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Suisse - Disparition du comédien Peter Ustinov à l'âge de 82 ans


L'acteur britannique Peter Ustinov est décédé d’un arrêt cardiaque dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 82 ans, dans une clinique suisse proche de son domicile, qui surplombait le Lac Léman où il vivait depuis 1957. Souffrant de diabète, il était tombé malade au retour d’un voyage en Thaïlande début 2004.

C’est le rôle de l’empereur romain Néron qui nous fera découvrir Peter Ustinov en 1951 dans le film Quo Vadis ? Mais il tournera en tout plus de 70 films. De son interprétation du Monsieur Loyal dans Lola Montès (1955) à l’inoubliable personnage d’Agatha Christie, le détective belge Hercule Poirot dans Mort sur le Nil (1978), en passant par Un taxi mauve d’Yves Boisset (1977) ou Mirabeau dans La Révolution française de Robert Enrico (1989). Il a par ailleurs été couronné par deux Oscars du meilleur second rôle. Le premier pour son personnage de Lentulus Batiatus dans Spartacus de Kubrick en 1961 et le second pour son rôle d’Arthur Simon Simpson dans Topkapi de Jules Dassin en 1964. Mais Ustinov a aussi réalisé sept longs métrages dont Billy Budd qui allait révéler l’acteur Terence Stamp en 1962. Son dernier rôle, il l’a joué dans un film américain sur le théologien et réformateur allemand « Luther » en 2003. Outre sa carrière de comédien-réalisateur, Peter Ustinov était aussi écrivain (un quinzaine d’ouvrages dont une biographie Cher Moi et une vingtaine de pièces de théâtre), scénariste, conteur, humoriste, musicien, photographe, dessinateur et chef d'orchestre.

Cette longue carrière d’acteur polyglotte ne l’a cependant pas empêché d’être ambassadeur de bonne volonté à l'Unicef depuis 1968. Anobli par la reine Élisabeth II en 1990, sir Peter Ustinov ne s’est pas embarrassé pour critiquer l’engagement de la Grande Bretagne dans la guerre en Irak dont il disait qu’elle « laisse toujours une carte de visite derrière elle. Les généraux disent que le dernier coup de feu marquera la fin de la guerre. Mais ce n'est pas vrai, la guerre va continuer, continuer et continuer. » Peter Ustinov occupait depuis 1989 le fauteuil d'Orson Welles à l'Académie des beaux arts de Paris. Il avait par ailleurs reçu, en janvier dernier, le prix d'honneur 2004 du film bavarois pour l'ensemble de sa carrière qu’il n’avait pas pu récupérer lui-même à cause de son état de santé.

Peter Ustinov est né le 16 avril 1921 à Londres. Son père était un journaliste allemand d’origine russe et sa mère, peintre d’origine française. Ce personnage cosmopolite aimait raconté : « Je n'avais pas vraiment de chez moi, mais je pouvais me sentir chez moi dans davantage d'endroits que la plupart des gens.» La Seconde Guerre mondiale, il y participe comme soldat de 2e classe dans la troupe l’acteur et lieutenant-colonel David Niven. Il restera quatre ans sous les drapeaux. Malgré des études courtes il empochera huit doctorats honoris causa. Ce grand-père de plus d’un mètre quatre-vingt, marié trois fois et père de quatre enfants, déclarait encore l'an dernier : «La vie est très courte et c'est une bonne chose. Prolonger l'existence n'est pas une très bonne idée. On ne pense jamais aux enfants et aux petits-enfants : un grand-père qui ne veut pas mourir, ça infecte la vie !»

De très nombreux responsables politiques et culturels lui ont rendu un dernier hommage.
"Avec Sir Peter Ustinov disparaît un style, une silhouette et une figure hautement emblématiques et colorés de l'écran et des arts en général", a estimé le ministre français de la Culture, Jean-Jacques Aillagon. « Ses talents de comédien n'ont pas seulement comblé des millions de personnes, il a également servi l'Unicef avec dévouement et élégance pendant plus de trois décennies pour montrer l'importance qu'il fallait accorder partout aux besoins des enfants », a souligné le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, quant à la Suisse, son pays d’adoption, le Conseiller fédéral Pascal Couchepin a notamment rappelé combien ce «fidèle [de la Suisse] était doté d'un optimisme inaltérable et d'une curiosité qui en faisaient un personnage éclectique, passionné et généreux».


Publié le Mardi 30 Mars 2004 dans la rubrique Culture | Lu 1229 fois