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Seniors et café : quels effets sur les fonctions cognitives ?

Outre ses effets sur la vigilance, la consommation de café permet aussi de soutenir l'attention et d'optimiser les fonctions cognitives, en particulier chez les personnes âgées. C'est en tout cas ce que montrent de nombreuses études récemment menées dans le grand âge qui apportent un éclairage complémentaire aux nombreux travaux menés sur le thème café et maladie d'Alzheimer, indique un récent document par santecafenews.net, site spécialisé sur les effets du café et ses composants sur la santé.


Le café est consommé quotidiennement par des millions d'individus. La plupart des occidentaux commencent leur journée par l'absorption d'une tasse de café. Or, le constituant majeur du café, la caféine est considérée comme la substance psychoactive la plus consommée dans le monde. Toujours selon ce communiqué, « cette méthylxanthine a une action positive directe sur les capacités cognitives » (1). Et d’ajouter qu’au-delà de « cet effet à court terme, la caféine peut aussi avoir des effets bénéfiques à long terme sur la fonction cérébrale » (2).

Si le café pouvait prévenir ou retarder le déclin cognitif, cet effet aurait des implications majeures de santé publique car le déclin cognitif est très commun chez les seniors. En effet, le temps de réaction, la vitesse de perception et de traitement restent relativement stables entre 20 et 60 ans et un ralentissement général des fonctions cognitives se produit entre 60 et 80 ans (3).

La caféine dont les effets stimulants sont bien connus exerce une action positive sur la vigilance et pourrait contrecarrer en partie le déclin cognitif lié à l'âge. Cet effet pourrait être d'autant plus patent qu'il a été montré que la caféine était particulièrement active dans les situations où la vigilance est réduite comme la période post-prandiale, les rhinites ou le travail de nuit (4).

Une attention plus soutenue
Les effets stimulants centraux de la caféine en tant que tels sont identiques quel que soit l'âge (5). Ainsi, une étude n'a retrouvé aucune différence liée à l'âge dans les effets de la prise de diverses doses de caféine dans des tests neuropsychologiques mesurant l'attention, l'apprentissage et la mémoire (6).

Toutefois, la majorité des travaux semble montrer que les effets de la prise de caféine varient au cours de la vie. Deux études ont comparé des individus jeunes (18-37 ans) à des personnes plus âgées (60-75 ans) ; elles montrent que 200 à 250 mg de caféine (deux tasses de café environ) améliorent les performances des sujets jeunes uniquement dans des tâches simples. En revanche, la caféine améliore les performances des sujets plus âgés dans des tâches plus complexes impliquant en particulier une attention soutenue. Le traitement de ces tâches est en général moins bon chez la personne plus âgée et la caféine semble permettre de reverser la perte de fonction due au vieillissement (7, 8).
Seniors et café : quels effets sur les fonctions cognitives ?

Une meilleure performance cognitive
Plusieurs études de population ont recherché spécifiquement la relation entre la performance cognitive et la prise habituelle de caféine. Deux études du même groupe néerlandais portant respectivement sur 1875 (9) et 1376 adultes âgés de 24 à 81 ans (10) ont montré que la prise habituelle de caféine avait des effets positifs sur la fonction cognitive (temps de réaction et mémoire verbale) ; cependant les études ne relèvent mais pas de différence en fonction de l'âge.

En revanche, une large étude impliquant 9003 citoyens britanniques adultes a montré une association positive entre la consommation régulière de café et la performance cognitive (temps de réaction et mémoire verbale). De plus, l'amélioration de la performance était la plus marquée chez les hommes et les femmes les plus âgés (11).

Enfin, au sein du groupe des seniors, les travaux récents font état de différences des effets de l'exposition habituelle au café et à la caféine en fonction du sexe. Ainsi, une étude menée sur 676 hommes finlandais, italiens et néerlandais nés entre 1900 et 1920 et suivis pendant 10 ans montre une relation en forme de J entre la consommation de café et le déclin cognitif, avec le déclin le plus faible observé pour la consommation de 3 tasses de café par jour. A cette dose, le déclin cognitif est 4,3 fois plus réduit que chez les non-consommateurs (12).

Les femmes privilégiées
Les deux autres études se sont intéressées aux deux sexes. La première étude, américaine, incluait 890 femmes d'un âge moyen de 72,6 ans et 638 hommes de 73,3 ans en moyenne. Les auteurs ont observé une meilleure performance chez les femmes dans 6 des 12 tests cognitifs. Chez les femmes âgées de 80 ans ou plus, ils ont noté une tendance à l'amélioration des performances dans 11 des 12 tests. Aucune amélioration de la fonction cognitive n'a pu, en revanche, être observée chez les hommes ou après la consommation habituelle de café décaféiné dans les deux sexes (13).

