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Rose Blanche pour Hervé Villard

Chanteur adulé dans le monde entier -surtout en France et en Amérique du Sud- depuis plus de quarante ans, Hervé Vilard se dit fier d’être un chanteur populaire. Retour sur une enfance chaotique, déplacé de familles en familles et sur un succès qui ne se dément pas depuis son premier tube incontournable sorti en 1961 « Capri, c’est fini ».


Hervé Vilard à Venise
Le petit René Vilard, véritable identité du chanteur, s’est longtemps accroché à l’espoir de retrouver sa mère, dès qu’il a su que celle-ci était vivante, contrairement à ce qu’on lui avait dit.

Son premier cri, Hervé Vilard le pousse dans un taxi parisien le 24 juillet 1946. Sa maman Blanche accouche avant d’arriver à la maternité.

Trois ans plus tard, on lui retire ses enfants après dénonciation aux services de l’enfance d’une voisine jalouse pour un amant qu’elle ne veut plus partager.

René/Hervé est alors séparé de ses frères et soeurs et restera dans un premier temps à l’orphelinat Saint-Vincent de Paul à Paris. Quelques années plus tard, il sera placé comme Pupille de la Nation dans des familles d’accueil de paysans berrichons. Au sein de son premier foyer il découvrira avec Mone mais surtout Nénesse, l’amour de la nature qui lui apportera une force intérieure lui permettant de résister aux coups bas de la vie.

Ensuite, il changera sept fois de famille, et trouvera enfin, dans cette campagne du Berry, une main tendue en la personne de l’abbé Angrand. C’est cet homme extraordinaire qui apportera au petit René/Hervé l’attention et l’affection qui lui manquaient tant, mais il l’emmènera également vers la découverte de la poésie, de l’écriture et des bonnes manières. Hervé deviendra auprès de l’abbé enfant de coeur, mais après des indiscrétions de la DDASS, il sait sa maman vivante… Dans sa tête l’idée de retrouver ses parents ne le quittera plus.

Hervé Vilard

Commence alors la période des fugues qui sont suivies automatiquement, à chaque retour, par un placement dans une nouvelle famille et plus tard dans un orphelinat parisien.

À force de tentatives, Hervé arrive à l’âge de quatorze ans dans un Paris bouleversé par la guerre d’Algérie. Pas de papiers, des petits boulots, de mauvaises rencontres, le ventre vide, il se débrouille, il survit, mais il est libre pour rechercher ses parents. Il a cette certitude que sa maman est toujours en vie.

Sa rencontre avec Daniel Cordier, directeur d’une galerie de tableaux et ancien secrétaire de Jean Moulin va définitivement changer le cours de sa vie. Un accord et une confiance donneront définitivement un nouvel horizon à Hervé Vilard : « Tu retournes à l’orphelinat et je te promets de t’en sortir ». Daniel Cordier tient sa promesse et devient son tuteur légal, son père adoptif. Adieu l’assistance publique, bonjour la vie.

Le jeune René/Hervé a toujours aimé chanter, surtout les chansons de Dalida. Daniel Cordier lui trouve une place chez un disquaire des Champs-Élysées et parallèlement, Hervé prend durant plus d’un an des cours de chant.

À dix-sept ans il passe sa première audition et signera son contrat sur le champ. Sa première chanson, qu’il écrit lui même et dont l’inspiration lui viendra en regardant une publicité de voyage est un succès. Avec Capri c’est fini, il gagne sa notoriété. Grâce au journal France Dimanche, Hervé Vilard retrouve sa mère. Ses prières quotidiennes avec l’abbé Angrand ne sont pas restées vaines. Il a mis vingt ans à la retrouver. .../...

Hervé Vilard
Avec la complicité et l’enquête menée par le journal son rêve devient réalité. Il sait maintenant que sa mère n’a jamais cessé de le chercher et que l’abbé Angrand connaissait la vérité sans jamais la lui avouer.

Ces retrouvailles, même si elles sont sources de bonheur, restent difficiles malgré tout. Comment rattraper et oublier les moments de solitude, de doutes, de manques de ses vingt premières années ? Se sont-ils un jour vraiment retrouvés ? Mais pour l’heure, il est heureux, il a retrouvé sa mère et il chante. Il aime la scène et par dessus tout, le contact avec son public. Il flotte. Dans le métier, c’est Dalida qui sera sa marraine.

Coup du destin ! La première lettre reçue de sa vie à l’orphelinat est une photo noir et blanc de Dalida avec ses quelques mots « A René Vilard que j’embrasse tendrement. Joyeux Noël et bonne année 1961 ». Il lui avait écrit quelques temps auparavant et elle lui avait répondu. Maintenant, elle suit sa jeune carrière, l’appelle souvent après un passage télé ou une scène et le conseille sur sa façon de s’habiller, de se coiffer…

Avec Fais-la rire, Hervé Vilard installe sa carrière. Les jeunes filles l’adorent, son sourire, son regard et sa mèche de cheveux sur le front font fureur. Au tout début des années soixante dix, il part en tournée outre Atlantique et devient probablement la plus grande star de la chanson française en Amérique Latine. Il y restera sept ans. Le temps de provoquer des scènes d’hystérie de la part d’un public parfois hallucinant comme au Mexique devant plus de 250 000 personnes, de se rendre à l’invitation personnelle du Président Chilien, Salvatore Allende et de se produire devant Elvis Presley.

Il y fera aussi une rencontre importante sur un plan personnel, celle d’une maman mexicaine avec qui il nouera des moments forts. Ses tournées en Amérique du Sud lui inspireront des chansons comme Le danseur de Rio ou La Borrachera. Il chantera également de nombreux succès en langue espagnole dont Yo tengo Penas, chanson écrite avec Danyel Gérard, devenu un véritable tango argentin.

Sa carrière le mène aux quatre coins du monde où il chantera entre autres Capri c’est fini en version espagnole, italienne et même japonaise. Les succès qu’il a accumulés durant plus de quarante ans de carrière, Hervé les doit à cette volonté de se surpasser, de surprendre mais de séduire aussi, et à l’immense amour qu’il porte à son public.

Il trouve une forme de bonheur dans ce métier qu’il vit intensément, mais qui n’effacera jamais les douleurs et la perte d’êtres chers, comme sa maman, Dalida, ou plus récemment Bezu et Simone, sa voisine à La Celette, dont il s’occupait régulièrement depuis des années. C’est d’ailleurs là, à La Celette, près de Saint-Amand Montrond, qu’Hervé Vilard vit depuis qu’il a acheté en 1991 et restauré le Presbytère où il a rencontré pour la première fois l’Abbé Angrand.

Pour aller plus loin :

Hervé Vilard
Hervé Vilard à l'Olympia
Le tout premier DVD d’Hervé Vilard enregistré en public.
Outre le concert mythique de l’Olympia 1982, des interviews, des images personnelles et des archives de tournées.

L’âme seule.
Un livre bouleversant qui retrace les premières années de René/Hervé Vilard.

Article rédigé par Liliane Boyer


Publié le Vendredi 24 Août 2007 dans la rubrique Culture | Lu 21942 fois