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Services à la personne : état des lieux de l’Observatoire Caisse d’Epargne 2006

S’inscrivant dans l’actualité des nouveaux services offerts, notamment par les banques, l’Observatoire Caisse d’Epargne se penche pour sa 5ème édition intitulée « Services à la personne : modes de vie, modes d’emploi », sur un domaine qui lui fait quitter sa sphère traditionnelle de l’épargne et visite un champ de l’activité économique et quotidienne des Français que les nouvelles dispositions législatives devraient encore transformer.


Selon cet observatoire, qui vient d’être présenté, six millions de foyers français auraient recours à un service à la personne, -dont 2,8 millions en payant « au noir » et quatre millions seraient prêts à franchir le pas. Ainsi, la croissance du nombre de Français adeptes ou potentiellement intéressés par ces types de services offre de belles perspectives de développement pour ce secteur, remarque cette étude.

Toutefois, tout n’est pas simple. En effet des freins -certes contournables- existent, tant du côté des utilisateurs potentiels que du côté de l’offre. Pour les utilisateurs, se posent les questions du coût, de la qualité, et surtout des obstacles psychologiques. Quant à l’offre, quid de l’attractivité des métiers, de l’organisation du secteur, de la communication ?

Les mesures de la « loi Borloo » constituent des leviers importants, mais, avec le Cesu préfinancé, les entreprises joueront-elles le jeu face aux attentes de leurs salariés ? La cartographie des services à la personne au niveau des départements français révèle des surprises. Différences de comportements choisis ou imposés, modes de vie : les départements connaissent-ils et, de fait, sauront-ils faire valoir leurs attraits ?

Autant de questions qu’aborde cette 5ème édition de l’Observatoire Caisse d’Epargne.

Ce millésime, tente d’apporter un éclairage inédit et de fournir ainsi un panorama unique sur les services à la personne. Pour étudier de façon globale un sujet jusqu’alors traité essentiellement sous l’angle de la création d’emplois, les données existantes ont été analysées, compilées, voire modélisées ; mais surtout, deux enquêtes qualitatives (utilisateurs actuels ou potentiels, d’une part ; salariés du secteur, d’autre part) et deux enquêtes quantitatives (ménages et responsables ressources humaines des entreprises) ont été réalisées, en fin d’année dernière, par les économistes de la Caisse d’Epargne. .../...
Services à la personne : état des lieux de l’Observatoire Caisse d’Epargne 2006

Des modèles européens contrastés, une spécificité française

Tous les pays européens, interpellés par les questions du vieillissement, du renouvellement des générations, de la recherche de conciliation entre vie privée et vie professionnelle ou de
la gestion du stress, ont développé leurs propres réponses à ces problèmes de société. Partout, la prise en compte de l’évolution des modes de vie est un facteur déterminant dans les transformations des politiques choisies par les pays.

Certains pays, comme la Suède ou les Pays-Bas, ont mis en place des dispositifs publics d’aide, notamment pour les personnes âgées. Le Royaume-Uni, au contraire, s’est appuyé sur le secteur privé. L’Espagne, pour des raisons culturelles, compte beaucoup sur les solidarités familiales. Or, ces modèles évoluent pour faire face à l’accroissement de la demande : la Suède et les Pays-Bas s’ouvrent au secteur privé ; au Royaume-Uni, l’aide à la garde d’enfant se révèle comme une préoccupation croissante et les entreprises semblent avoir un temps d’avance sur leurs consœurs européennes en matière de conciergerie ou de gestion des effets du stress sur leurs salariés ; et l’Espagne engage des réflexions sur la politique familiale et la prise en charge de la dépendance.

La France propose, quant à elle, un modèle économique de services à la personne qui s’intéresse autant à la demande et à sa solvabilisation qu’à l’offre et à sa structuration. Ce système joue sur différents paramètres : intervention publique, incitations fiscales, recours au secteur privé et associatif…

Les pratiques et l’évolution de la demande

Sur les six millions de foyers utilisateurs en France, plus de deux millions recourent à la garde d’enfant à domicile (y compris garde ponctuelle) ou au soutien scolaire ; 3,2 millions utilisent des services de tâches domestiques et 1,5 million des services directement liés à la perte d’autonomie.

Le recours aux services à la personne évolue au cours du cycle de vie, en fonction des caractéristiques sociologiques et de la contrainte éprouvée à réaliser certaines tâches. Les 25-45 ans sont 28 % à y avoir recours, notamment au travers de services centrés sur les enfants. A partir de 45 ans, ce recours s’élargit, notamment pour les cadres et les professions libérales, à l’aide aux tâches ménagères. Ces catégories représentent en effet 56 % des utilisateurs des services d’aide aux tâches domestiques (hors retraités). Les plus de 75 ans sont également très utilisateurs (45 % de la tranche d’âge), notamment chez les personnes vivant seules. Quant à la contrainte, il s’agit d’une interprétation plus subjective, qui varie en fonction des tâches et du sentiment de valorisation personnelle à les accomplir par soi-même.

