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Septième ciel : le sexe senior au cinéma… sans tabou (film)

Septième ciel, le nouveau film d’Andreas Dresen, Prix Coup de Cœur du Jury au Festival de Cannes, sort la semaine prochaine, le 5 novembre, sur les écrans français. « Je voulais aussi montrer que les gens âgés normaux sortent ensemble, font l'amour, se touchent, et n'ont pas de timidité à montrer leurs corps ; qui ne sont plus des corps jeunes mais qui à leur manière sont aussi de beaux corps » indique le réalisateur à l’occasion de la présentation de son nouvel opus.


Septième Ciel
Elle ne l'a pas cherché. C'est juste arrivé comme ça. Des regards à la dérobée, une attirance. Pourtant, il n'était pas prévu que ça arrive. Inge a dépassé les 60 ans. Elle est mariée depuis 30 ans et aime son mari. Mais Inge est attirée par cet homme plus âgé, Karl, qui a déjà 76 ans. Le coup de foudre. L'amour physique. Et d'un seul coup, elle se sent à nouveau comme une jeune fille... Voici pour l’histoire.

« En ce qui concerne les scènes de sexe par exemple c'est très important pour moi de montrer à quoi ressemble ces corps vieux, ces visages » souligne Andreas Dresen.

Et d’ajouter : « je trouve ça absurde comme nous vivons dans une société ; et ici à Cannes c'est particulièrement le cas où l'âge est mis de côté, où il ne faut pas avoir de rides, que tout doive être toujours lisse et beau ». « Je voulais aussi montrer que les gens âgés normaux sortent ensemble, font l'amour, se touchent, et n'ont pas de timidité à montrer leurs corps ; qui ne sont plus des corps jeunes mais qui à leur manière sont aussi de beaux corps ». « Il ne s'agissait pas tant de chercher le scandale ou de choquer les gens mais plutôt de leur dire : regardez c'est ainsi, nous vieillissons tous, personne ne peut l'éviter ». « Et pour ça il fallait un langage visuel réaliste et direct. Mais il faut quand même veiller à ce que cela ait de la poésie. Pendant le tournage c'était ça qu'on cherchait à faire ». .../...

Entretien avec Andreas Dresen et Ursula Werner (interview réalisée lors du Festival de Cannes 2008 pour ARTE Culture par Elise Chassaing)

Votre personnage est confronté à un vrai dilemme. Pouvez-vous nous dire de quoi il s'agit ?

Ursula Werner : Je pense que cette femme se trouve confrontée à un choix extrêmement difficile, un choix qui est connu de chacun. Toute personne quasiment rencontre ce dilemme. C'est ce thème qui a été repris dans un cadre où des personnes d'un certain âge se retrouvent dans une situation précaire, et c'est cela qui fait de ce film un film à part.

Et puis c'est quelque chose de formidable pour moi d'avoir eu l'occasion de jouer un rôle qui touche véritablement les coeurs mais aussi les esprits. Les réactions l'ont bien montré lors de la projection ici à Cannes. Les femmes et les hommes sont vraiment prêts à saisir cette réalité, et ce film a été applaudi. Je pense que c'est parce que c'est là un vrai problème du quotidien. Un problème que nous avons soulevé et qui a touché les gens.

Dans les autres films et dans la vie on a souvent le cliché du mari qui quitte sa femme pour une femme plus jeune, là c'est exactement l'inverse.

Andreas Dresen : Oui c'est le contraire. C'est une femme qui finalement quitte son mari pour un homme plus âgé. Mais ce n'est pas une question d'âge, c'est l'amour qui vous surprend parfois, qui arrive contre toute attente et ça se produit à tous les âges, heureusement.

Tant que notre coeur bat nous risquons de tomber amoureux. C'est de cela que je voulais parler et je crois que le message est important : l'amour ne s'arrête pas, il reste là en nous tant que nous vivons. Il y a ce cliché qui dit qu'à 60 ans c'est fini, qu'il n'y a plus de vie sexuelle etc..Non ce n'est pas vrai, et je voulais le prouver, raconter cela de façon un petit peu différente que ce que l'on voit habituellement dans la fiction à la télévision où l'on aplani les choses. Là c'est authentique, c'est comme ça dans la vie.

C'est un film très touchant et à la fois très frontal et où il y a assez peu de dialogues. Qu'avez vous voulu dire avec ces silences ?

Andreas Dresen : C'est un phénomène incroyable. Parfois, quand on tombe amoureux on a plus besoin de se parler. Et puis dans une relation au bout d'un certain temps, avec la lassitude c'est la même chose, les paroles ne viennent plus, on ne se parle plus. Donc là aussi il y a une espèce de silence qui s'instaure. C'est pour cela qu'au début du film effectivement il y a très peu de dialogues, on ne parle pas. Et puis plus tard lorsque les protagonistes essaient de surmonter le conflit ils recommencent à se parler mais malheureusement ça ne contribue pas à clarifier les choses, plutôt le contraire. Il y a de l'amour et aussi de l'amour physique dans le film.

Est-ce que vous étiez anxieux de présenter ce film qui aborde un sujet inhabituel au cinéma et plutôt tabou en général ?

Andreas Dresen : Je ne sais pas ce qu'en pense Ursula, mais moi ça ne m'a pas causé d'état d'âme. Il y a des scènes assez explicites d'amour physique mais nous n'avons pas cherché le scandale, ça n'est pas tapageur. Il y a beaucoup de tendresse et ça fait partie de cette situation. Ces corps ne sont pas des plus jeunes, oui on voit des rides, oui on voit l'âge mais il y a aussi beaucoup de dignité chez les protagonistes.

Ursula Werner : Non. Je m'étais préparé à cela depuis le départ. Andreas avait été très clair quant à ses attentes, à ce qu'il voulait montrer dans le film et j'étais tout à fait d'accord. Parce que je suis aussi d'avis que c'est ainsi qu'il faut montrer l'amour. Et puis il faut bien voir à un moment comment les choses se passent. Peut-être que cela peut paraître inattendu ou faire scandale mais en tout cas ça fait partie de la vie. Je savais ce qui allait être filmé. Je faisais partie du tournage, j'étais tout a fait confiante en mon ami, mon cameraman, mon réalisateur et je savais que ce serait bien et que cela plairait. Les réactions lors des projections nous l'ont prouvé.


Publié le Mercredi 29 Octobre 2008 dans la rubrique Culture | Lu 14625 fois