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Sexualité des seniors : nouveaux comportements, nouvelles perpectives

C’est un fait, nous vieillissons et notre société vieillit, elle aussi. Alors qu'en France, un habitant sur deux a plus de 55 ans*, deux spécialistes réunis cette semaine par le laboratoire Lilly s’interrogent : peut-on s'aimer jusqu'au bout de la vie ?… Et font le point sur un sujet encore largement tabou : la sexualité des seniors.


Sexualité des seniors : nouveaux comportements, nouvelles perpectives
Les « Baby boomers » d'hier, devenus les « papy-boomer » d'aujourd'hui, ne l'entendent pas ainsi. Ils ont été les premiers utilisateurs de la pilule du Dr Pincus, et la première génération à inventer une sexualité affranchie des contraintes de la reproduction. Ils sont prêts aujourd'hui à aller encore plus loin et à inventer un nouvel espace de vie et de vie sexuelle, bien après l'âge de la fécondité**.

« C’est normal » estime le Dr Marie Hélène Colson, directeur d’enseignement DIU de sexologie à Marseille, « à 50 ans, finies les contraintes. Les seniors ont du temps libre, les enfants sont partis. Et puis cette tranche d’âge bénéficie de revenus qui sont supérieurs de 19% à la moyenne des Français ».

Toutes les récentes études épidémiologiques nous montrent le nouveau profil d'hommes et de femmes qui ne souhaitent pas renoncer à leur sexualité***, y compris jusqu'à un âge très avancé****. « Mon record de prescription de médicaments contre la dysfonction érectile, c’est pour un couple de « jeunes amoureux », lui est âgé de 94 ans et elle de 74 ans » précise le professeur Gérard Ribes du Laboratoire de Psychologie de la Santé et du Développement de l’Université de Lyon 2. « La relation sexuelle est pour eux, quelque chose d’important dans la constitution de leur couple » ajoute-t-il.

Ainsi, près des deux-tiers (64%) des hommes et plus d'un tiers (37%) des femmes déclarent que la sexualité reste un centre d'intérêt important***. L'âge de la retraite n'est donc pas obligatoirement celui de tous les renoncements.

Comment repousser les limites ?

« Comment concilier le vieillissement physiologique et les représentations traditionnelles assignant une limite d'âge à la sexualité, avec de nouvelles perceptions, de nouvelles attentes ? Comment mettre en place de nouvelles normes reculant les limites traditionnellement assignées à la sexualité, à la vie elle-même ? » s’interrogent les experts.

« Il ne faut pas oublier, par exemple, que dans l’esprit de tout le monde, une femme âgée est une femme sèche, une femme qui ne lubrifie pas » remarque le Dr Colson. Et le professeur Ribes d’ajouter « qu’il ne faut pas croire non plus, que ce sont toujours les femmes, qui, passé un certain âge, refusent de continuer à faire l’amour. Souvent, si le rythme des relations sexuelles s’espace, voire s’arrête, c’est principalement due à la baisse des capacités sexuelles de l’homme ».

Aussi, luttant contre les nombreux préjugés et les fausses idées, les plus âgés s'emploient au jour le jour, à faire évoluer les mentalités et tracent pour les générations à venir, un chemin où il devient possible de vivre vieux et de « vieillir jeune », à deux, en pleine possession de son âge, tout en continuant à s'aimer jusqu'au bout de la vie. « J’ai l’exemple d’un couple, très heureux, qui vit ensemble depuis 78 ans. Le monsieur est âgé de 102 ans » souligne encore le professeur Ribes.

Vieillir en couple : la place de la sexualité

La retraite est le temps de la satisfaction conjugale pouvant aller jusqu'à la « glorification maritale » ; temps d'idéalisation de la relation qui selon O'Rouke, est un facteur de maintien en bonne santé. « On constate une sorte de lune de miel entre 60 et 75 ans. On redécouvre l’autre grâce à la dimension « temps ». Le couple se trouve alors libéré d’un certain nombre de contingences. C’est la saison du couple et de la famille » constate le professeur Ribes.

