Sommaire
Senior Actu

Seniors et diabète : un problème de santé publique majeur en devenir pour l’AFD

L’Association française des Diabétiques (AFD) vient de publier dans la dernière édition « Angles de Vie spéciaux », revue consacrée aux thèmes de la journée mondiale du diabète, un article portant sur les personnes âgées et le diabète. Un problème de santé publique en devenir qui « mériterait déjà qu’on se gratte un peu la tête » remarque l’association.


Seniors et diabète : un problème de santé publique majeur en devenir pour l’AFD
Face au vieillissement programmé des sociétés occidentales, on sait que demain, il y aura de plus en plus de diabétiques, c’est malheureusement mathématique. Pourtant, malgré ce constat, « gentiment… on attend » déplore l’AFD.

« J’ai le sentiment que d’une manière générale, le diabète et sa gravité sont encore très sous estimés par les médecins et la population, a fortiori, chez les personnes âgées », affirme dans cet article le professeur Jean Doucet, diabétologue, chef du service de gériatrie du CHU de Rouen. « J’ai actuellement dans mon service une dame de plus de 80 ans, arrivée pour un problème cardiaque dont le diabète, datant au moins d’une quinzaine d’années, n’avait jamais été jusque-là diagnostiqué ni pris en charge. Et maintenant, elle a les reins, le cœur, les yeux atteints.... ». Dramatique, mais malheureusement habituel. L’âge et le diabète amènent chacun leurs lots de complications et de maladies liées. Et le tout se cumule.

« Avec l’âge, l’hypertension artérielle, l’insuffisance rénale, les problèmes oculaires… sont beaucoup plus fréquents. De plus, chez le sujet âgé, le diabète est plus évolué que chez le sujet jeune. Il a eu le temps d’avoir connu des complications », explique le Pr. Doucet. Ainsi, quand on est âgé, généralement, il ne suffit pas de se faire traiter son diabète. Il faut aussi se faire traiter sa tension, son cholestérol... « Mais, on ne sait pas si, parmi tous les traitements nécessaires, équilibrer le diabète est le plus plus important. Pour certains patients, il convient d’équilibrer parfaitement. Pour d’autres, on pense actuellement que les objectifs ne doivent peut-être pas être aussi stricts ». .../...

Pour un traitement à part

« Mes patients ont en moyenne onze pathologies. Le diabète n’en est qu’une », résume le Dr Martine Soudani, médecin coordonnateur de la Résidence Julie Siegfried, à Paris. « Nous gérons le quotidien des personnes âgées en fonction des différentes pathologies dont elles souffrent et des facteurs de risque présentés. En terme de diabète, les objectifs de la prise en charge varient en fonction de la personne, de son état de santé et de son projet de vie. Une hémoglobine glyquée à 7%* n’est pas forcément notre objectif prioritaire ».

Autre facteur de différence dans le traitement, le fait que ces personnes sont bien souvent très médicamentées et qu’il convient donc de faire particulièrement attention aux interactions médicamenteuses. Certains antalgiques, par exemple, peuvent provoquer des hypoglycémies.

Quant à l’aspect nutritionnel, « le problème chez la personne âgée n’est pas de la faire maigrir, mais de maintenir son état de nutrition car la moitié d’entre elles sont dénutries », souligne le Pr. Doucet.

*L’hémoglobine glyquée permet de juger du contrôle du diabète sur les deux mois qui précèdent. Située en dessous de 7%, l’hémoglobine glyquée indique un bon équilibre.

Surveillance rapprochée

Isolement, difficultés pour se déplacer, faiblesse des revenus… L’accès aux soins n’est pas toujours très évident pour les personnes âgées. « Or, peut-être ne le sait-on pas assez, mais le diabète requiert une prise en charge, une surveillance, une vigilance quotidiennes, pas toujours forcément compatible avec le grand âge » rappelle l’AFD dans son article. Pour autant, le diabète n’est pas à lui seul un motif d’hospitalisation ou d’institutionnalisation.

Se pose ici le problème de la prise en charge des personnes âgées à domicile, des réseaux de soins et de la formation qui va avec. D’un côté, on a beaucoup de promesses, de vœux pieux et des tas de paroles d’encouragement et du même côté, on n’en donne ni les financements, ni les moyens nécessaires. Passons ? Très bien. Passons. Mais signalons en passant que le problème posé par les diabétiques âgés devant être hospitalisés ou institutionnalisés, n’est pas moindre.

Les diabétiques atteints de troubles neurologiques, par exemple. Impossible de les laisser seuls. « Dans la résidence, seuls deux patients sont exempts de troubles de la mémoire ou du jugement », témoigne le docteur Soudani. « Des personnes n’ayant plus toute leur raison ne peuvent surveiller ou prendre en charge le diabète. La vigilance des infirmières doit être constante. Dans le protocole de notre établissement, tout changement de comportement entraîne une glycémie capillaire ».

Vers une politique de quota s’interroge l’AFD ?

« En partant du désir louable d’institutions désireuses de garantir les meilleures qualités de soins possibles à ses pensionnaires, puis en passant par les incontournables contraintes budgétaires qui limitent le personnel dans nombre d’établissements, vous arrivez en bout de course à devoir contingenter le nombre de patients diabétiques acceptables dans un service, eu égard à la quantité de soins et de surveillance qu’ils demandent, rapportée au nombre d’infirmières dont vous disposez » remarque l’association. Ainsi, concrètement, la résidence où exerce Martine Soudani, ne peut accepter plus de huit personnes insulino traitées en même temps.

« On peut parfaitement comprendre la volonté de maintenir une bonne qualité de soins. On ne peut que s’inquiéter du peu de moyens qu’y consacrent les pouvoirs publics. Les places sont d’ores et déjà limitées aujourd’hui. Faute d’une alternative à la politique de fermeture des longs séjours, elles risquent bien de devenir fort chères demain. Ce jour là, nous aurons tous 150 ans. Nous serons tous diabétiques. Nous aurons tous des tas de maladies associées ou non. Et nous devrons être très riches pour être correctement pris en charge » déplore, en conclusion, l’Association française des diabétiques.

Association Française des Diabétiques
88, rue de la Roquette
75 544 - Paris cedex 11
Tél : 01 40 09 68 57
Fax : 01 40 09 20 30
Email
Site Internet

Pour aller plus loin, lire aussi :
10% des seniors et les milieux défavorisés touchés par le diabète
Seniors et santé : les diabétiques peuvent-ils consommer des fruits ?


Publié le Jeudi 11 Janvier 2007 dans la rubrique Santé | Lu 14005 fois