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Sur la dune de Christian Oster : un besoin de vrai


On pourrait qualifier une certaine littérature d’arénicole. C'est-à-dire celle qui développe les thèmes de l’enlisement, de l’envahissement, de l’effacement.
Sur la dune de Christian Oster : un besoin de vrai

Ses œuvres racontent l’incommunicabilité, l’absurdité, une lassitude faite d’indifférence ou d’écoeurement, une soumission à l’inéluctable. Elles fixent les conditions de la survie dans les limites désespérantes des illusions et des espoirs. Dans cette pseudo-école on y trouve, entre autres, Beckett et Kôbô Abé. Christian Oster les y rejoint.

Dans les romans de cet auteur, il ne se passe rien ou peu de choses, en apparence. Les événements coulent sur les protagonistes incidemment, de manière inexorable. Les personnages les ressentent sans émotion particulière. Pourtant dans chacun de ces livres, un élément, anodin en soi, vient contrarier le déroulement de l’histoire. Aussi le lecteur est tenu en haleine par un récit qui dégénère, qui semble s’écrouler sur lui-même.

Le talent de Christian Oster est de nouveau démontré par son dernier ouvrage, « Sur la dune ». Paul se retrouve dans les Landes pour désensabler la maison de ses amis. Ils ne sont pas là. En les attendant, il prend la pelle et commence à déblayer le sable. Il fait la connaissance des voisins occupés eux aussi à dégager leur pavillon. Ensemble ils désensablent de manière provisoire et sans conviction jusqu’à ce qu’un événement change le cours de leurs résolutions.

Mais Paul est un grain de sable qui s’infiltre partout, insidieusement et insensiblement. Il rencontre dans le même mouvement un mort et la possibilité d’un amour. La décision n’est pas son fort. Il n’en prend pas : ce sont elles qui le prennent. Enseveli dans l’infini présent, il est « sommé de vivre, sans possibilité de recul, avec devant (soi) ce futur dont le seul attrait était de n’exister pas encore ».

Les romans du genre arénicole décrivent l’inconstance et l’éphémère de la condition humaine. L’un des personnages de « Sur la dune » pousse ce cri pathétique : « j’ai besoin que les choses soient vraies (…) j’ai besoin de la réalité, j’ai besoin de m’appuyer dessus même quand elle fait mal ».

Sur la dune ?

Sur la dune
Christian Oster
Editions de Minuit
191 pages
13,80 euros


Publié le Lundi 28 Mai 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2689 fois