Toutefois, attention à ne pas trop glorifier cette période. Le cap de la retraite est une période particulièrement difficile à gérer. Pour les couples, cela peut aussi se transformer en « détresse conjugale ». « "Il est toujours dans mes pattes", se plaignent certaines retraitées (...) Ce sont d’ailleurs souvent les femmes qui font le premier pas lorsqu’il y a séparation » souligne Gérard Ribes.

Ainsi, selon les données de l'Ined, l'arrivée à la soixantaine des « baby boomers » s'accompagne d'une augmentation des divorces (28% de plus chez les femmes et 39% de plus chez les hommes) et de recompositions de couples puisque la presque totalité des seniors divorcés se remettent en couple. « Et ce, malgré la pression des enfants, qui dans ce domaine, sont les pires castrateurs » rappelle M. Ribes.

Selon ces mêmes données de l’Ined, 57% des hommes et 54% des femmes disent avoir une vie sexuelle active une fois remariés. On sait de plus, que vivre en couple dans cette tranche d'âge est le premier facteur de préservation de la sexualité.

La place de la sexualité chez les plus âgés

L'importante étude de Bergstrom-Walan et Nielson a montré que même si avec l'âge l'activité sexuelle diminuait, elle ne disparaissait jamais. « On peut avoir 80 ans et encore du désir. Le problème, c’est que cet élément reste encore très mal intégré dans notre société. Par exemple, la masturbation des femmes qui vivent en maison de retraite est toujours un sujet tabou. Même elles, se sentent coupables de ressentir encore de telles pulsions » remarque le professeur Ribes.

Mais cela pose aussi le problème de l’intimité dans les établissements pour personnes âgées… ou plus exactement de l’absence d’intimité. Généralement, le personnel frappe à la porte du résident et entre dans la foulée, « il se passe en moyenne trois secondes entre les deux actions » souligne M. Ribes.

Il ne faut donc pas s'imaginer, ingénument, qu'avec les années qui passent, le désir sexuel –féminin ou masculin- trépasse. D'ailleurs, toujours selon Bergstrom-Walan et Nielson, dans 55% des cas, chez les hommes âgés de 60 à 80 ans, la pénétration reste un élément important pour l'obtention d'une satisfaction sexuelle.

Les travaux de Adde-ridder ont par ailleurs permis de mettre en évidence la place de la sexualité comme facteur de qualité de la relation chez les couples âgés. La diminution significative ou l'arrêt total des activités sexuelles constitue une des pertes les plus importantes chez les sujets âgés*****. De plus, les mariages où la sexualité a la moins diminué sont plus heureux que ceux où le déclin est notable******.

De leur côté, Rienzo et Barbara ont recensé les facteurs permettant le maintien d'une sexualité, ce qui permet de poser la question d'une « éducation sexuelle » à destination des âgés. Quant à Nicosi, il a pu mettre en évidence qu'une grande majorité des 70-80 ans était en faveur de l'utilisation de traitements pour continuer à apprécier la sexualité.

Face à cette activité sexuelle -qui est loin d'être marginale chez les grands seniors- et face aux nombreuses questions, réflexions et inquiétudes rencontrées chez les aînés à propos de la sexualité, le professeur Ribes s'interroge même sur l'intérêt de mettre en place une éducation sexuelle adaptée spécifiquement aux personnes âgées. Affaire à suivre….

* Source INSEE, recensement 2002
** MH. Colson, « Réaliser sa sexualité » press Pocket, 2003
*** EO Laumann et al.Sexual problems among women and men aged 40-80 y prevalence and corre ates identified in the Global Study of Sexual Attitudes and Behaviors (n= 26000, 29 countries) International Journal of Impotence research (2004 , 1-19
**** Bretschneider Judy, Mac Coy Norma, « Sexual interest and behavior in healthy 80-102 years year old « our Sexuality up date, Benjamin / cummings pub ishing, Spring 1989
***** Trudel, G., Turgeon, L., Piché, L. (2000) Marital and sexua aspects of old age Sexual and relationship therapy, 15, 381-406
****** Ade-Ridder,Linda. (1990). Sexuality and marital quality among older married couples. In Timothy H.Brubaker (Ed), Family relationships in later life,2nd ed. (pp.48-67). Newbury Park, CA: Sage Publications


Publié le Vendredi 28 Avril 2006 dans la rubrique Bien-être | Lu 36849 fois