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Sentiment, Sexe et Solitude de Serge Lama : des mots et des maux

Suite à la sortie de son livre « Sentiment, Sexe et Solitude » paru chez Anne Carrière Editions, le chanteur français Serge Lama a fait une halte dans les studios de la radio lilloise Mona FM (99.6) pour évoquer sans détour cet ouvrage plutôt coquin, mais pour parler également de ses souvenirs d’enfant et de ses projets à venir.


Mona FM : Bienvenue à Lille où nous avons l’occasion d’accueillir Serge Lama à l’occasion de la publication de son livre « Sentiment, Sexe et Solitude ». Naturellement, nous l’avons lu et l’avons trouvé surprenant, pour ne pas dire autres

Serge Lama : Oui, c’est normal. J’espère en tout cas qu’il est surprenant sur plusieurs aspects car dans toutes les émissions que j’ai faites en France –au Québec et en Belgique, ça n’a pas été pareil– il y a un problème -qui est peut-être judéo-chrétien- avec cet ouvrage…

En effet, sur les 300 poèmes de mon livre, 150 parlent de sexe. Certains l’évoquent en mélangeant sexe et sentiments, ce qui est normal. Et pour reprendre une expression judéo-chrétienne : lorsque l’amour et le sexe se rejoignent, c’est le mariage du diable et du bon dieu. Et puis je parle également du sexe qui se passe d’amour, qui existe aussi et que je ne pouvais pas occulter.

Donc, sur ces 150 poèmes qui parlent de sexe, il y en a quarante qui peuvent choquer selon la religion ou selon ce que l’on ressent ou la vie que l’on a eue. Ce sont des fantasmes que j’ai, à travers toutes les lectures que j’ai pratiquées depuis mon adolescence. J’ai lu Verlaine, Musset, Sade -qui va beaucoup plus loin que moi-, Rabelais, Gainsbourg, Brassens…

Je suis très étonné de constater qu’en France, pour un livre qui se lit quand on veut, chez soi, où l’on n’est pas agressé comme à la radio ou comme à la télévision, on ait cette espèce de vision diabolique pour quarante malheureux poèmes où je parle d’une façon extrêmement raide –ce qui est un peu normal, vu le sujet– de la chose sexuelle. .../...
Serge Lama

Mona FM : À la lecture de votre livre -je ne vais pas dire que j’ai été choqué, ce serait mentir-, on voit que vous arrivez à écrire des choses sans jamais être vulgaire.

Serge Lama : Les mots sont crus. Je pense que dans le sexe, il y a quelque chose de vulgaire, puisqu’on touche au corps. Ce qui n’est pas le cas lorsque l’on touche à l’âme, à l’esprit ou aux sentiments par exemple. Mais le sexe a quelque chose de vulgaire. Et parfois, dans ce grain de vulgarité, il y a ce que l’on appelle le plaisir. (…) Tout ça, je l’ai mis en vers, en essayant de le ramener à une dimension poétique. Mais dans ce livre, il y a également des poèmes très 18ème siècle, très « tasse de thé à la main ». Sans être exhaustif, j’ai tenté de faire le parcours du sexe et le parcours du con… battant…

Mona FM : Vous parliez de Sade toute à l’heure, mais quels sont vos auteurs préférés ? Vous avez commencé à écrire à l’âge de 7 ans, si je ne me trompe pas ?

Serge Lama
Serge Lama : Non, non, n’exagérons rien. A 9 ans, j’ai écrit mon premier poème et à 11 ans ma première chanson. J’étais un enfant assez solitaire et je vivais beaucoup dans ma tête.

J’ai eu une sexualité assez précoce, mais solitaire. J’imaginais beaucoup de choses et comme mes parents ne faisaient pas très attention à ce que je lisais (Musset), même s’ils étaient assez assis sur les principes, ils ne se rendaient pas bien compte.

J’avais un ami, un copain de mon père, qui écrivait des choses un petit peu chaudes et qui me passait ses bouquins en douce. Les années 50, ce sont les années où l’on a libéré Sade, parce qu’il ne faut pas oublier qu’il a été interdit pendant deux siècles. Ce sont également les années de Lolita de Nabokov, les années de L’amant de Lady Chatterley.

J’ai donc vécu dans cet univers, mais ce qui me passionnait, c’était la poésie en tant que telle et pas forcément les poèmes de sexe. Mais enfin la nuit, lorsque je me retrouvais sous mes draps, fatalement, il m’arrivait des effluves un petit peu différentes.

Mona FM : À quel âge avez-vous été touché, non pas par le démon de midi, mais par le démon tout court ?

Serge Lama
Serge Lama : J’ai été touché par le démon -si tant est que ça soit le démon, parce que c’est un ange que ce démon-là tout de même-, j’ai eu mes premières réactions physiologiques, autour de 11 ans et demi.

À partir de là, je n’ai plus arrêté, mais dans le plaisir solitaire uniquement, parce que je ne plaisais pas aux filles à cette époque et j’en souffrais beaucoup.

