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Santé des seniors au travail : des facteurs méconnus à prendre en compte selon l’Irdes

Une récente étude de l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes) montre que la santé des seniors au travail dépend de la pénibilité physique de leur emploi, mais aussi de la « latitude décisionnelle » qui leur est accordée dans leurs tâches et de la « récompense reçue ». Des facteurs d’autant plus à prendre en compte que le travail des plus de 50 ans est un moyen clé de pérenniser le financement des retraites. Explications.


L’évolution rapide des conditions de travail au cours des dernières décennies est marquée par l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail et de nouvelles pénibilités.

Dans un contexte de vieillissement des populations actives, ces problèmes sont particulièrement préoccupants en matière de santé, d’emploi et de financement des systèmes de retraite, indiquent en introduction les auteurs de cette étude qui propose une analyse des corrélations entre pénibilité au travail et état de santé des 50 ans et plus ayant un emploi, à partir des données de l’enquête européenne SHARE 2004.

La pénibilité du travail des seniors a été approchée par trois dimensions : la demande psychologique, qui intègre pénibilité physique perçue et pression psychologique ; la latitude décisionnelle, renvoyant aux possibilités d’action et d’évolution professionnelle ; et enfin la récompense reçue, monétaire ou non.

Prises une à une ou combinées, ces dimensions, estime l’étude, sont liées à une modification de l’état de santé des seniors. Le lien le plus fort est observé pour la récompense reçue : ainsi, recevoir une récompense élevée est corrélé à une probabilité plus forte de se juger en bonne santé. Les résultats montrent aussi l’existence de relations entre un mauvais état de santé et une forte demande psychologique associée à une faible latitude décisionnelle ou à une récompense reçue insuffisante. Enfin, ils mettent en évidence l’importance du soutien au travail et de la sécurité de l’emploi. Dans l’ensemble, ces liens sont plus forts pour les femmes que pour les hommes.

Cette étude s’inscrit dans le débat actuel sur le recul de l’âge de départ en retraite afin de faire face au vieillissement qui pèse fortement sur les systèmes de retraite par répartition. Dans ce contexte, la santé et les conditions de travail sont considérées comme des facteurs expliquant les sorties d’activité précoces. « Des conditions de travail pénibles et préjudiciables à la santé sont de nature à réduire la productivité des seniors, à accroître leur absentéisme, leurs risques de perte d’emploi, ou à les inciter à quitter le marché du travail au plus tôt. C’est pourquoi les caractéristiques actuelles de l’organisation du travail et les formes de pénibilité qui en résultent sont à prendre en considération, au même titre que d’autres variables d’ordre institutionnel, financier, contextuel ou encore familial » indiquent les auteurs.

Pour mener cette analyse, les responsables de ce travail se sont appuyés sur les données de l’enquête européenne SHARE. Quatre indicateurs d’état de santé été analysés : l’état de santé perçue, la présence ou non de maladies chroniques, les limitations d’activité et un indicateur de dépression. Et la pénibilité au travail a été appréhendée à partir de trois dimensions liées à l’organisation du travail (demande psychologique, latitude décisionnelle, récompense reçue).

La latitude décisionnelle, la demande psychologique et surtout la récompense reçue sont liées à la santé des seniors

Près de 8 seniors en emploi sur 10 présentent un bon état de santé : 78 % se perçoivent en bonne santé ; 77 % déclarent ne souffrir d’aucune maladie chronique ; 75 % ne déclarent aucune limitation d’activité liée à un problème de santé et 82 % ne présentent aucun signe de dépression.

Ces proportions sont plus élevées que celles observées dans la population des 50-65 ans sans emploi (respectivement 58 %, 60 %, 59 % et 70 %). Ainsi, les seniors ayant un emploi sont en moyenne en meilleur état de santé que ceux qui ne travaillent pas. Toutefois, pour les seniors en emploi, les statistiques descriptives montrent de fortes disparités de santé liées aux dimensions de la pénibilité que nous avons retenues.

Deux phénomènes sont notables. En premier lieu, la dimension qui est associée à la plus grande variation d’état de santé est la récompense reçue, aussi bien pour les hommes que pour les femmes. En second lieu, les indicateurs de pénibilité sont davantage associés à l’état de santé des femmes qu’à celui des hommes, notamment en matière de dépression. Nous relevons pour les hommes un écart de 13 points lié au passage d’un niveau de récompense faible à fort. La proportion d’hommes ne présentant pas de signe de dépression passe alors de 80 % à 93 %. Pour les femmes, l’écart est de 24 points : la proportion de femmes ne présentant pas de signe de dépression passe de 57 % à 81 %.

