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Senior Actu

Tanzanie : près de 8.600 personnes âgées assassinées pour « sorcellerie »

Selon la Coalition pour les personnes âgées (COEL), une ONG tanzanienne, près de 8.600 aînés auraient été tués au cours des dix dernières années pour avoir pratiqué des actes de sorcellerie, indique une récente dépêche de Panapress.


Selon Jamathon Magodi président de cette organisation non-gouvernementale, qui s’est fixée pour objectif en 1997, de protéger les droits de personnes âgées en Tanzanie, la plupart des meurtres auraient lieu dans quatre provinces bordant le Lac Victoria, à l’ouest du pays, mais plus particulièrement dans celle de Shinyanga.

Cette région de l’Afrique de l’Est est caractérisée par un niveau d’analphabétisme élevé et par une grande pauvreté. Le pays est par ailleurs très touché par le Sida. Le président de la COEL tente donc de « sensibiliser le public sur l’impact juridique et social de ces meurtres » de personnes âgées soupçonnées d’être des « sorcières » et des « mauvais esprits ».

Au cours des dix dernières années (date du début des statistiques), le pays a connu une hausse des assassinats de seniors, tués notamment pour leur peau, qui est utilisée par les guérisseurs traditionnels pour fabriquer des remèdes contre le sida ou accroître la virilité.

« Conscients du rôle des personnes âgées dans le maintien des valeurs culturelles et morales de la société, nous estimons qu'il est urgent de dissuader les gens de tuer les citoyens du troisième âge » clame Jamathon Magodi.

Rappelons qu’outre ce rôle traditionnel des aînés dans la société africaine, les grands-parents endossent une responsabilité de plus en plus importante depuis que le sida a décimé les jeunes générations : les seniors font office d’infirmiers auprès de leurs enfants malades ou récupèrent leurs petits-enfants lorsque les parents sont trop faibles pour s’en occuper ou lorsque les deux sont décédés.

Une récente étude d’HelpAge, ONG internationale qui lutte pour les droits des personnes âgées dans le monde, souligne d’ailleurs que les conditions de vie déjà précaires des aînés tanzaniens sont largement aggravées par cette situation. Les anciens qui ont vu, une, voire deux générations disparaître, qui doivent s’occuper des enterrements mais également de la mémoire de leurs morts -inhumés près des habitations comme le veut la coutume- sont victimes d’un stress permanent qui augmente les risques de crise cardiaque, d’attaque cérébrale, d’hypertension, etc. Une vieille dame indique avoir « l’impression de porter un pierre sur sa tête ».

Dans ce pays de 37.4 millions d’habitants, les personnes âgées de 65 ans et plus ne représentent que 2.6% de la population. Le rapport homme/femme dans cette tranche d’âge est de 0.76. L’âge moyen est de 17.7 ans, 17.5 pour les hommes et 18 pour les femmes.

L’espérance de vie à la naissance est de 45.64 ans en moyenne, 44.93 pour les hommes et 46.37 pour les femmes.


Publié le Mercredi 30 Août 2006 dans la rubrique Divers | Lu 4664 fois