Je lisais énormément, j’étais nourri de littérature et plus particulièrement de poésie. Tous les soirs à partir de 11 ans et demi et jusqu’à très tard dans mon adolescence, je me suis livré au plaisir solitaire, qui n’a pas été sans risques lorsque j’ai fait ma première rencontre beaucoup plus tard. On se retrouve alors dans la réalité. C’est un peu comme les jeunes actuellement, qui croient que la vie, c’est le virtuel avec lequel ils vivent. Mais ce n’est pas du tout la même chose, il a fallu que je me réadapte…

Et j’ai réussi grâce à une femme exceptionnelle que j’ai rencontré à 21 ans, qui m’a tout appris et qui m’a montré le chemin de la véritable voie sacrée du sexe, de l’amour et de la chair. Grâce à elle, j’ai été sauvé… Mais les plaisirs solitaires pendant sept ans, ce n’est pas bon du tout, au bout d’un moment, c’est trop. C’est bien un temps, mais ensuite, il faut passer à l’acte.

Mona FM : Qu’est-ce qui vous a poussé à publier tous vos textes et vos poèmes dans un livre ?

Serge Lama : Ma femme. J’avais accumulé, depuis 30 ou 40 ans que j’écris, des textes que je ne pouvais pas chanter. Et comme c’est ma femme qui tape mes notes, elle me disait, « mais tu vas garder ça jusqu’à quand ? »

Il y en a des milliers et là, dans les 140 pages de ce livre, vous n’avez qu’une sélection… D’ailleurs, lorsqu’on a trié, ce fut un gros travail. Ma femme sentait que j’avais envie de publier tout ça, mais que je n’osais pas, que je tergiversais -comme je le fais souvent… Elle m’a dit : « Écoute, tu ne vas pas publier ça à 80 ans alors ou tu le fais maintenant ou tu ne le fais pas ». Du coup, je me suis décidé en me disant que c’était maintenant ou jamais. J’ai donc publié ce livre… En expurgeant beaucoup, d’ailleurs !

Mona FM : Parlons maintenant un peu de votre jeunesse. De vos parents. Votre père était baryton. Quels souvenirs gardez-vous de ces instants passés en famille ?

Serge Lama : Mon papa était baryton en effet. C’est mélangé. Tous les souvenirs qui ont trait à la partie artistique de mon père sont formidables et c’est ce qui m’a donné envie d’exercer ce beau métier. Il m’a donné sa voix et un don pour l’écriture qu’il avait aussi.

En revanche, les rapports familiaux étaient un peu difficiles. Ma mère n’aimait pas ce métier et je préfère l’occulter car ça n’a pas été la partie la plus heureuse de ma vie. Surtout à partir du moment où mon père a arrêté. Je devais avoir 11 ou 12 ans et je l’ai très mal vécu. Je dirais presque que je le vis encore très mal.

Mona FM : Pourtant pendant cinq ans, votre père a quand même travaillé avec Bourvil, ou avec Georges Guétary dans « La Route Fleurie » par exemple ?

Serge Lama : Tout à fait. Il était la doublure de Georges Guétary, qu’il a remplacé une fois lorsqu’il était malade. Ça existait les doublures ! Aujourd’hui ça ne serait plus pensable. Et puis, il s’est arrêté et est devenu représentant. Pour moi, c’est une blessure qui est encore relativement vive.

Mona FM : Nous avons maintenant envie de faire un petit clin d’oeil à Mireille avec « Le petit chemin »

Serge Lama
Serge Lama : « qui sent la noisette ». C’est encore une chanson érotique (il éclate de rire, puis il chante) : « Ton petit chemin, qui sent la noisette, ton petit chemin, n’a ni queue ni tête, on le voit qui fait trois petits tours dans le bois… » Vous voyez, tout de suite, ça devient une chanson érotique.

Mireille évoque pour moi Le Petit Conservatoire. Un jour, la dame qui avait mis mes poèmes en notes organisa un événement avec le Petit Conservatoire et tous les élèves. Elle m’a donc demandé de venir chanter, mais je ne faisais pas partie du Petit Conservatoire. Par la suite, tous les élèves ont dit à Mireille : « On a vu un type chanter, il faut absolument Madame que vous le voyiez ! ». C’était une dame « assez institutrice », assez sèche, bref tout ce qui ne me convient pas. Elle m’a dit sur ce petit ton acidulé : « Écoutez Serge Lama, je ne vois pas ce que vos camarades vous trouvent ». A quoi je répondis : « Eh bien vous allez le voir très bientôt, au revoir Madame ! » et j’ai quitté le Petit Conservatoire. Elle ne m’a jamais revu, je suis rentré à l’Écluse quelques jours plus tard et je n’ai plus arrêté.

Quinze ou vingt ans après elle m’a demandé : « Vous m’en voulez encore ? Dans toutes les interviews, vous parlez de moi… ». Comme je suis assez rancunier, je lui ai dit « Madame, on n’oublie jamais rien, vous n’aviez qu’à pas vous tromper ».

