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Sous surveillance de Robert Redford : quand le passé ressurgit… (film)

Le dernier film de et avec Robert Redford intitulé Sous surveillance, met en scène d’ancien militants radicaux qui protestaient dans les années 70 contre la guerre du Vietnam… Plus de 40 ans plus tard, leurs faits et gestes ressurgissent du passé pour les rattraper… Malgré l’âge, les cicatrices et les reflex n’ont pas disparu… Un thriller politique efficace.


Voici un genre cinématographique qui convient à la perfection à Robert Redford : celui du thriller politique. Entre espionnage, dénonciation de sales affaires, complots politiques, guerre, état tout puissant, etc.
 
Dans ce film sorti en mai sur les écrans français, Robert Redford (76 ans) est derrière et devant la caméra : il reprend l’un de ses thèmes favoris : la recherche de la vérité. L’histoire ? En 1969, un groupe de militants radicaux appelés Weather Underground revendique une vague d’attentats aux Etats-Unis pour protester contre la guerre du Vietnam.
 
La plupart de ses membres furent emprisonnés, mais quelques-uns disparurent sans laisser de trace… Jusqu’à aujourd’hui.
 
L’arrestation de Sharon Solarz (Susan Sarandon, très beau second rôle), l’une des activistes, remet cette affaire sur le devant de la scène, au point d’attiser la curiosité du jeune et ambitieux reporter Ben Schulberg (Shia LaBeouf). Jouant de ses relations -et de son charme- au FBI, il rassemble petit à petit les pièces du puzzle, le menant jusqu’à Jim Grant (Robert Redford), un avocat vieillissant, apparemment sans histoires… Lorsque celui-ci disparait brusquement, le journaliste se lance sur sa piste, déterminé à le retrouver avant le FBI.
 
Sous surveillance raconte le jeu du chat et de la souris auquel se livrent deux hommes en quête de vérité, qui ce faisant, redéfinissent leurs existences respectives.
 
Le film, dont l’action se déroule de nos jours, est une oeuvre de fiction qui revient sur l’histoire et les conséquences du mouvement protestataire contre la guerre du Vietnam de la fin des années 1960 et du début des années 1970, en se concentrant en particulier sur l’un de ses groupuscules les plus radicaux et les plus violents, le Weather Underground.
 
Ce long-métrage est tiré du roman de Neil Gordon publié en 2003 (parution en français en janvier 2013 aux éditions 10/18). Mais plus encore que les faits historiques, c’est avant tout le potentiel dramatique de l’histoire qui a séduit Robert Redford.
 
Sous surveillance est le premier film de Robert Redford en tant qu’acteur et réalisateur depuis le drame de 2007, Lions et agneaux. Comme le souligne l’acteur : « C’est une histoire intéressante qui se penche sur un événement faisant partie de l’histoire des États-Unis. Elle permet non seulement de revenir sur cette période, mais également de s’en imprégner et de voir comment vivent ces gens trente ans plus tard… clandestinement et sous une fausse identité. »
 
Il poursuit : « En ce qui me concerne, cela m’a un peu fait penser au roman de Victor Hugo « Les Misérables » et au personnage de Jean Valjean, condamné à 19 ans de prison pour avoir volé un pain. Jim Grant s’est échappé de prison, il s’est forgé une fausse identité, a eu une fille, a vécu une vie heureuse, mais les souvenirs douloureux de cette époque n’ont jamais cessé de le hanter. Comment ces gens ont-ils supporté cela ? Ont-ils changé, ou sont-ils restés les mêmes ? Il m’a semblé que c’était l’aspect le plus intéressant de l’histoire. Il n’est pas tant question du mouvement contestataire, car il appartient désormais à l’Histoire. C’est la dimension humaine qui m’intéresse. »
 
Ainsi, Redford (qui semble parfois fatigué dans le film), raconte comment Jim Grant, talonné par Ben Shepard et le FBI, reprend contact avec les fantômes de son passé dont beaucoup vivent encore dans la clandestinité. Son but ? Prouver son innocence dans le meurtre dont il est accusé depuis l’époque où, étudiant, il était engagé auprès du Weather Underground. Robert Redford explique : « C’est l’histoire d’un groupe de personnes qui vivaient clandestinement. Ils étaient très proches, liés par les passions de leur époque, mais ils sont aujourd’hui plus âgés et ont emprunté des chemins différents. Certains vivent mal ce qu’ils ont fait. D’autres éprouvent des remords. Certains croyaient en ce qu’ils faisaient à l’époque, mais ont la sensation de devoir en payer le prix le restant de leurs jours. D’autres encore pensent que leur cause était juste et l’est toujours aujourd’hui. Le film est donc une mosaïque d’émotions et de relations humaines, et j’ai été fasciné par la manière dont elles interagissent. »
 
Bien que Robert Redford ait finalement été heureux de réaliser le film tout en y tenant le rôle principal, il a abordé ce double poste avec quelques réserves. Il explique : « Je pense qu’il faut être schizophrène, mais de manière contrôlée. Je ne suis pas particulièrement attiré par le fait de jouer dans un film tout en le réalisant. Lorsque je joue, j’aime être libre, et lorsque je mets en scène, j’aime avoir la liberté d’observer la situation à la manière d’un chef d’orchestre. Au lieu d’être un unique instrument, on regarde comment tous s’accordent ensemble pour créer une histoire. »
 
Et Redford de conclure : « Lorsque j’étais enfant, j’adorais Frankenstein de James Whale, les Trois Stooges et les comédies musicales. Et c’est toujours le cas. Mais lorsqu’on devient un artiste, on fait ce qui nous semble important. Et ce qui compte pour moi, ce sont les histoires qui parlent de l’Amérique et de la vie dans ce pays… C’est un pays merveilleux, mais dont nous ne devons pas ignorer les zones d’ombre. Et ce sujet m’intéresse parce que c’est une période que j’ai vécue. »
 
Sous surveillance (The Company You Keep)
Un film de Robert Redford avec Robert Redford,  Shia LaBeouf, Julie Christie, Sam Elliott, Brendan Gleeson, Terrence Howard, Nick Nolte, et Susan Sarandon
 


Publié le Vendredi 30 Août 2013 dans la rubrique Culture | Lu 625 fois