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Rencontre avec Gérard Delteil, auteur de « Retraite Anticipée », collection Polar Santé

Polar Santé est une nouvelle collection éditée conjointement par Fleuve Noir et la Mutualité Française. Elle est destinée à dénoncer et à rendre public les crises que traverse le domaine de la santé du fait de sa marchandisation progressive. Gérard Delteil est écrivain et journaliste. Il a déjà publié une quarantaine de livres, romans ou enquêtes, dont " N’oubliez pas L’artiste " qui lui a valu le Grand Prix de Littérature Policière. Dans "Retraite Anticipée", il dénonce les dysfonctionnements et la maltraitance courante que l’on peut retrouver dans les maisons de retraite. « Quand les personnes âgées deviennent des objets de marketing, tout est à craindre » résume ainsi l’auteur sur son site://site.voila.fr/Delteil.


Le cas des maisons de retraite est peu évoqué dans les médias, et encore moins dans la littérature. Quel a été le point de départ de votre roman ?

A vrai dire, je n’ai pas eu cette idée moi-même. J’étais même très peu sensibilisé aux problèmes des résidences pour retraités. La Mutualité Française m’a alors passé commande d’un polar sur ce sujet. Après une courte enquête j’ai entrepris de rédiger ce roman. Mon intérêt a été accrû quand j’ai rencontré un couple qui voulait ouvrir un petit centre d’accueil et auquel on n’a pas arrêté de mettre des bâtons dans les roues. Leur histoire apparaît dans le livre. J’ai également essayé de rendre public leur histoire dans la presse, ce qui a été plus difficile. Mais un documentaire produit par Canal Plus sortira peut-être à la rentrée.

Vous faites dire à un de vos personnages : « Peu de pensionnaires des maisons de retraite sont satisfaits » ? (p.39). Les maisons de retraite ne sont-elles pas les lieux de résidence les plus adaptés, même pour des personnes peu autonomes ?

J’ai tendance à penser que les maisons de retraite sont de véritables mouroirs. A ce propos un directeur de l’un des centres que j’ai pu visiter m’a ainsi confié « nous n’avons pas de places pour l’instant, mais ne vous inquiétez pas, elles se libèrent vite »… De plus, je trouve assez dégradant de faire côtoyer des personnes âgées tout à fait saines d’esprit avec des malades souffrant de la maladie d’Alzheimer. De mon côté je préconise le maintien dans le tissu social aussi longtemps que possible, mais il arrive toujours un moment où cela devient difficile, surtout si les enfants (comme le couple Vayron du livre) ne souhaitent pas prendre ou s’occuper de leur parent à charge.

Vous évoquez à plusieurs reprises les mauvais traitements que peuvent subir certains résidents : injuriés ou rabaissés par les infirmiers. Ces pratiques sont-elles répandues ?

Retraite Anticipée
Hélas oui. Dans mon livre j’ai préféré évoquer la maltraitance courante pour ne pas sombrer dans la caricature. Mais des scandales existent : patients abandonnés dans leurs excréments par exemple. On ne peut pas non plus reporter toute la faute sur le personnel, qui n’est pas forcément responsable. Quand il n’y a qu’un seul employé pour prendre en charge 120 résidents, des problèmes sont amenés à surgir… Il faut quand même noter qu’aucune enquête statistique n’a été réalisée sur ces agissements, il est donc difficile d’en évaluer l’ampleur. Cependant, lors de mes recherches, j’ai pu constater de visu que dans certaines maisons, les résidents n’avaient pas le droit de sortir dans le jardin, pour des raisons que je ne m’explique pas.

Dans quelle mesure les grandes entreprises telle que « Aliamed » (nom de la société fictive décrite dans le livre) sont impliquées, ou vont l’être, sur le marché des résidences d’accueil ?

Elles n’ont investi que le marché des maisons de retraite de luxe : installées généralement dans des lieux magnifiques, elles offrent un niveau d’équipement médical et de services supérieurs à la moyenne. Mais comme je l’écris dans mon livre, elles peuvent être de véritables trompe-l’œil, avec un personnel insuffisant et les pratiques que nous venons d’évoquer. Il est évident que certaines grandes entreprises font passer leur profit avant le bien-être des patients. Au contraire les petites structures d’accueil sont gérées soit par des particuliers, des mutuelles, des associations et la prise en charge y est très différente.

N’avez vous pas eu peur en dénonçant le système privé de gestion des maisons de retraite, de faire une publicité indirecte pour votre éditeur, la Mutualité Française, qui promeut une gestion plus sociale de la Santé ?

Non, je considère simplement la Mutualité Française comme mon éditeur, qui m’a commandé un livre pour sa collection. J’ai conscience qu’elle songe par ce biais à se mettre en avant, mais elle ne m’a donné aucun « cahier des charges ». La seule forme de censure, même si ce mot est incorrect, a consisté à changer les noms de certaines entreprises, qui ressemblaient trop aux originaux… N’importe quel éditeur l’aurait fait.


Publié le Mercredi 25 Juin 2003 dans la rubrique Culture | Lu 1858 fois