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Senior Actu

Synthèse du 20ème congrès de la Fnadepa sur le thème : « Vieillesse et société »

Redonner aux personnes âgées toute leur place dans notre société : tel est le défi qu’ont voulu relever 250 directeurs d’établissements pour personnes âgées, les 9 et 10 juin derniers à Marseille. Réunis pour le vingtième congrès national de la FNADEPA (Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées), au Palais du PHARO.


« Je ne m’explique pas le manque d’intérêt des médias pour les personnes âgées », a déclaré Solange Moll, Maire adjointe de Marseille déléguée aux personnes âgées, « car le vieillissement est notre destin à tous ». Les pouvoirs publics, eux, répondent trop souvent par la contrainte économique , a repris le Président de la FNADEPA Claudy Jarry. Or, le véritable enjeu est de taille : il s’agit de donner aux personnes âgées un véritable statut d’acteurs, et c’est aux établissements que cette immense tâche revient. Face à la minimisation des problèmes, il faut communiquer. Mais toute la question est de savoir comment , a résumé Carole Brision, de la FNADEPA Bouches du Rhône : quelle représentation donner de la vieillesse ?

Zoom sur les personnes âgées dépendantes avec la psychanalyste Fabienne Albert

« Si vieillir est bien considéré pour le vin ou le fromage, il n’en va pas de même pour l’humain ! » Alors que la vieillesse tend à devenir l’âge le plus long de la vie (18.000 centenaires en France en 2010), elle demeure mal perçue. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle nous force à voir ce que nous voudrions nier : la maladie, la mort, l’absurdité du mythe de l’éternelle jeunesse…

Voilà pourquoi les institutions d’accueil des personnes âgées dépendantes souffrent d’une mauvaise réputation. Pour y remédier, les professionnels doivent montrer que leurs établissements sont des lieux de vie (et non des lieux où l’on attend la mort). La vieillesse elle-même doit être revalorisée : il faut insister sur le courage des personnes âgées, montrer qu’elles luttent tant physiquement que psychologiquement.

Et pour cela, il faut citer des cas concrets. Exemple : Marie-Louise, 92 ans, qui mimait des accouchements lors de crises de démence ; par l’analyse, on a compris qu’elle rejouait là tout le drame de sa vie : sa stérilité.

« Vieillesse Movie » : vieillesse et cinéma selon le gérontologue Jean-Jacques Depassio

La vieillesse n’est plus taboue au cinéma ! Le festival Lumière Blanche le démontre chaque année à Tassin la Demi-Lune (69). Tout au long de son histoire, le septième art a porté un regard différent sur les personnes âgées… ou plutôt « des » regards différents, car les registres sont multiples : cela va du style profond et méditatif de Kurozawa (Japon) au ton léger d’Hollywood (Arsenic et vieilles dentelles de Capra), en passant par les accents nostalgiques d’un Tavernier en France (Un dimanche à la campagne).

Et le cinéma actuel n’est pas en reste : de plus en plus de films abordent le sujet. Ce sont souvent des personnages de « papis tendres » mais quelquefois aussi des rôles plus riches. On constate d’ailleurs que de nombreux acteurs âgés - le plus souvent des hommes - occupent des premiers rôles (Piccoli, Bouquet…). Sur le fond, l’ensemble des aspects de la vieillesse est abordé, à l’exception peut-être de la maladie d’Alzheimer, laquelle fait plutôt l’objet de documentaires.

Les « seniors » en publicité, par l’universitaire Serge Guérin

Davantage de personnes âgées et des personnes âgées plus riches : voilà le phénomène qui explique le regain d’intérêt de la publicité pour les seniors. Mais de quels « seniors » s’agit-il ? Ceux que l’ont voit en publicité sont plutôt jeunes, aisés et en bonne santé (« triangle d’or ») ! Ce sont moins des « setra » (seniors traditionnels) que d’authentiques « boobos » (boomers bohèmes).

En revanche, les plus âgés, ceux qui souffrent, sont les grands absents des pages de pub… à moins d’être évoqués sur le registre de la pitié. Ciblant les jeunes seniors et notamment les femmes, la publicité leur adresse un message clair : « vous avez droit au désir ». Le troisième âge est alors présenté comme une deuxième adolescence. C’est l’apparition des cosmétiques pour tout le corps et plus seulement pour le visage (Nivea puis les Laboratoires d’Anglas en 1993).

Mais c’est aussi, plus récemment, l’émergence des personnes âgées dans des publicités pour internet. Toute une palette de stratégies permet ainsi de transformer le « petit vieux » d’antan en « silver » d’aujourd’hui. Même si les choix de la publicité témoignent encore d’une conception obsolète de la vieillesse.

Communiquer avec les médias, les conseils du consultant Georges Bourdoiseau

Décembre 2003, Livry-Gargan : un incendie se déclare dans une maison de retraite ; bilan : 14 morts. En quelques minutes, la horde des journalistes assiège l’établissement. Les responsables sont sommés de répondre aux médias. C’est le cas typique d’une « communication chaude » (par opposition à la « communication froide », celle qui consiste par exemple à obtenir un reportage télé sur une animation en établissement).
Comment réussir cette communication chaude ? Premier conseil aux directeurs : parler eux-mêmes, sans quoi les journalistes iront questionner les syndicats. Deuxième conseil : définir un message et… s’y tenir. Ce message devra être court car les radios et les télévisions n’en retiendront que 40 à 50 secondes : « faire court », c’est ici l’assurance que les propos ne seront pas tronqués.

S’agissant du contenu, le message devra se concentrer sur les faits : que s’est-il passé ? Qu’a fait le directeur ? Que va-t-il faire ? Enfin, il est capital de commencer par un mot pour les victimes, de manière à ne pas heurter la sensibilité de l’auditoire.

