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Rika Zarai : son livre « L’espérance à toujours raison » vous invite à vivre en paix

Au-delà de la chanteuse reconnue, le lecteur appréciera chez Rika Zaraï, la femme qui prêche, sans relâche depuis des années, pour que la paix s’impose partout dans le monde. Une belle rencontre à découvrir grâce à une interview du magazine Nos tendres et douces années…


Rika Zarai : son livre « L’espérance à toujours raison » vous invite à vivre en paix

 

NTDA : Avec ce livre L’espérance à toujours raison, Rika, vous avez été très loin dans les révélations. Est-ce facile de se raconter ?

R.Z. C’est très difficile de se raconter voilà pourquoi je ne le fais que maintenant, après quarante ans de métier. Je n’ai pas pu le faire avant car j’avais un secret de famille en moi et je ne me sentais pas capable de dévoiler mon histoire.

D’ailleurs, si ma mère était encore en vie, je n’aurais pas écrit ce livre. Mais, je suis partie du principe qu’il fallait tout dire ou ne rien dire mais surtout pas rester dans le politiquement correct. Aujourd’hui, les gens voient trop d’artifices et de mensonges et ils veulent l’authenticité des choses. C’est pourquoi j’ai voulu raconter ma vie telle qu’elle est.

Ce livre commence avec l’histoire de votre famille. Votre père a fuit l’Ukraine à pied pour rejoindre la Terre Promise. Il a travaillé dur pour construire l’État d’Israël et faire vivre sa famille. Que vous a-t-il inculqué ?

R.Z. Vous savez, la Palestine pour mon père était comme un rêve. J’ai voulu raconter l’histoire de mon père car c’est très symbolique pour moi. C’est aussi un moyen de dire d’où je viens et qui je suis. Mon père m’a toujours dit de réfléchir par moi-même et de ne pas écouter les opinions des autres. Pour lui, suivre les autres, c’est vivre dans des idées reçues, or il me disait toujours de me fabriquer mes propres idées.

Votre mère aussi a quitté sa vie en Lituanie puis de rester en Palestine. Sa famille périra dans les camps de la mort pendant la seconde guerre mondiale. Traumatisée, elle n’aura jamais beaucoup de tendresse à vous donner…

Rika Zarai : son livre « L’espérance à toujours raison » vous invite à vivre en paix
R.Z. Ma mère m’a appris l’envie du travail bien fait, de l’excellence et elle était très dure. Mais elle avait perdu toute sa famille, 52 personnes au total, dans les camps de la mort et n’avait plus que mon frère, mon père et moi dans sa vie. Tous les siens avaient disparu et elle n’avait même pas une tombe sur laquelle elle pouvait pleurer. C’était terrible.

Les gens ne peuvent pas bien se rendre compte à quel point cette monstruosité des camps d’extermination nazis a été dure à surmonter, inhumaine et horrible. De plus, ma mère était également très dure parce qu’elle était malade. En effet, très jeune, elle a perdu la vue. Souvent, elle me disait : “Ce monde est tellement affreux que je ne veux même pas le voir !”.

Très tôt, elle a souffert d’un glaucome mais je crois aussi que, de façon psychosomatique, elle a peut-être accentué la maladie afin qu’elle lui ôte totalement la vue. J’en suis sincèrement persuadée d’autant que ma mère avait un fond de culpabilité énorme qui lui pourrissait la vie. De toute sa vie, elle n’a jamais pu me donner la tendresse que j’attendais.

Rika, vous êtes née en 1938 ; quels souvenirs gardez-vous en mémoire de vos tendres années ?

R.Z. Ma jeunesse a été extrêmement dure. Toute jeune, j’ai été confrontée aux ennuis de santé de ma mère et notamment à sa première opération des yeux. À cette époque, il n’existait pas de traitement pour soigner le glaucome. Ensuite, à sept ans, je me souviens, lorsqu’elle a subit une seconde opération des yeux. Puis, à dix ans, j’ai connu la guerre d’indépendance en Israël… .../...

Justement, 1947 : naissance de l’État d’Israël et, quelques jours plus tard, les Arabes attaquent le pays. Des combats très violents qui vous obligent à vivre pendant quinze mois dans une cave pour vous protéger des bombardements sur Jérusalem

R.Z. C’est un des pires moments de ma vie. Vous vous rendez compte, nous avons vécu pendant plus d’un an sans un rayon de lumière. C’était affreux car nous n’avions pas d’eau, pas de nourriture, pas d’électricité, pas de médicaments, pas d’armes pour nous défendre.

