attentes, puis les solutions les plus adaptées pour que les personnes en grande perte d'autonomie, qu’elles soient âgées ou non, vivent bien chez elles en 2030. Par Serge Guérin, sociologue et Malek Rezgui, fondateur de Dommee.


Pour anticiper les besoins de demain, il faut comprendre la situation actuelle. Environ 13 millions de personnes ont besoin d’être accompagnées pour rester à leur domicile, car une large majorité ne souhaite ou ne peut pas aller dans un EPHAD ou une résidence service senior. L’adaptation d’un logement n’est pas forcément très coûteuse, notamment grâce aux aides proposées par l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) et  l'APA (l'Allocation Personnalisée d'Autonomie).
 
Le marché de la silver économie connaît aussi un véritable boom depuis bientôt dix ans, puisqu’il pèserait en France plus de 130 milliards d’Euros. Entre santé connectée et domotique, pas une semaine ne passe sans une nouvelle application ou un énième gadget connecté pour le bien vivre chez soi des résidents.
 
Vous noterez que nous n’avons pas utilisé le terme « dépendant », puisque nombre d’entre eux ne se considèrent pas comme tel. Ils ne veulent pas être traités différemment des autres, tout en étant sensibles au fait que la société prenne en compte leurs besoins spécifiques... Cette ambivalence va-t-elle s’accentuer dans les dix années à venir ? Le rôle de la famille va-t-il être renforcé ? Le marché des objets connectés et applications pour les seniors va-t-il poursuivre son expansion ?
 
En 2030, on revient à l’essentiel… avec l’aide des nouvelles technologies
Il y a un point primordial à prendre en compte : les seniors de 2030 ont vu vieillir leurs parents et ont vécu l’émergence des objets connectés. Comme nous continuerons de vivre de plus en plus longtemps, deux générations de seniors vont coexister, les plus de 60 ans et les plus de 90 ans.

Elles auront plusieurs problématiques communes :
1. Comment maintenir le lien avec les 25 ans et plus ?
Vaste sujet. Ils vont être de plus en plus connectés, toujours plus adeptes des tablettes et des smartphones que de nos traditionnels écrans TV. Leurs ainés vont s’adapter car ils refusent l’idée d’être considérés comme des vieux. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les magasins clairement spécialisés seniors n’auront pas tous le vent en poupe, même si certaines enseignes nationales se sont lancées sur ce segment.
 
En effet, les seniors n’ont pas envie de côtoyer uniquement des gens de leur génération, ils veulent être traités comme tout le monde. Ils feront leurs courses aux mêmes endroits que les autres, dîneront dans les mêmes restaurants et fréquenteront les mêmes cinémas. Et ils vont également s’adapter aux nouvelles technologies, car elles présentent beaucoup d’avantages. Notamment celui de pouvoir partager leur quotidien sur les réseaux sociaux, voir la famille qui habite loin grâce à la vidéo, mais aussi rompre leur éventuel isolement grâce aux communautés qui vont être amenées à se créer.
 
2. Comment rester à son domicile le plus longtemps possible ?
Ce besoin sera bien évidemment renforcé, malgré les efforts des EPHAD et des résidences services seniors pour offrir plus de confort et d’intimité. La maison de demain ne sera certainement pas suréquipée de capteurs et autres objets connectés pour surveiller les moindres faits et gestes des résidents. Ils ne veulent pas être prisonniers de la domotique, ni se sentir sous surveillance vidéo.

La tendance ira vers quelques équipements discrets qui ciblent les besoins essentiels (détecteur de chute, mesure du volume d’eau utilisé, fermeture des portes et des volets, ou encore éclairage de certaines pièces…). Les informations stockées ne seront pas partagées directement avec une société de gardiennage lambda, afin de ne pas risquer que les données personnelles soient utilisées à des fins commerciales, mais en priorité aux proches. Ensuite, libre à eux de décider du traitement de ces données.
 
3. Le rôle prépondérant des proches :
La famille verra son rôle de prescripteur renforcé. Souvent, ils suggéreront au résident des services et des nouveautés susceptibles d’améliorer son confort et son bien-être. Les nouvelles technologies continueront d’améliorer la communication entre le résident et sa famille éloignée, mais aussi avec le personnel médical. Les systèmes de visioconférence seront dopés par la réalité augmentée, afin de donner l’impression d’être à côté de celui avec qui on converse.
 
Vers un tassement du marché de la domotique et de la santé connectée
Comme expliqué plus haut, on s’oriente vers un retour à l’essentiel et un rejet de plus en plus massif de tout ce qui pourrait se révéler trop intrusif. Cela va donc entraîner un tassement du marché de la santé connectée et de la domotique. Quant aux robots, s’il est vrai qu’ils peuvent rendre de nombreux services, ils peuvent aussi nuire au besoin d’intimité. Tout va dépendre de leur capacité à devenir plus humain, à l’image du héros du film Robot and Frank.
 
D'une certaine manière, 2030 ressemblera beaucoup à ce que l’on observe déjà aujourd'hui. Les besoins et les attentes des personnes en grande perte d'autonomie, qu’elles soient âgées ou non, seront les mêmes, mais amplifiées par leur volonté de profiter plus longtemps de leur domicile et leur volonté de coller à l’air du temps. Les acteurs de la domotique, de la santé connectée et de l’habitat n’auront pas d’autre choix que de revenir à plus de simplicité pour les satisfaire.


Publié le Mercredi 1 Juin 2016 dans la rubrique Chroniques | Lu 1552 fois