Sommaire
Senior Actu

Sans l’orang-outan de Eric Chevillard : au Jardin des plaintes


Connaissez vous cet animal volubile, qui déploie une rhétorique qui est celle de l’encerclement de son sujet. Il ne lâche pas sa proie.

Il lance ses phrases longues comme des bras, attrape avec une ingénue précision tout ce qui fait sens, il épouille nos comportements.

De nos travers il s’en fait une badine pour nettoyer le fond de nos consciences. « il est homme désormais, rongé par l’incertitude et la hantise des questions sans réponse ».

C’est Eric Chevillard. Mais voilà, son problème est qu’il perd toujours tout. Sauf le talent.
Sans l’orang-outan de Eric Chevillard : au Jardin des plaintes

Il avait, par exemple, égaré son héros principal, le capitaine Cook, puis c’est un hérisson qui neutralisait le travail de l’écrivain, où ailleurs c’est « Palafox » qui cherchait son identité.

Notre distrait fait disparaître l’orang-outan dans son dernier roman : les deux derniers spécimens existants dans le monde, dont le narrateur a la garde dans un parc zoologique, meurent.

On le voit le thème n’est pas banal. Rappelez vous l’émotion ressentie par la mort du dernier ours des Pyrénées, espèce à jamais perdue de notre patrimoine écologique. Aussi, quand « on retire du système un personnage aussi important que l’orang-outan il doit en résulter des conséquences terribles ».

De ces conséquences, Eric Chevillard en fait le minutieux relevé. De quelle manière ! Sous une apparente facilité se cache toute une mécanique, un précis de déconstruction/reconstruction (on se souvient de la façon dont l’an dernier il démolissait Nisard (1), un avatar semble lui avoir survécu page 114).

Cet écrivain se joue des conventions de la narration pour mieux donner une vision éclatée, exhaustive et claire de son propos. Dans un autre livre (2) il tente de reconstituer son propre squelette à partir d’ossements épars. Il perd tout.

Pourquoi l’œuvre d’Eric Chevillard, si caustique, si loufoque, est-elle si délectable ? Le narrateur donne la réponse : « cela me soulageait et m’apaisait, mieux qu’un gentil sourire ».

(1) Démolir Nisard, Editions de Minuit (2006)
(2) Commentaire autorisé sur l’état de squelette, Editions Fata Morgana (2007)

Sans l’orang-outan
Eric Chevillard
Les éditions de minuit
187 pages
14 euros


Publié le Lundi 29 Octobre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 3145 fois