Ces résultats descriptifs mettent en évidence l’existence des deux relations suivantes : d’un côté, les seniors qui travaillent sont en moyenne en meilleur état de santé que ceux qui ne travaillent pas et, d’un autre côté, l’état de santé de ceux qui travaillent est moins bon lorsque leur travail est pénible. Nous retrouvons alors l’ambiguïté des liens entre la santé et le travail avec deux effets antagonistes : d’une part, un mauvais état de santé conduit à une sortie anticipée du marché du travail (ou dans notre cas, à une perception négative des conditions de travail) et, d’autre part, des conditions de travail pénibles altèrent l’état de santé, en particulier en fin de vie active.

L’état de santé des seniors est plus mauvais lorsqu’ils se trouvent dans une situation de travail déséquilibrée

Les estimations mettent en évidence des liens significatifs entre l’état de santé des seniors et ce type de déséquilibre. En effet, les seniors à l’abri des situations de déséquilibre combinant une forte demande psychologique et une faible latitude décisionnelle sont en meilleur état de santé que ceux qui y sont exposés.

Le second déséquilibre auquel nous nous intéressons repose sur les notions d’effort demandé par les travailleurs et de récompense reçue pour cet effort. Nos résultats suggèrent que les seniors non concernés par les situations de travail où il y a déséquilibre entre la demande psychologique et la récompense reçue présentent un meilleur état de santé que ceux qui sont exposés à ce déséquilibre.

Cela se traduit par une augmentation significative de la probabilité de se percevoir en bon état de santé (8,6 points pour les hommes et 6 points pour les femmes), de ne pas souffrir de dépression (3,6 points pour les hommes et 8,4 points pour les femmes) et de ne déclarer aucune limitation d’activité (5,7 points pour les hommes et 10,9 points pour les femmes). La probabilité de ne déclarer aucune maladie chronique augmente uniquement pour les femmes de 3,6 points.

Le soutien dans le travail et le sentiment de sécurité de l’emploi sont liés à la santé des seniors

Le sentiment de bénéficier d’un soutien approprié dans les situations de travail difficiles est négativement corrélé au risque de dépression, en particulier pour les femmes. Toutes choses égales par ailleurs, cette forme de soutien est associée à une diminution de ce risque de 3,4 points pour les hommes, et plus encore pour les femmes, de 7,6 points. Pour ces dernières, le soutien au travail a aussi une influence positive sur la probabilité de ne déclarer aucune limitation d’activité (6,4 points).

Enfin, les seniors ayant le sentiment de pouvoir garder leur emploi sont en meilleure santé que ceux ayant un sentiment d’insécurité et, là encore, les effets sont plus fortement marqués pour les femmes que pour les hommes. Parmi les femmes, le sentiment de sécurité de l’emploi est également associé à une augmentation de la probabilité de ne pas être limitées dans leurs activités (4,8 points) et de ne souffrir d’aucune maladie chronique (4,4 points).
Santé des seniors au travail : des facteurs méconnus à prendre en compte selon l’Irdes

Conclusion

Les données européennes de l’enquête SHARE 2004 montrent que l’état de santé des seniors en emploi est lié aux formes de pénibilité au travail que nous avons retenues et que ces liens sont plus marqués pour les femmes que pour les hommes, indiquent les auteurs de cette étude. Et de préciser qu'un niveau de demande psychologique peu élevé, une latitude décisionnelle forte et un niveau de récompense reçue important ont un effet protecteur sur l’état de santé des seniors.

De plus, nous confirmons les deux hypothèses principales des modèles de Karasek et Theorell (1991) et de Siegrist (1996) en montrant que la santé des seniors est négativement liée aux déséquilibres entre la demande psychologique et la latitude décisionnelle et entre la demande psychologique au travail et la récompense reçue. Les résultats soulignent également l’importance du soutien au travail et de la sécurité de l’emploi. Quel que soit le sexe, ces deux facteurs sont notamment associés à une diminution du risque de dépression. Dès lors, les caractéristiques de l’organisation du travail et la santé constituent des déterminants importants de la participation des seniors au marché du travail. Si l’on souhaite favoriser l’emploi des seniors et préserver leur santé sur leur lieu de travail, la mise en oeuvre d’une prévention des risques organisationnels constitue une solution efficace.

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Publié le Jeudi 29 Mars 2007 dans la rubrique Emploi | Lu 10623 fois