Témoignages de directeurs : relever le défi

Le premier témoignage, celui de Marianne Hamelin, illustre comment la mise en place d’un atelier de peinture a permis de tisser du lien social. Lien social entre les résidents d’abord, en particulier entre les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et les autres (un tiers / deux tiers). Mais aussi lien social avec l’extérieur, puisque les peintures ont été présentées lors d’un vernissage.

Le second témoignage, celui de Claude Fleurier, porte sur un partenariat avec une école primaire : les écoliers ont travaillé sur le récit de vie d’une pensionnaire de 90 ans, travail qui a débouché sur une reconstitution de l’environnement culturel de cette pensionnaire lorsqu’elle avait leur âge (8 ans). Là encore, l’expérience a permis de réinsérer les personnes âgées dans le tissu social.

Enfin, le témoignage de Béatrice Bizet porte sur la réalisation d’un journal, L’Echo-nnettable, à l’attention des personnes âgées de l’établissement. A travers le portage dans chaque chambre, ce journal est le prétexte à d’autres échanges. Et même s’il n’est pas toujours lu entièrement, les pensionnaires y trouvent toujours au moins une information qui les intéresse.

Regarder un vieux et voir une personne, par la psychosociologue Martine Dorange

Regarder les « vieux » différemment, c’est les regarder de la même façon que les autres. Bien souvent, la société porte sur eux un regard protecteur ou les renvoie à leur passé collectif. Pourtant, les personnes âgées sont avant tout des personnes. Elles ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que tout citoyen.

C’est pourquoi les encadrants doivent respecter leur libre-arbitre et ne pas décider de ce qui est bon pour elles. Seuls la parole et l’échange permettront de changer de regard, c’est-à-dire de regarder un « vieux » et de voir une personne.

Photographier les personnes âgées dépendantes, le travail de Carl Cordonnier

Photographier des centenaires à travers toute l’Europe : c’est le projet qu’a mené Carl Cordonnier au début des années 1990. Ses clichés d’art, en noir en blanc, sont autant de rencontres avec des personnages hauts en couleur.

De l’Irlande à la Grèce, ils montrent des appartements où l’on a gardé que le nécessaire et qui sont comme des résumés de vie. Carl Cordonnier a également photographié, toujours à travers l’Europe, des malades d’Alzheimer. Cette deuxième entreprise a été plus difficile pour le photographe, car il a fallu suggérer la maladie qui ne se voit pas aussi clairement que la vieillesse.

Le lien social et le malade Alzheimer, par la formatrice Marie-Christine Leray

Tisser du lien social avec les malades Alzheimer peut paraître illusoire, puisque cette maladie se caractérise par une impossibilité de communiquer. Et pourtant ! Tout ce que font les malades Alzheimer a un sens qu’il faut savoir décoder : « le lien social doit être attrapé au vol et reconstruit à chaque instant ». En touchant les malades et en demeurant à l’écoute de leurs réactions, les personnels peuvent bénéficier d’un « feed back » qui donne du sens et crée du lien social.

L’accompagnement des personnes âgées à domicile selon René Leboucher

La Fondation Maison des champs privilégie l’aide aux personnes âgées à domicile. Vivre chez soi est structurant, mais nécessite un accompagnement. C’est pourquoi la Fondation assiste les personnes âgées pour aménager leur logement ou maintenir le contact avec les commerçants du quartier.

Dans un autre registre, elle a organisé un voyage d’une dizaine de jours à Bormes les Mimosas. Ce temps de rupture avec les habitudes a été très riche : une solidarité naturelle s’est instaurée entre les participants, notamment autour de leur quartier d’origine (le XIXe arrondissement de Paris). A l’issue du séjour, deux personnes âgées sont d’ailleurs restées en contact.

Précaires vieillissants : le travail des Petits frères des pauvres, par Henri Naudet

Réinsérer les personnes âgées précaires dans la « vraie vie » (réseaux relationnels, culturels, médicaux, etc.) : telle est la mission des Petits frères des pauvres. L’association propose divers types d’accueil : hôtel à la nuit, hôtel social, pension de famille et enfin "chez soi".

L’association travaille à solvabiliser les personnes pour qu’elles retrouvent un logement (services de tutelle). Le maître mot est de coller à leurs aspirations, afin de proposer un habitat adapté. En effet, des personnes qui ont vécu toute leur vie dans la précarité ne souhaitent pas forcément s’installer dans un logement classique.

« Rien n’a changé après la canicule » souligne Claudy Jarry, Président de la FNADEPA

La canicule de l’été 2003 a été un drame national (15.000 morts). Et pourtant deux ans après, les grands changements promis ne sont pas au rendez-vous ! Le plan Vieillissement et Solidarité demeure largement insuffisant.

En termes d’encadrement, on n’a gagné que 0,1 point : le ratio est passé de 0,4% à 0,5%, alors que la FNADEPA réclamait 0,8%. Au lieu des 250.000 emplois nécessaires, le plan n’a créé que 17.000 postes. 17.000 postes, c’est à peine une minute et demie de plus par jour…

Quant au lundi de Pentecôte travaillé, moins de la moitié des 2 milliards récoltés iront réellement aux établissements pour personnes âgées. Si l’on soustrait les sommes allouées aux services médico-sociaux et aux handicapés, il ne reste en réalité que 171 millions pour les établissements d’accueil. Ainsi, la canicule n’aura servi qu’à financer le plan précédent, et il n’y aura pas d’avancée en qualité a conclu le président de la Fnadepa.


Publié le Lundi 20 Juin 2005 dans la rubrique Divers | Lu 3881 fois