Nous faisions la queue pendant des heures dans la rue pour obtenir un verre d’eau et quelques aliments car tout était rationné au plus juste. Ces quinze mois de siège de Jérusalem ne sont racontés nulle part et c’est tout un pan de l’histoire d’Israël qui a été zappé.

C’est pourquoi, dans mon livre, j’ai voulu rendre hommage à cent mille personnes, mes cent milles héros. Car certes, cette époque était très difficile à supporter et nous avions peur pour nos vies mais, en même temps, j’ai été témoin de tant de courage, de tant de bravoure, de fraternité que cela m’a construite pour la vie. Pas une seule veuve, pas un seul orphelin n’a été abandonné. Au cœur de l’enfer, ces pauvres gens étaient immédiatement secourus, sécurisés et entourés.

C’est durant ce siège de Jérusalem que j’ai vu la plus belle manifestation de courage et de solidarité de ma vie. Et cela m’a laissé la conviction que, même au pire moment de l’existence, il y a toujours une issue heureuse. Au fond, c’est après la guerre, que j’ai été la plus malheureuse parce que mon problème personnel n’était plus le problème de tout le monde. En effet, peu à peu, ma mère a perdu complètement la vue. J’avais peur d’elle, elle avait la mainmise sur moi et je suis devenue “ses yeux”…

Vous racontez que vous deviez sans cesse l’aider, la seconder et l’assister dans ses actes quotidiens car votre mère ne voulait pas que l’on sache qu’elle était aveugle. C’était un vrai fardeau pour la jeune fille que vous étiez ?

R.Z. Ma mère disait tout le temps : “Je ne vois pas mais je veux vivre comme si je voyais”. Personne ne devait le savoir et c’était pour moi un secret de famille insupportable. D’ailleurs, j’ai raconté, il y a un mois, ce secret à la radio en Israël et j’ai reçu des dizaines de lettres des voisins de mes parents ; ces derniers découvraient que Frouma, ma mère, était aveugle !

Lorsque j’étais enfant, j’aidais ma mère et nous avions un code entre nous. Lorsque nous étions dans la rue, je devais lui expliquer ce qui se passait, l’avertir s’il y avait un trottoir à monter ou à descendre, lui dire que telle ou telle personne s’avançait vers nous, qu’elle était habillée de telle manière, etc. Je faisais tout cela très vite, sans que mes lèvres ne bougent trop afin que personne ne s’aperçoive de sa cécité.

C’était une pression énorme pour moi et j’avais très peur de faire un faux pas et que la vérité éclate à cause d’une maladresse de ma part. C’était un calvaire d’autant que mon père travaillait très dur, douze heures par jour. De plus, je ne pouvais même pas me confier à quelqu’un, ni à des amis, ni à ma famille. Personne ne devait savoir et mon père comme mon frère refusaient de m’entendre sur ce point. Lorsque j’ai quitté la maison, c’est mon père qui a pris le relais.

Quelques années plus tard, vous bravez l’autorité parentale pour devenir chanteuse à Tel-Aviv, en Israël. La scène, vous en rêviez depuis longtemps au fond ?

Rika Zarai : son livre « L’espérance à toujours raison » vous invite à vivre en paix
R.Z. Mes parents ont très mal vécu ce départ pour Tel-Aviv car il y avait un accord tacite passé entre eux et moi afin que je devienne une pianiste concertiste. Pour ma mère, c’était honorable. Ce qui nécessitait de faire cinq heures de piano quotidiennes et j’ai d’ailleurs obtenu le premier prix de piano au Conservatoire de Jérusalem.

Jusque-là, ma mère était très fière, mais un jour, en passant dans la rue, j’ai entendu la chanson “Besame mucho”. C’était tellement beau, tellement plein d’émotion que j’ai décidé de devenir chanteuse. Bien évidemment, il n’en était pas question dans ma famille. Car, ma mère voulait que je réalise son rêve : que je devienne pianiste et que je joue du classique bien sûr. Il n’était d’ailleurs pas question qu’elle me demande si c’était mon rêve à moi ! Lorsque j’ai terminé mon service militaire, j’ai été nommée directrice musicale du Groupe de Variétés du Centre.

Nous avons travaillé sur la réalisation d’une comédie musicale que je n’ai pas chantée mais que j’ai enseignée car j’étais très pédagogue et musicienne de formation. Cette comédie musicale a marché très fort.

