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Tea-Bag d’Henning Mankell : une mutuelle incompréhension


En marge d’une œuvre conséquente qui fait de lui le grand auteur de la littérature policière scandinave, Henning Mankel livre cette fois-ci un roman, presque un conte, universel sur la douleur, peut-être sur l’incompréhension, de l’immigration.
Tea-Bag d’Henning Mankell : une mutuelle incompréhension

Ici l’inspecteur Wallender laisse la parole à Jesper Humlin, fameux poète suédois, qui peine à trouver l’inspiration, écartelé entre mille soucis qui vont du harcèlement de son banquier à celui de son éditeur, empêtré dans sa vie conjugale et son attachement filial pour une mère possessive.

Le hasard le fait rencontrer Tea-Bag, jeune Nigériane, mais aussi Leïla, venue d’Iran et Tatiana qui arrive de l’ancienne URSS.

Chacune narre les circonstances et les raisons de son exil. Elles le font sous la forme d’une sorte d’atelier d’écriture organisé par le poète, mais on sent bien que c’est lui qui s’approprie ces histoires tout en se posant la question, pour un écrivain, de sa capacité à traduire la douleur de l’autre.

Le talent d’Henning Mankell, que ce soit dans ses textes policiers, ou que ce soit dans de tel ouvrage est d’approcher avec tact, avec discrétion, avec retenue de la souffrance de son prochain.

Les chapitres les plus poignants sont ceux qui décrivent la peur, la fuite permanente, la perte d’identité de l’immigré clandestin. Parlant d’elle Tea-Bag raconte : « Pendant neuf ans elle a été en fuite, et tout le monde s’est acharné sur elle avec des fouets invisibles pour qu’elle ne reste pas, pour quelle continue de ne pas exister, de ne pas être vue, pour quelle ne s’arrête pas, pour qu’elle continue sa route encore et encore, comme si elle tournait sur elle-même dans un circuit sans fin, un circuit qui laisse petit à petit la vie s’écouler dans sa mort et le vide. C’est tellement loin qu’elle commence à devenir invisible à elle-même ».

Ainsi est le ton du livre, ancré dans la réalité sociologique et politique de la Suède qui a peur et qui ne comprends pas. Mutuelle incompréhension.

Tea-Bag
Henning Mankell
(traduit du suédois par Anna Gibson)
Editions Seuil
331 pages
21 euros


Publié le Lundi 18 Juin 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2022 fois