Au-delà des six millions ayant déjà recours aux services à la personne, quatre millions de foyers seraient prêts à franchir le pas. Cette nouvelle demande se modifie en termes de profils et de besoins : elle s’élargit en effet à des catégories plus jeunes (25-44 ans) et moins aisées (employés ou ouvriers). Entre nouveaux utilisateurs et élargissement du recours à ces services, c’est un potentiel de 5 milliards d’euros qui viendraient s’ajouter aux quelque sept milliards aujourd’hui consacrés par les ménages à ces dépenses (hors assistantes maternelles et services spécifiquement liés à la perte d’autonomie).

Au total, 67 % des personnes interrogées utilisent les services à la personne ou seraient ouvertes à l’idée d’y recourir. Mais la délégation qu’implique le recours à ces services suscite encore des réticences, et pas seulement pour des raisons financières. Au delà du coût, le premier frein cité par 46 % des femmes de tous âges est en effet un sentiment d’« intrusion dans l’intimité ». Pour les non-utilisateurs, la réticence la plus forte vient de l’hésitation à rémunérer une personne pour effectuer une tâche qu’ils peuvent réaliser eux-mêmes (74 %). Après 60-65 ans, le fait de continuer à effectuer des tâches courantes est parfois synonyme du sentiment de rester « utile », c’est un moyen de conserver son rythme de vie.

Malgré ces réticences, on note que 47 % des femmes ont envie de « se dégager au maximum des tâches ménagères », ce qui pourrait contribuer au développement des services à la personne. D’autant que déléguer une partie des tâches de la vie quotidienne est aujourd’hui une expression de la modernité.

Approche territoriale

En choisissant de traiter les services à la personne par le prisme territorial, l’Observatoire Caisse d’Epargne 2006 souhaite donner une vision globale, en confrontant le niveau de consommation de ces services et les caractéristiques sociodémographiques.

La consommation des services diffère d’une région à l’autre, laissant apparaître un clivage important entre l’Ouest, plus consommateur, et l’Est. Cette différence s’exprime également parfois au sein de deux départements d’une même région. Par exemple, 51 heures sont consommées par an et par ménage à Paris, contre seulement 14 en Seine-Saint-Denis.

On pourrait penser que le niveau de revenu, ou encore le fait de vivre en ville, sont des facteurs déterminants. Et pourtant ! L’essentiel de ces écarts s’explique par la densité de l’offre, la structure de la population, les pratiques sociales – dans certaines régions, la prise en charge des personnes âgées et des enfants repose davantage sur la famille.

Le développement des services à la personne : quatre principaux enjeux

Le déploiement du nouveau chèque emploi-service universel (Cesu), en partie préfinancé par les entreprises, dynamiserait la demande, en diversifiant les utilisateurs et les besoins, et en facilitant le passage à l’acte. Si les attentes des salariés sont fortes, les entreprises font preuve d’une grande circonspection, moins marquée cependant dans les grandes entreprises et celles à nette majorité féminine.

Le développement des services à la personne passe aussi probablement par l’accroissement de l’attractivité du secteur. Les salariés qui y travaillent sont en effet plus âgés que la population active moyenne et comptent une importante proportion de non-diplômés. Ces métiers n’attirent pas ou peu les jeunes, pour de multiples raisons qui tiennent aux conditions de travail difficiles, à la gestion des horaires et au manque de perspectives d’évolution. La valorisation de ces filières, via leur professionnalisation et leur qualification, doit permettre d’éviter le risque d’une pénurie de l’offre.

Les services à la personne demeurent encore un travail au noir pour 2,8 millions de foyers sur les six millions qui y recourent. Les raisons invoquées sont multiples : « dépannage ponctuel », aide, ou encore insuffisance d’offre disponible. Pour passer à l’acte de l’emploi déclaré, l’organisation de l’offre semble incontournable, puisque 65 % des personnes intéressées par des services à la personne préféreraient passer par un organisme. A condition, bien sûr, que qualité et proximité soient au rendez-vous…

Enfin, les services à la personne constituent un enjeu territorial important. Ils participent en effet à la compétitivité des régions, qui sont plus attractives si elles offrent aux jeunes couples les moyens de concilier vie familiale et vie professionnelle, ou aux personnes âgées la possibilité de vivre dignement à domicile. Les collectivités locales ont ainsi un rôle majeur à jouer dans le développement des services à la personne.


Publié le Lundi 3 Avril 2006 dans la rubrique Aides à domicile | Lu 15805 fois