Peu de temps après, un grand théâtre d’Israël a souhaité la reprendre et on m’a alors demandé d’assister à l’audition. Lors de cette dernière, on m’a demandé de chanter cette comédie musicale… “pour rendre service”… Finalement, on m’a confié le rôle principal de ce spectacle où j’étais aussi la directrice musicale ! J’avais dix neuf ans et j’étais ravie mais affolée car j’étais sûr que mes parents n’accepteraient pas que je monte sur scène.

D’ailleurs, ce fut la “révolution” à la maison pendant plusieurs jours car, pour toute la famille, monter sur scène et chanter revenait à faire le trottoir ! Finalement, j’ai tenu tête et je me suis lancée dans cette voie. Mes parents ne m’ont plus parlé pendant des semaines !

Très vite, vous devenez populaire en Israël et votre vie est plutôt bien installée avec un mari et une petite fille. Pour quelles raisons avez-vous décidé de tout quitter pour partir en France et à Paris ?

R.Z. La comédie musicale a eu un très beau succès et j’ai enchaîné d’autres rôles. Près du théâtre où je jouais la comédie, se trouvait un magasin de disques qui importait beaucoup de vinyls américains et quelques disques français. Un jour, j’ai découvert les chansons de Georges Brassens et j’ai eu le coup de foudre pour cette musique. Même si je ne comprenais pas un mot de français, j’étais envoûtée et sous le charme de la chanson française. J’adorais Juliette Gréco, Jacques Brel, Yves Montant, Charles Aznavour, etc.

Peu de temps après, un impresario de Tel-Aviv (un vrai menteur celui-là !) m’assure qu’il peut m’organiser une série de galas à l’Olympia à Paris. C’était très tentant, d’autant que j’adorais cette ambiance propre à la chanson française et je rêvais de la France.

Avec mon premier mari, nous avions donc prévu de venir en France pour un mois afin de rencontrer les plus grands chanteurs Français, de faire quelques galas, de visiter les monuments de Paris et de rentrer en Israël. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi…

Pendant quatre années, vous connaissez des années difficiles et vous vous produisez dans des endroits plus ou moins recommandables. Qu’est-ce qui vous a donné la force de rester dans la grisaille parisienne, sans argent, sans confort de vie ?

R.Z. Une fois arrivée à Paris, j’ai tenté de rencontrer Bruno Coquatrix à l’Olympia mais il n’avait jamais entendu parler de moi et aucun gala n’était prévu ! Mon impresario de Tel-Aviv avait menti et tout s’est effondré autour de moi. Ensuite, j’ai travaillé dans des cabarets, j’ai été malmenée et je peux vous dire que j’ai beaucoup souffert à cette époque de ma vie car je n’avais pas d’argent pour vivre.

Entre-temps, mon mari m’avait quitté et je restais seule en France avec ma fille à élever. Mon éducation voulait aussi que l’on ne baisse pas les bras, que l’on assume et je me suis battue pour réussir.

À quel moment avez-vous pris conscience que votre carrière de chanteuse s’engageait réellement sur la voie du succès en France ?

R.Z. Lorsqu’en 1963 j’ai reçu le Grand Prix de RTL avec ma chanson “Exodus”, je me suis dit qu’il y avait une oreille pour m’entendre. Et même si cela ne me permettait pas de vivre convenablement, j’ai senti les choses évoluer favorablement. Mais c’est vraiment avec “Casatchock” que j’ai connu le succès.

En novembre 1969, alors que vous êtes une vedette de la chanson, que vous avez reconstruit une vie harmonieuse avec votre fille et votre compagnon Jean-Pierre Magnier, vous êtes victime d’un terrible accident de voiture qui vous laisse en mille morcea

R.Z. J’étais en pleine gloire à ce moment de ma vie et je n’arrêtais pas de chanter aux quatre coins de la France. J’étais grisée d’autant que je m’étais donné beaucoup de mal pour réussir dans la chanson et puis tout s’est arrêté à cause de ce terrible accident de voiture. Je suis restée six jours dans le coma et huit mois paralysée, bloquée dans un lit, plâtrée. Les médecins ont prévenu mon compagnon, Jean-Pierre, que je ne marcherai plus jamais.

Pendant ces longs mois de douleur physique, je dois dire que le public a été sensationnel car il ne m’a pas oubliée et beaucoup de gens m’ont écrit. Bruno Coquatrix a aussi été très sympa car je lui ai demandé une date pour faire un concert à l’Olympia. Et il m’a planifiée.

