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Senior Actu

Sortir des représentations négatives de l’âge, chronique de Serge Guérin

Le scandale de la canicule de l’Eté 2003 n’a pas eu de grandes conséquences pour les dirigeants de l’époque. Si les 15 000 « vieux » décédés avaient été 15 000 « jeunes », le gouvernement s’en serait-il sorti de la même façon ?


La difficulté à prendre en charge –économiquement, mais surtout socialement et culturellement– la réalité de la nouvelle démographie contribue profondément au développement d’un sentiment anxiogène, rend l’avenir de moins en moins lisible et la position de chacun de plus en plus floue.

C’est une incertaine idée de la France dont il s’agit. Il faudra bien ce décider à traiter des grands enjeux. Comment, de façon équitable, permettre aux plus fragiles de vivre dignement sans pour autant défavoriser et hypothéquer l’avenir des plus jeunes ? Comment favoriser l’emploi des seniors et la poursuite d’une vie sociale riche sans pour autant léser et freiner les ambitions de leurs cadets ?

Mais cela ne peut se faire sans une sérieuse révolution culturelle des représentations de l’âge. Rappelons –et payons notre dette- qu’en 1989, Michel Cicurel expliquait avant les autres que la futur génération des sexagénaires pourrait contribuer à dynamiser la société : « les personnes de soixante ans seront des quadragénaires avec vingt ans de plus ». C’est la génération inoxydable qui se développe sous nos yeux. Et déjà, il demandait à ce que l’on bouscule les préjugés sur les vieux… .../...
Sortir des représentations négatives de l’âge, chronique de Serge Guérin

Nos sociétés sont conduites à se mettre en cause et innover pour répondre à ce défi né de l’apparition d’une nouvelle catégorie socio-démographique : les jeunes seniors qui ont le plus souvent entre 50 et 70 ans -que nous appelons aussi boobos pour boomers bohêmes-, symbolisent le mieux une sorte de société complexes et multiples qui cherche ses marques. C’est l’invention des seniors.

Les Boomers Bohêmes bénéficient du triangle d’or symbolisé par le temps disponible, le pouvoir d’achat et la santé. Ils forment une nouvelle catégorie sociologique, qui fait le pendant aux adulescents (ces adultes chronologiques au comportement social d’adolescent dont la figure a été popularisée par le film Tanguy).

Notons que les contraintes économiques et le prix de l’immobilier contribuent largement à cette infantilisation des jeunes adultes. De la même façon, les BooBos peuvent apparaître comme des adultes biologiques, considérés comme trop vieux pour le monde de l’entreprise, mais comme de tr ès jeunes consommateurs par les marketeurs…

Les Boobos cherchent leur équilibre entre différentes injonctions paradoxales, qu’elles viennent de l’entreprise (où le vieillissement commence à 45 ans), du monde des médias et de la publicité, (qui en reste à la notion passablement éculée de « ménagère de moins de 50 ans »), de la norme socio-juridique (qui inscrit l’âge officiel de la retraite, le marqueur essentiel, à 60 ans),…

Les références, d’ailleurs largement portées par les seniors eux-mêmes, sont marquées du sceau de la jeunesse et de la beauté. Vincent Caradec a ainsi, largement mis en avant combien le « rester jeune » était un idéal normatif difficile à négocier. On sait avec Georges Palante que l’individu est fragile face à la pression de la norme.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles


Publié le Lundi 18 Juin 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 3425 fois