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Réduction des cancers du sein en 2005 et 2006 en France : un phénomène paradoxal

Une récente étude publiée dans le Bulletin du Cancer montre une réduction des nouveaux cas (incidence) de cancers du sein en 2005 et 2006 en France. Selon les chercheurs, « cette baisse de l’incidence en période de déploiement du dépistage est paradoxale » et seule, « la diminution massive et simultanée des traitements hormonaux de la ménopause (THM) » pourrait expliquer cette évolution.


L’objectif de cette étude était de mesurer l’évolution du taux d’incidence du cancer du sein entre 2000 et 2006 et d’analyser les variations simultanées du dépistage mammographique et des (THM).

Les incidences ont été calculées à partir des affections de longue durée attribuées aux patients du régime général d’assurance-maladie pour cancer du sein. Les évolutions des THM et des dépistages ont été mesurées respectivement à partir des bases de données de l’assurance-maladie et des évaluations du programme national de dépistage.

Entre 2000 et 2004, la croissance annuelle moyenne du taux d’incidence a été de 2,1 %. Puis, ce taux a décliné : -4,3% entre 2004 et 2005 et -3,3% entre 2005 et 2006. Et « la diminution a été plus forte pour les femmes de 50 ans et plus : -6% et -5,3% respectivement aux mêmes périodes » ont constaté les chercheurs.

Entre 2000 et 2006, les THM ont diminué de 62 % et le nombre de dépistages mammographiques organisés a augmenté de 335 %. La baisse des nouveaux cas en période de « déploiement du dépistage est paradoxale » souligne les auteurs de cette étude. En effet, généralement, la progression d’un dépistage entraîne une augmentation des tumeurs dépistées. En l’occurrence, selon ces scientifiques, « la diminution massive et simultanée des THM est la seule modification majeure de l’environnement pouvant expliquer cette évolution ».

Le cancer du sein touche près de 46.000 femmes chaque année en France et est responsable de 12.000 décès par an, selon le ministère de la Santé. .../...
Réduction des cancers du sein en 2005 et 2006 en France : un phénomène paradoxal

Quelques recommandations de l’Académie de médecine :

En pratique médicale :
Améliorer les comportements par une large information des femmes et des médecins. Il y a consensus pour conseiller à toutes les femmes de ne pas s’exposer à des risques évitables, et qui n’apportent aucun bénéfice, tels que la consommation exagérée de boissons alcoolisées (inférieur ou égal à 2 verres de vin/jour), la sédentarité, le tabac et l’obésité après la ménopause. Le consensus est d’autant plus grand que la plupart de ces recommandations protègent également du risque cardiovasculaire, du diabète et d’autres types de cancer.

Les traitements hormonaux des symptômes (THS) de la ménopause
Ils augmentent le risque de cancer du sein, d’après les essais contrôlés WHI et les résultats de plusieurs cohortes : le risque relatif variant de 1.3 à 2 selon les études. Il n’existe pas de démonstration à ce jour que les hormones naturelles soient moins agressives que les produits de synthèse bien que cela ait été récemment suggéré.

Si on veut diminuer l’incidence des cancers du sein, il faut éviter un THS prolongé et travailler sur les moyens de sevrage. Les recommandations de L’Académie Nationale de Médecine et de l’AFSAPSS (sept.2005) : « Informer les femmes sur les risques, limiter le THS aux femmes symptomatiques et pendant un temps limité avec une réévaluation annuelle qui pourrait être accompagnée de tentatives de sevrage et tenir compte des contre-indications, etc. », apparaissent toujours valables. A noter que les progestatifs associés aux estrogènes qui sont nécessaires pour protéger du risque des cancers de l’endomètre et de l’ovaire, augmentent cependant nettement le risque de cancer du sein par un mécanisme encore non totalement élucidé.

Si on dispose d’éléments pour définir une femme à haut risque de cancer du sein, par contre on ne peut définir les femmes qui seraient sans risque de cancer du sein et en particulier celles qui seraient protégées d’une augmentation de risque apportée par un THS. Celles ci peuvent exister, mais on ne peut actuellement les reconnaître. .

Pour la première fois aux USA, après une stabilisation de l’incidence des cancers du sein celle ci a baissé de 12% en 2003, soit assez rapidement après l’arrêt chez environ 50% des femmes, des THS de la ménopause dès 2002 suite au résultat des essais WHI. Cette baisse touche surtout les femmes ménopausées et les cancers RE+. Elle a été rapide ce qui serait en accord avec l’effet de promoteur de tumeur des hormones ovariennes. En France l’incidence des cancers du sein n’a diminué chez les femmes ménopausées qu’à partir de 2005. Le fait que le dépistage ait augmenté à partir de 2004 alors que la prise de THS a diminué de 60% suggère fortement que la baisse de prise de THS est responsable de la diminution d’incidence des cancers du sein, comme aux USA mais avec un certain retard.

Cependant le débat continue avec les gynécologues et certains généralistes qui voient le bénéfice direct de ce traitement sur la vie quotidienne des femmes soufrant de bouffées de chaleur handicapantes. En effet, un message plus rassurant a été diffusé récemment avec d’une part la possibilité, à confirmer, d’un meilleur THS « à la Française » associant progestérone micronisée et estradiol transdermique et la notion qu’un THS précoce n’entraînerait pas de risque cardiovasculaire. L’évaluation de la balance risque/bénéfice chez la femme symptomatique (avec bouffées de chaleur) est difficile, elle devra tenir compte des autres risques (vasculaires, osseux, etc.) et s’appuyer sur des tests prédictifs quantifiés de risque individuel de cancer du sein à améliorer. La décision in fine doit être prise par la femme et son médecin bien informés des risques et bénéfices.


Publié le Mercredi 20 Février 2008 dans la rubrique Santé | Lu 5318 fois