Dans l'étude française incluant 4.197 femmes et 2820 hommes âgés d'au moins 65 ans, les résultats sont similaires à ceux de l'étude précédente. Les femmes consommant plus de 3 tasses de café ou de thé par jour sur une période de quatre ans avaient de meilleures performances dans des tests de restitution de mots ou de mémoire visio-spatiale que les femmes consommant une tasse ou moins. De plus, cette amélioration des performances était plus marquée chez les femmes de plus de 80 ans que chez celles de 65 à 75 ans. Comme dans l'étude précédente, la consommation habituelle de caféine ne prévient pas le déclin cognitif chez les hommes. Sur les 4 ans de suivi, les auteurs n'ont pas non plus observé d'effet de la consommation de caféine sur le risque de démence (14).

Quels mécanismes ?
L'amélioration de la fonction cognitive pourrait refléter le mode d'action particulier de la caféine. En effet, une fois ingérée, celle-ci pénètre dans le sang circulant et le cerveau. Elle y joue une rôle antagoniste vis-à-vis des récepteurs de l'adénosine A2A présents à la surface des neurones cholinergiques. Cette liaison stimule la neurotransmission par l'acétylcholine dont les effets facilitateurs sur la mémoire sont bien connus.

La caféine semble également prévenir la neurotoxicité et les déficits cognitifs induits chez la souris par la protéine Bêta-amyloïde (15), dont l'accumulation est responsable du déclin cognitif rencontré dans la maladie d'Alzheimer.

Il reste maintenant à mieux comprendre pourquoi la caféine ne semble pas exercer les mêmes effets chez les hommes et les femmes d'un certain âge.

Pour en savoir plus
1. Lieberman HR, et al. Effects of caffeine, sleep loss, and stress on cognitive performance and mood during U.S. Navy SEAL training. Sea-Air-Land. Psychopharmacology. 2002;164:250-61.
2. Maia L, de Mendonça A. Does caffeine intake protect from Alzheimer's disease? Eur J Neurol. 2002;9:377-82.
3. Powell DH, Whitla DK. Normal cognitive aging: toward empirical perspectives. Curr Dir Psychol Sci. 1994;3:27-31.
4. Smith A. Effects of caffeine on human behavior. Food Chem Toxicol. 2002;40:1243-55.
5. Lorist MM, et al. Aging, caffeine, and information processing: an event-related potential analysis. Electroencephalogr Clin Neurophysiol. 1995;96:453-67.
6. Amendola CA, et al. Caffeine’s effects on performance and mood are independent of age and gender. Nutr Neurosci. 1998;1:269-80.
7. Swift CG, Tiplady B. The effects of age on the response to caffeine. Psychopharmacology. 1988;94:29-31.
8. Rees K, et al. The influences of age and caffeine on psychomotor and cognitive function. Psychopharmacology. 1999;145:181-8.
9. Hameleers PA, et al. Habitual caffeine consumption and its relation to memory, attention, planning capacity and psychomotor performance across multiple age groups. Hum Psychopharmacol. 2000;15:573-81.
10. van Hooren SA, et al. Relation between health status and cognitive functioning: a 6-year follow-up of the Maastricht Aging Study. J Gerontol B Psychol Sci Soc Sci. 2005;60:P57-60.
11. Jarvis MJ. Does caffeine intake enhance absolute levels of cognitive performance? Psychopharmacology. 1993;110:45-52.
12. van Gelder BM, et al. Coffee consumption is inversely associated with cognitive decline in elderly European men: the FINE Study. Eur J Clin Nutr. 2007;61:226-32.
13. Johnson-Kozlow M, et al. Coffee consumption and cognitive function among older adults. Am J Epidemiol. 2002;156:842-50.
14. Ritchie K, et al. The neuroprotective effects of caffeine: a prospective population study (the Three City Study). Neurology. 2007;69:536-45.
15. Dall'Igna OP, et al. Caffeine and adenosine A(2a) receptor antagonists prevent beta-amyloid (25-35)-induced cognitive deficits in mice. Exp Neurol. 2007;203:241-5.


Publié le Vendredi 14 Décembre 2007 dans la rubrique Nutrition | Lu 10290 fois