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Senior Actu

Rencontre avec Mohammed Malki, directeur d’Accordages



M. Malki, comment avez-vous été mené à fonder l’association Accordages, premier réseau de l’action intergénérationnelle en France ?

Mon parcours a été en fait assez atypique. Au départ sociologue du travail, je me suis ensuite réorienté vers le conseil en entreprise et la formation professionnelle au début des années 90. Ma rencontre avec Michel Daureil, responsable de l’association La Flamboyance en 1992 a constitué un véritable tournant. Son idée était de valoriser le rôle des retraités et personnes âgées en tant que porteur et d’acteur de culture. C’est grâce à lui que j’ai été sensibilisé aux problématiques du vieillissement et de ses conséquences sociales profondes. Un événement tragique a précipité mon départ fin 1999, j’ai alors pris mes distances avec La Flamboyance et créé ma propre association, Accordages, en 2000.
 

Comment définiriez-vous la mission d’Accordages ?

Accordages est né de deux constats, le premier se trouvant être l’existence au niveau local de nombreuses initiatives intergénérationnelles signifiantes, innovantes et parfois inattendues, néanmoins, elles étaient méconnues au delà de leurs sites, rien n’était fait pour les promouvoir. Ensuite, nous avons constaté que les porteurs de projets rencontrent souvent des difficultés dans la réalisation de leurs actions : diagnostic de situations, partenariat, montage financier, objectifs, organisation, animation, pérennisation….

Accordages se propose donc de valoriser ces initiatives et de constituer un véritable réseau d’échanges, en repérant, en évaluant et diffusant les meilleures expériences. Ce travail mené depuis 2001, nous a permis de constituer un fichier d’actions assez conséquent, de suivre les réalisations locales. Nos activités de conseils et de conduite de projets auprès d’acteurs locaux, essentiellement des collectivités territoriales, nous permettent d’injecter de la méthodologie sur le terrain, et ils nous arrivent de convaincre nos partenaires de s’inspirer de démarches pertinentes repérées et évaluées par nous.

Quel genre de difficultés ?

Elles sont évidemment nombreuses. Une des clés de la réussite est d’abord de bien préparer son projet : si l’on n'identifie pas au préalable les besoins ou si l’on ne définit pas des objectifs précis, il est probable que le projet patinera. C’est là que nous intervenons. Un exemple : nous avons été sollicités par la ville de Besançon pour l’accompagner dans la mise en place d’un Conseil des sages : l’équipe municipale porteuse de ce projet a été confrontée à des risques apparus au cours d’une première phase et qui pouvaient dénaturer ou mener le projet à l’échec. Notre intervention consistait à accompagner le groupe de retraités volontaires, à mieux définir leur projet de Conseil des sages, à le rendre compatible avec le fonctionnement démocratique de nos institutions locales (élus, services) et à l’inscrire d’emblée dans une dynamique opérationnelle en organisant des ateliers de travail à partir d’une série de préoccupations de la ville : mémoire horlogère, transport en commun. L’objectif était alors de construire un Conseil qui ne soit ni un club de rencontre de retraités, mais un outil de travail, ni un groupe enfermé dans des préoccupations de « vieux », mais ouvert sur les problèmes de l’ensemble des habitants.

Un autre exemple de la nécessité d’une méthodologie de travail : la mairie de Villiers-Le-Bel qui voulait renforcer les relations entre les générations au sein de ses maisons de quartier en tant qu’espaces publics ouverts sur l’ensemble des habitants. Ce qui n’est pas le cas dans la réalité. Une dynamique a été mise en place : d’abord, travailler sur l’accueil des plus âgés, ensuite, réfléchir sur le partage entre les différents âges des espaces et des ressources de la maison de quartier, en respectant l’existence d’usages différentiels. Enfin, en développant d’actions ou activités communes : des petits déjeuners, repas de quartier et des sorties communes, pour renouer le dialogue. Aujourd’hui ce sont jeunes et vieux ensemble qui portent sur leurs épaules un projet de ludothèque de quartier.

D’après vous à quoi est dû l’engouement actuel pour les actions intergénérationnelles ?

On ne peut évidemment pas nier un fait culturel : Les réseaux de retraités, tels qu’ils ont été définis dans les années 60/70 ne répondent plus aux besoins actuels. Les retraités d’aujourd’hui veulent continuer à être actifs d’une manière ou d’une autre, et leur expérience et leur temps libre peuvent être très utiles à la société. Prenons par exemple le Collectif des Retraités de Taverny pour "Entreprendre et Agir Ensemble". Dans le cadre du programme « Relais Mamies-Mamans » mis en place à dans cette ville, ils s’occupent bénévolement de la garde des très jeunes enfants pour décharger les jeunes mamans. Celles-ci retrouvent ainsi du temps libre pour retrouver un emploi ou s’adonner à des loisirs, tandis que les personnes âgées se réinsèrent dans le tissu social, ce qui est primordial. Une autre explication tient à l’évolution positive de l’image des seniors dans la société française.

Vous avez créé récemment votre site internet www.accordages.com. N’est-ce pas un aboutissement de votre réseau ?

Rencontre avec Mohammed Malki, directeur d’Accordages
Ce site est à l’image du réseau que nous construisons, en mouvement. Il a été lancé lors du colloque d’Angers que nous avons organisé les 27 et 28 mai. Mais il sera amené à évoluer, ce qui permettra à notre réseau de vivre : il fournira des informations générales, un répertoire des actions, des fiches pratiques, des dossiers thématiques et servira de plate forme (Forum) d’échange d’expériences pour nos membres selon un mode coopératif. J’invite donc tous les acteurs concernés par le vivre ensemble des âges, collectivités locales, association, écoles, entreprises, à rejoindre le réseau Accordages.

M.Malki, directeur d’Accordages
8 rue du Faubourg Poissonnière
75010 Paris
01 47 70 79 67


Publié le Mercredi 11 Juin 2003 dans la rubrique Intergénération | Lu 3025 fois