Sommaire
Senior Actu

René Riffaud disparaît à l’âge de 108 ans : encore un Poilu qui s’en va

René Riffaud, l’un des quatre derniers Poilus de la Première guerre mondiale s’est éteint mardi dernier à l’âge de 108 ans a annoncé l’Office national des anciens combattants (ONAC).


« C'est un moment de tristesse quand on voit une personne qui était en même temps une personnalité » disparaître, a réagi le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie à l’annonce de sa mort, estimant qu'à chaque disparition de Poilu, « c'est un peu un élément de notre mémoire vivante qui disparaît ». Et d’ajouter qu’il pourrait être un exemple pour « les jeunes et manque de repères et de valeurs ».

M. Riffaud était le seul survivant de la Grande Guerre à être présent le 11 novembre dernier sous l’Arc de Triomphe. Il avait assisté à la cérémonie de l’armistice dans une chaise roulante. « Monsieur Chirac m'a demandé de venir. En bon petit soldat, j'ai obéi », confiait-il à l'époque.

Issue d’une famille originaire du Jura, il est né en Tunisie à la faveur d’une mission confiée à son père, ingénieur des Ponts et Chaussées. Il n’est revenu en France qu’au moment de son incorporation.

Mobilisé le 16 avril 1917, René Riffaud intègre l’Armée d’Afrique comme soldat de 2ème classe au sein de la Manouba, anciennes écuries du Bey de Tunis. Il passe ensuite dans plusieurs autres régiments : le 58ème régiment d’artillerie de Bordeaux, le 8 juin 1918, puis le 30ème régiment d’artillerie de campagne, le 15 octobre 1918, et enfin le 42ème régiment, à la fin de l’année, dans les Ardennes. Il est ensuite réformé temporairement, en 1919, comme l’indique son livret militaire pour une tuberculose pulmonaire.

Soigné, il entre au sein du 13ème régiment d’artillerie coloniale, le 21 février 1919, puis au 10ème régiment, en octobre. Il est enfin réformé définitivement, le 24 juin 1924, à Constantinople où il avait été affecté, avec une pension d’invalidité permanente pour pleurésie.

De son arrivée en France pour combattre, il disait : « C’était normal de partir, j’étais français, même si je suis né en Tunisie par “accident”.» Lorsqu’il repensait à l’Armistice : « Ce jour-là, j’avais consulté un spécialiste qui, pour me déboucher les oreilles, m’avait soufflé dans le nez. En sortant, j’ai appris la reddition des Allemands, j’étais heureux, soulagé. Le soir, nous sommes descendus à Epinal arroser l’événement, c’était la première fois qu’on allumait les réverbères.» .../...

Rappelons que M. Riffaud n'avait jamais demandé sa carte de combattant. Jusqu’au début 2006, il ne figurait pas sur la liste des derniers Poilus. C’est sa petite fille qui l’avait incité à faire la demande, « pour sa descendance ». « L'erreur » fut finalement réparée en avril 2006 avec la remise officielle de la carte par le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mekachera, qui avait alors dit son « émotion » de faire entrer René Riffaud « dans le cercle très fermé des derniers Poilus ».

Marié à Lucie le 5 mai 1930, il a eu un fils unique aujourd’hui décédé, trois petites filles (Fabienne, Laurence et Carole), sept arrière-petits-enfants et une arrière-arrière-petite-fille. Son épouse est décédée depuis 1979.

Après sa démobilisation, il a occupé plusieurs fonctions dont celle d’électricien puis en 1933, il a créé sa propre entreprise de construction électrique, moteur, réparation, bobinage et transformation, implantée à Colombes où il a toujours vécu avec sa femme. Il était retraité depuis 1969.

Depuis 2002, il résidait dans une maison de retraité médicalisée à Tosny, dans l’Eure. L’ancien poilu ne lisait plus, ne regardait plus la télévision mais aimait encore écouter la radio

Selon une décision du président de la République, prise en 2005, le dernier poilu aura droit à des « obsèques solennelles de portée nationale ». Officiellement, il ne reste plus que trois anciens combattants français de la Grande Guerre encore en vie. Les trois derniers poilus en vie sont Louis de Cazenave, 109 ans, nouveau doyen, Lazare Ponticelli, 109 ans, et Jean Grelaud, 108 ans.

Rappelons que la « Der des der » a fait neuf millions de morts dans le monde et près de 20 millions de blessés, dont la moitié mutilés. En France et en Allemagne, un soldat mobilisé sur six a été tué. La plupart avaient entre 18 et 25 ans.


Publié le Jeudi 18 Janvier 2007 dans la rubrique Divers | Lu 5597 fois