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Senior Actu

Quelques sources sociologiques pour mieux comprendre la nouvelle donne démographique, chronique par Serge Guérin

Nos sociétés sont conduites à se mettre en cause et innover pour répondre à ce défi né de l’apparition d’une nouvelle catégorie sociodémographique : les jeunes seniors de 50 à 70 ans -que nous nous appelons aussi boobos pour boomers bohêmes-, symbolisent le mieux une sorte de « happy-boom » aux effets complexes et multiples.


Les Boomers Bohêmes bénéficient du triangle d’or symbolisé par le temps disponible, le pouvoir d’achat et la santé. Ils forment une nouvelle catégorie sociologique, qui fait le pendant aux adulescents (ces adultes chronologiques au comportement social d’adolescent dont la figure a été popularisée par le film Tanguy). Notons que les contraintes économiques et le prix de l’immobilier contribuent largement à cette infantilisation des jeunes adultes.

De la même façon, les BooBos peuvent apparaître comme des adultes biologiques, considérés comme trop vieux pour le monde de l’entreprise, mais comme de très jeunes consommateurs par les marketeurs… Les Boobos cherchent leur équilibre entre différentes injonctions paradoxales, qu’elles viennent de l’entreprise (où le vieillissement commence à 45 ans), du monde des médias et de la publicité, (qui en reste à la notion passablement éculée de « ménagère de moins de 50 ans »), de la norme socio-juridique (qui inscrit l’âge officiel de la retraite, le marqueur essentiel, à 60 ans), …

Les références, d’ailleurs largement portées par les seniors eux-mêmes, sont marquées du sceau de la jeunesse et de la beauté. Vincent Caradec a, ainsi, largement mis en avant combien le « rester jeune » était un idéal normatif difficile à négocier. On sait, avec Georges Palante, que l’individu est fragile face à la pression de la norme. Dans nos sociétés, c’est l’homme qui doit s’adapter à la norme sociale et non l’inverse. Mais c’est l’homme aussi qui contribue à construire cette norme. .../...

Quelques sources sociologiques pour mieux comprendre la nouvelle donne démographique, chronique par Serge Guérin
Les sociétés occidentales ne jurent que par le renouvellement, la rapidité et la jeunesse. Plus l’image est présente, plus la communication est élevé au rang de valeur indépassable et plus faire bonne figure (« sauver la face » pour reprendre une expression d’Erving Goffman) est une nécessité vitale. Faire jeune à tous prix. Or, la notion d’âge est relative, culturelle et évolutive.

Impossible donc de raisonner encore avec des représentations de l’âge datant de trente ans. Physiquement, moralement et culturellement, un quinquagénaire en 2006 est plus proche du quadragénaire d’aujourd’hui que de l’homme de 55 ans d’hier. Il a tout juste dépassé la mi-vie et peut faire de multiples projets d’avenir, sur le plan personnel et familial, comme sur celui de l’activité professionnelle ou sociale. Ces millions de papy-boomers sont d’abord des happy-boomers pour qui tout reste ouvert.

Cette perspective est également en ligne avec la révolution individualiste qui a secoué les sociétés occidentales depuis les années 1980. La modernité tardive ou seconde modernité ouvre à la pluralité des projets de vie. La société est à la fois espace de normes et de contraintes et productrice de moyens d’autonomie. Des sociologues comme Giddens montrent que les parcours de vie sont de plus en plus autonomes même si chacun se doit aussi de se déterminer selon son environnement et des valeurs en grande partie véhiculées par le miroir déformant des médias.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles
Et de Manager les quinquas (avec G Fournier), Editions d’organisation. Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po.


Publié le Lundi 4 Décembre 2006 dans la rubrique Chroniques | Lu 2055 fois