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Stimulation cardiaque : retour sur 50 ans d'histoire avec le professeur Christophe Leclercq

Les 25èmes Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (SFC) se tiennent actuellement à Paris. Cette année, le thème principal porte sur « La Cardiologie sur-mesure ». Dans ce contexte, le professeur Christophe Leclercq revient sur cinquante d’histoire de la stimulation cardiaque. Détails.


Professeur Christophe Leclercq © esante.gouv.fr
Le premier stimulateur cardiaque entièrement implantable a été posé chez un patient de 43 ans par une équipe suédoise (Dr. Elmquist et Dr. Senning) en 1958. Ce premier stimulateur, qui devait être continuellement rechargé de l’extérieur, a fonctionné 6 heures et a été remplacé par un second qui a duré… 6 semaines. Cette première mondiale ouvrait la voie de la stimulation cardiaque totalement implantable et définitive.
 
Grâce à l’ingéniosité des ingénieurs, les progrès technologiques ont été considérables : en 1960, les piles de nickel-cadnium ont été remplacées par des piles en zinc d’oxyde mercurique permettant d’obtenir une longévité de quatorze mois !
 
En 1962 a été créé le premier prototype de stimulation double-chambre, plus physiologique, qui synchronisait l’activité mécanique des oreillettes et des ventricules. Quelques années plus tard, les ingénieurs ont créé des sondes implantables par voie veineuse évitant ainsi l’implantation de sondes par voie chirurgicale.
 
Dans les années 1970, l’avènement des piles au lithium-iode a considérablement allongé la durée de vie des stimulateurs cardiaques. La technologie microélectronique a permis de réduire la taille et le poids des boitiers. Les ondes se sont considérablement améliorées tant en taille qu’en fiabilité. Les boitiers sont devenus plus « intelligents » en ne stimulant le coeur qu’en cas de bradycardie.
 
Les années 1980 ont connu l’avènement de la télémétrie permettant de communiquer de l’extérieur avec le stimulateur cardiaque. Il était désormais possible de vérifier les paramètres électriques du stimulateur et d’en modifier la programmation. De nouveaux algorithmes permettant d’accélérer la fréquence cardiaque en fonction de l’activité physique du patient ont permis de rendre la stimulation cardiaque encore plus physiologique. Les stimulateurs cardiaques devenaient plus petits, plus fiables avec une longévité accrue...
 
Jusque dans les années 1990, la stimulation cardiaque n’était indiquée que chez les patients souffrant de bradycardie. Une véritable rupture conceptuelle est apparue au cours de ces années : sous l’impulsion des Dr Daubert, Cazeau et Ritter, un nouveau concept est né : la resynchronisation cardiaque. Ainsi, la stimulation cardiaque a été proposée à des patients souffrant d’insuffisance cardiaque et d’anomalie de conduction : entre les ventricules droit et gauche ; à l’intérieur du ventricule gauche (qui distribue le sang à tous les organes).
 
En stimulant à la fois les ventricules droit et gauche, le coeur totalement désynchronisé, retrouvait une contraction synchrone et homogène. C’est ainsi que de nouvelles technologies ont vu le jour :

- les sondes de stimulation ventriculaire gauche qui permettent de stimuler le ventricule gauche via le sinus coronaire,

- les stimulateurs cardiaques qui sont totalement dédiés à cette stimulation biventriculaire.
 
Depuis, les progrès technologiques ont été considérables et ont permis une amélioration au niveau de la fiabilité et de l’implantation de ces sondes et des performances de ces stimulateurs biventriculaires.
 
Depuis les années 2000, ces stimulateurs cardiaques, souvent associés à des fonctions de défibrillation, ont permis de mieux suivre l’hémodynamique de ces patients fragiles et sévères, leur donnant une véritable capacité de suivi de leur pathologie.
 
La resynchronisation cardiaque a permis :

- d’améliorer les symptômes de la maladie,
- de réduire les hospitalisations pour insuffisance cardiaque,
- d’améliorer la qualité de vie des patients et surtout leur survie.
 
Depuis 2005, la resynchronisation cardiaque est indiquée chez des patients sélectionnés par les recommandations de la Société Européenne de Cardiologie concernant la prise en charge de l’insuffisance cardiaque chronique.
 
Une autre innovation technologique majeure a été l’avènement de la télécardiologie qui permet aujourd’hui aux cardiologues de disposer, à distance, d’informations sur :

- les caractéristiques électriques des stimulateurs cardiaques,
- l’état hémodynamique du patinent.
 
Très récemment, un nouveau concept de stimulation cardiaque sans sondes a vu le jour grâce à des capsules implantées directement dans le coeur. Des perspectives très prometteuses sont attendues dans ce domaine pour les prochaines décennies. Il y a quelques semaines, une équipe suisse a présenté un prototype de stimulateur cardiaque qui transforme l’énergie mécanique du coeur en énergie électrique, ce qui permet au système de s’affranchir de l’utilisation d’une batterie. L’évolution considérable que la stimulation cardiaque a pu connaître au cours de ces cinquante dernières années nous laisse raisonnablement espérer que les années futures seront aussi riches en innovations.


Publié le Jeudi 15 Janvier 2015 dans la rubrique Santé | Lu 968 fois