Nutrition

Se nourrir et bien vieillir : approche transversale et déterminants des évolutions de la vie (partie 3)


Pour la 5e année consécutive, la Fondation Louis-Bonduelle a organisé ses Rencontres à Paris. Cette édition 2012 le 5 juin dernier. Dans le cadre de l’année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle, les personnes âgées ont été à l’honneur. L’occasion de rappeler que, face à une population âgée grandissante, vieillir en bonne santé est un défi que notre société doit relever. Pour y parvenir, l’alimentation ne doit pas être négligée. Au contraire : bien se nourrir peut s’avérer essentiel au maintien d’un bon état de santé, garant d’un vieillissement réussi.


De la théorie à la pratique Vieillissement et alimentation.
Intervention d’Etienne Goulley, administrateur d’AGE Plateforme Europe.

Après ces exposés théoriques sur les déterminants de l’alimentation des personnes âgées, la parole a été donnée à Etienne Goulley, administrateur d’AGE Plateforme Europe, structure qui rassemble aujourd’hui 165 associations de personnes âgées ou œuvrant au bénéfice des personnes âgées au sein de l’Union européenne.

« Je voudrais vous exposer comment nous, associations de personnes âgées, souhaitons voir aborder les questions d’alimentation et de nutrition », introduit-il, avant de distinguer deux populations distinctes : d’une part, les seniors, souvent en relative bonne santé et dont les risques liés à l’alimentation concernent surtout le diabète de type 2, le cholestérol et, d’une façon générale, une alimentation déséquilibrée ; et d’autre part, les plus de 75-80 ans, pour lesquels le principal enjeu va être la lutte contre la dénutrition. Or, pour ces derniers, il faut à nouveau séparer deux cas de figure : la vie à domicile et la vie en institution.

Optimiser l’alimentation lors du maintien à domicile
« S’il est clair que la majorité des personnes âgées préfèrent demeurer chez elles, ce choix n’est pas dénué de périls avec l’avancée en âge, alerte Etienne Goulley. La personne seule à table perd le goût du bon repas et du bien manger. Il faut donc compenser. » Il énumère alors une liste de compensation possible pour lutter contre l’isolement et la solitude : participation à un club, « certaines municipalités ont ouvert des maisons assurant des repas groupés à des prix modérés » ; recours aux réseaux d’écoute ; cultiver les relations de voisinage ; etc.

« Les fournisseurs doivent aussi s’intéresser davantage à ce secteur de consommation », pointe l’administrateur. Outre la qualité nutritionnelle des produits, il existe des points sur lesquels les industriels ont encore à progresser pour proposer des produits parfaitement adaptés à cette population : portions individuelles pour les plats préparés mais à des prix raisonnables, emballages avec des ouvertures faciles, indications visant à prévenir les intoxications alimentaires.

« Ces indications simplifieraient beaucoup la vie des personnes âgées qui ne parviennent pas à manger les portions trop généreuses prévues par l’industrie, mais aussi ceux qui se retrouvent seuls et n’ont jamais su gérer une cuisine. Quant à l’intoxication alimentaire, c’est l’un des problèmes les plus courants chez les personnes âgées car, avec l’âge, il devient de plus en plus difficile de se souvenir depuis combien de temps cette boîte de lait traîne dans le frigo. Or, c’est le plus facile à régler avec quelques précautions simples, comme de préciser sur l’emballage les conditions et la durée de conservation de la denrée une fois l’emballage ouvert », souligne encore ce spécialiste.

En institution
Concernant la vie en institution, les problèmes sont différents. « Toute personne âgée considérera toujours son placement en institution comme une punition ou un abandon et cela demande un effort particulier pour entretenir chez elle le plaisir de manger », explique Etienne Goulley. Le repas doit donc rester « un temps attendu avec plaisir et qui se déroule avec plaisir ». Pour cela, il faut agir au niveau de la présentation des plats, de leur goût et de l’espace du repas, sans oublier certains facteurs spécifiques à la personne, qui peuvent nécessiter une recherche de solutions (problèmes de déglutition, tremblement, sensibilité aux bruits, etc.)

Et lors d’une hospitalisation
Etienne Goulley termine son exposé sur les conditions d’alimentation exceptionnelles, telles que lors d’une hospitalisation de longue durée ou en cas de maladie grave. « Il est essentiel de prendre le temps d’inciter chacun à consommer son repas à son rythme, insiste-t-il. Trop souvent le manque de personnel est l’excuse pour retirer l’assiette ou enlever le plateau. AGE Plateforme déplore ces pratiques et appelle à la formation des auxiliaires à la bientraitance et au respect de la personne soignée. »

L’occasion de rappeler que le décret du 30 Janvier dernier, relatif à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre des services de restauration des établissements sociaux et médicosociaux, entrera en vigueur le 1er juillet 2013. Et de conclure : « N’oublions jamais que le plaisir de manger est le premier plaisir que découvre le nouveau-né s’il est nourri dans une ambiance affectueuse et respectueuse de son rythme. Il peut rester un plaisir jusqu’à la fin de la vie si l’on continue à attribuer la même attention à la qualité du repas et à l’ambiance dans laquelle il est consommé. »
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Publié le Jeudi 5 Juillet 2012




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