Mais il faut dire que Mireille a été novatrice. Bien avant Trenet, qui débute en 1936 ou 37, c’est Mireille et Jean Nohain – il écrivait les textes et elle, les musiques – qui ont été à l’origine de ce qu’on peut appeler la chanson française moderne. Ils ont fait des choses extraordinaires et lorsqu’on voit les premières chansons de Trenet, c’est inspiré de Mireille et Jean Nohain.

Artistiquement, il faut lui rendre hommage. Musicalement, elle a créé des mélodies tout à fait extraordinaires. Et puis elle a découvert des artistes comme Alice Dona, Françoise Hardy, Pierre Vassiliu (qui chante une chanson en duo avec Michel Delpech sur le dernier disque de Delpech).

Mona FM : A propos d'Alice Dona, on peut également lui faire un clin d’oeil ?

Serge Lama : En effet, puisque c’est elle qui a composé la musique de beaucoup de mes titres. En fait, les gens croient qu’elle a écrit les textes de mes chansons, mais elle a fait la musique et moi j’ai écrit les paroles. Entre autres, elle a créé la musique de « Je suis malade », de « La chanteuse a 20 ans », de « L’enfant d’un autre ». Yves Gilbert, quant à lui, a écrit la musique d’ « Une île » ou « D’aventures en aventures », ce qui est tout de même relativement important.

Mona FM : Revenons un peu sur votre tournée « Accordéonissimo » qui a fait un triomphe. Vous êtes toujours avec Sergio Tomassi ?

Serge Lama
Serge Lama : Oui, car sans lui je ne ferais rien. Sergio Tomassi est presque la vedette de ce spectacle. Au départ, les gens ne s’en rendent pas bien compte. Mais à la fin, lorsqu’ils voient ce que fait Sergio avec son accordéon, ils sont debout. C’est vraiment extraordinaire.

C’est un spectacle miraculeux car il tient à la fois du théâtre, presque du cirque par moment et puis bien sûr de la variété, c’est quand même la base. Et puis aussi de l’auto-confession. Je l’ai fait après mon Bercy car je voulais remercier toutes les petites villes avec un spectacle pas trop onéreux.

Le spectacle est sorti en DVD, enregistré à Paris au Théâtre Marigny et c’est le premier DVD dont je suis fier car je trouve que le réalisateur a fait un travail extraordinaire, qui reflète véritablement mon tour de chant. Souvent, je trouve qu’on fait des DVD qui sont des « télés ». Mais je pense que la scène, ce n’est pas de la télé. Ce DVD n’est pas une télé, il a été pris sur le vif. Il ne me fait pas de cadeau et physiquement, il me prend dans des moments où c’est parfois très dur pour mon physique, mais c’est du cru, comme j’aime !

Mona FM : Dans ce spectacle, vous communiquez beaucoup avec les gens ?

Serge Lama : Vous constatez que je suis un communicant par nature. Autant lorsque je suis seul, je suis solitaire, autant je deviens interactif lorsque je suis en compagnie de gens.

Mona FM : Finalement, était-ce le bon moment pour publier votre livre ?

Serge Lama : Je ne sais pas s’il y a des bons moments pour faire les choses, mais j’ai décidé qu’à partir de 60 ans, je ne me laisserai plus marcher sur les pieds, je ne me laisserai plus influencer et que je ne ferai que ce que je veux. La liberté que je n’ai pas pu imposer pendant toute ma carrière, parce que mes amis, mes intimes, ma maison de disques, les pressions et le public m’ont mis dans un cadre. Il y a quand même 30% de concessions dans mes chansons.

Pour ce livre, je n’ai fait aucune concession et c’est pour ça que je dis que je n’ai jamais été aussi libre. À partir d’aujourd’hui, c’est aussi valable pour mon prochain disque, je ne me laisserai pas marcher sur les pieds, parce que si maintenant je ne suis pas libre, je ne le serai jamais.

Mona FM : Vous avez raison. Un peu comme Henri Salvador d’ailleurs, qui se fait plaisir, il faut bien le dire.

Oui, comme il le dit, il chante ses faces B !

Mona FM : D’ailleurs, avez-vous des projets d’album, par la suite ?

Serge Lama : J’ai terminé ma tournée « Accordéonissimo » fin avril. Maintenant, je vais commencer à penser à un nouvel album. Il y aura peut-être un peu de ce livre, mais remanié, revu et corrigé. Et puis il y aura beaucoup de chansons sentimentales, parce que je pense que les gens ont besoin d’amour, d’une manière ou d’une autre. Que ce soit avec le coeur, que ce soit avec le corps, je crois qu’actuellement, avec tout ce qui se passe, on a besoin d’amour et de tendresse. C’est donc cette direction que je vais prendre.

Interview réalisé par Mona FM (Coordination : Véronique Spinosi)


Publié le Vendredi 31 Août 2007 dans la rubrique Culture | Lu 13672 fois