J’avais besoin de cela pour m’accrocher et me battre contre la fatalité. Plusieurs de mes amis et ma famille m’ont également soutenue. En revanche, les gens du métier ne se sont pas ou peu manifestés et j’ai connu la solitude.

Ce drame vous a brisée mais il fut aussi un extraordinaire moteur et c’est précisément après ce dramatique accident de voiture que vous allez vous intéresser à la médecine par les plantes et que vous allez adopter une vie plus saine ?

R.Z. Devant le verdict des médecins, j’étais effondrée, je déprimais. Cependant, une nuit, je me dit : “Un jour, je remarcherai”. Dans mon livre, je décris tout ce que je me suis astreinte à faire pour retrouver la forme et l’usage de mes jambes. C’est, en effet, à cette époque que j’ai commencé à étudier la médecine naturelle.

Peu à peu, vous revenez à la chanson et vous triomphez sur scène. Vous devenez aussi “La Madone de la Paix” alors qu’en Israël les conflits et les guerres continuent. Rika, l’espérance a-t-elle vraiment toujours raison ?

R.Z. Oui Stéphane ! Il faut savoir qu’en Israël et en Palestine, il y a des milliers de personnes qui œuvrent chaque jour pour la paix. Les médias nous montrent uniquement ce qu’il y a de pire et très rarement les belles initiatives. Dans mon livre, je donne quelques exemples qui prouvent que, chaque jour, la paix est en marche. Ce n’est pas un rêve, ni une utopie mais la réalité.

Ainsi, au grand hôpital de Hadassah de Jérusalem, il y a un service réservé aux enfants dans lequel on soigne à la fois des enfants juifs et des enfants musulmans. Cet hôpital manque de soignants. Alors, chaque nuit, des parents juifs et des parents musulmans se relayent au chevet de ces enfants pour les surveiller et aider le personnel médical.

On peut donc voir un musulman essuyer le front d’une petite fille juive et vice versa. Voilà un exemple de la paix qui est en marche. Il y a beaucoup d’autres actions du même genre mais qu’on n’entend pas tout dans les médias et je me bats pour montrer aussi les belles actions menées en Israël.

Après plus de 15 ans de recherches et d’études sur les bienfaits de la médecine naturelle, vous publiez, en 1985 “Ma médecine naturelle”. Ce livre connaît un formidable succès mais les médecins et les médias vous attaquent. Comment vous ête

R.Z. Les médias et les pharmaciens m’ont beaucoup attaquée. Les pharmaciens avaient du mal à accepter que les gens achètent moins de médicaments suite à la sortie en librairie de mon livre ! Ces attaques, très rudes, étaient absolument insupportables à vivre et j’ai, en effet, connu une période de dépression.

Je savais que ce que je disais était juste. J’avais étudié la médecine naturelle auprès des plus grands professeurs et je me suis rendue quatre fois aux États-Unis pour suivre leurs enseignements sur des périodes de trois mois. Je savais que j’avais raison et le temps m’a donné raison puisque aujourd’hui on vante les vertus de la médecine par les plantes, l’alimentation saine, on explique aux gens qu’il faut apprendre à bien respirer et à bien dormir… De plus, grâce aux bienfaits de cette médecine naturelle, je suis parvenue à marcher à nouveau au début des années 70. Au fond, je ne comprenais pas pourquoi il y avait un tel acharnement contre moi et pourquoi on luttait contre ce qui m’apparaissait comme une évidence.

Aujourd’hui, j’ai une petite fierté lorsque je vois que mes idées sont reprises.

Avez-vous d’autres projets artistiques ?

R.Z. L’an prochain, je participerai à la “Tournée Âge Tendre et Tête de Bois” et je donnerai aussi beaucoup de concerts. Dans le même temps, je vais travailler sur un nouvel album et, si cela fonctionne bien, j’envisage de me produire sur une scène parisienne. J’ai toujours l’intention de donner des conférences pour adresser des messages afin que la paix triomphe.

Même si on a un lourd secret de famille qui nous étouffe, même si on arrive à Paris sans un sou, même si on a un accident de voiture ou une maladie-handicap, même lorsqu’on dit que la paix au Proche-Orient existera et existe déjà, je dis et je répète que l’espérance à toujours raison. Il faut espérer pour vivre.

Propos recueillis par Stéphane Weiss


Publié le Mardi 2 Janvier 2007 dans la rubrique Culture | Lu 7262 fois