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Programme de dépistage du cancer colorectal : où en est-on ?

Depuis le 31 janvier dernier, la distribution et la lecture des tests de dépistage du cancer colorectal, appelés Hemoccult, sont suspendues. L’incertitude de la date de mise sur le marché des nouveaux tests immunologiques renforce le risque sanitaire de passer à côté de nombreuses détections de cas. Réunis au sein d’un groupement d’entreprises* bénéficiant d’une large expertise dans le domaine du dépistage, quatre laboratoires indépendants tirent la sonnette d’alarme.


Programme de dépistage du cancer colorectal : où en est-on ?
Troisième cancer le plus fréquent chez l’homme et deuxième chez la femme, le cancer colorectal fait l’objet chaque année d’une campagne de dépistage nationale : Mars Bleu. A l’instar d’Octobre Rose, campagne dédiée à la prévention du cancer du sein, Mars Bleu a vocation à sensibiliser le plus grand nombre à la nécessité du dépistage du cancer colorectal, qui touche plus de 40.000 personnes par an.
 
Ce programme vise à détecter au plus tôt la maladie pour une meilleure prise en charge du patient. En effet, neuf cas sur dix peuvent être guéris si la détection est précoce. Pourtant, ce sont plus de 17.500 personnes qui décèdent chaque année du cancer colorectal… soit l’équivalent d’un crash d’avion chaque semaine.
 
Enjeu majeur de Santé Publique, cette maladie sera bientôt détectée par une nouvelle génération de tests de dépistage, les tests immunologiques, réputés plus fiables. La Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés a lancé un appel d’offres le 28 janvier 2014 pour la passation d’un marché public relatif à la fourniture de kits de dépistage immunologique et de sa prestation analytique.
 
Bénéficiant d’une large expertise dans le domaine du dépistage, le Groupement d’entreprises a répondu à cet appel d’offres ; mais sa proposition de kit de dépistage n’a pas été retenue par la CNAMTS pour motif purement formel. Engagés dans le programme de dépistage depuis ses débuts, le Groupement a saisi le Président du tribunal administratif qui a rejeté sa demande le 5 novembre. Un mois et demi après, la CNAMTS notifiait au candidat l’attribution du marché public.
 
La préparation du programme de dépistage s’est donc s’engagée. Le 16 janvier 2015, la CNAMTS indiquait d’ailleurs que le déploiement du nouveau programme aurait lieu en février 2015 et que les tests immunologiques seraient fournis dès mars 2015, conformément au début de la campagne nationale de sensibilisation au dépistage.
 
Comme la Ligue du Cancer avant eux, les laboratoires GLBM, EXALAB, RéuniLAB et SYNERGIBIO s’inquiètent de ne toujours pas voir arriver ces nouveaux tests. Ils déplorent également la destruction de centaines de milliers d’anciens tests et de milliers d’échantillons patients par les laboratoires qui appliquent la consigne de la DGS et de la Cnamts : l’arrêt de la distribution de tests Hemoccult par les médecins généralistes et la destruction des analyses par les laboratoires. Ces laboratoires craignent donc que de nombreux cas ne soient tout simplement pas détectés.
 
Alors que Mars Bleu vient de commencer, de nombreux acteurs de la santé (structures de gestion départementales, professionnels, associations de patients…) se mobilisent activement et partout en France. Ces manifestations, qui insistent sur la responsabilité individuelle à participer au dépistage, risquent d’être désavouées puisque le dépistage ne peut être assuré.
 
Le planning de déploiement du programme de dépistage n’est pas tenu et les explications données par les autorités sanitaires (Direction générale de la santé, Institut National du Cancer et CNAMTS) sont contradictoires. Le Groupement pointe également du doigt la diffusion marketing du kit sur Internet… alors que le dépistage est dramatiquement arrêté depuis plusieurs semaines et pour plusieurs semaines encore.
 
Ces quatre laboratoires ne peuvent que s’émouvoir face à cette situation inacceptable. Ils s’interrogent sur les raisons et les freins qui bloquent cette action de Santé, au risque de démobiliser la population et leurs confrères médecins généralistes. Ils appellent donc le ministère de la Santé à communiquer officiellement sur la campagne de Mars Bleu et sur la date de mise à disposition des tests immunologiques. Ils souhaitent également connaître les mesures qui seront prises pour aider les médecins traitants à absorber le retard de cette campagne, sur le plan administratif notamment.
 
Le Groupement engage dans le même temps une requête en contestation de validité du marché attribué, relatif à la procédure de l’appel d’offres de la CNAMTS du 28 janvier 2014.
 
*Ce groupement d’entreprises est composé de quatre laboratoires indépendants (GLBM, EXALAB, RéuniLAB et SYNERGIBIO), d’un laboratoire public (l’Institut inter Régional pour la Santé) et de la société Beckman Coulter.


Publié le Mardi 10 Mars 2015 dans la rubrique Santé | Lu 2028 fois