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Prendre en compte la diversité des seniors pour agir (II), chronique de Serge Guérin

Comme nous l’avions explicité dans notre dernière chronique, la notion de senior recouvre des réalités multiples dans l’espace public comme dans l’entreprise. Le comprendre, c’est déjà s’éviter des actions et un discours trop massifiant. Voyons d’abord rapidement, ce qu’il en est des grandes typologies structurantes du style de vie des seniors dans leur ensemble.


Pour ce qui concerne, les 19 millions de personnes de plus de 50 ans, nous pouvons distinguer trois typologies principales : les Seniors Traditionnels , ou SeTra qui correspondent à la norme de comportement traditionnel des personnes vieillissantes, les Seniors Fragilisés , ou SeFra qui synthétise les populations en pertes d’autonomie, et les nouveaux seniors issus du baby-boom ou BooBos qui entendent continuer de produire les signes distinctifs habituellement associés à la jeunesse.

Prendre en compte la diversité des seniors pour agir (II), chronique de Serge Guérin

Les Seniors Traditionnels

Les Seniors Traditionnels (les SeTra), sont ceux qui conservent à 55, 70 ou 80 ans peu ou prou le même type de comportement : une responsabilité face à leurs enfants progressivement remplacée par une implication identique auprès de leurs petits enfants et de leurs propres parents. Le style de vie du SeTra peut apparaître très tôt, dès lors que les enfants commencent à être autonomes et que les premiers signes d’évolution physique se manifestent. Arrivés à la retraite, ils restent très consommateurs d’autant qu’ils ont fini de rembourser les emprunts contractés et qu’ils sont souvent propriétaires de leur logement. Ils restent demandeurs de services et d’attention. Ils profitent d’un pouvoir d’achat disponible sensiblement supérieur aux catégories d’âge plus jeunes.

Les SeTra sont globalement plus conservateurs que leurs cadets et correspondent en partie à la notion de « France profonde ». Ils se méfient des extrêmes, se mêlent peu de politique et évitent les prises de position publiques. Ils cherchent en revanche à transmettre leurs valeurs à leurs petits-enfants.

Beaucoup, parmi les hommes, estiment nécessaire de se « rattraper » auprès des petits-enfants, du manque d’attention et/ou de disponibilité qu’ils ont manifesté envers leurs enfants.

Cette catégorie de senior privilégie les marques, les valeurs sûres, mais aussi une consommation non flamboyante. Ils privilégient la sécurité et le confort sur l’image et la mode.

Les SeTra se différencient en fonction de leur rapport au travail et d’un deuil, souvent difficile, de leur vie active. Les SeTra ayant dépassé la blessure de la sortie de la vie active, les femmes en particulier, sont très largement impliqués dans leur sphère privée et cultivent un réseau de socialisation en diminution, mais actif. Peu engagés dans les mouvements associatifs, ils fréquentent largement les médias et les lieux de consommation.

Relativement peu actifs, téléphages (plus de cinq heures par jour), ils ont tendance à se refermer sur la cellule familiale et voient leur consommation diminuer.

Cette génération qui a traversé la seconde guerre mondiale rattrape le temps perdu.
Ils ont du temps pour leurs petits-enfants mais aussi pour eux mêmes. Ces seniors s’inscrivent dans une certaine tradition et puisent dans la famille le principal de leurs valeurs.

Les Seniors Fragilisés

Les Seniors Fragilisés (ou SeFra) sont les moins visibles socialement mais ils représentent déjà plus de deux millions de personnes et leur nombre va s’accroître de façon particulièrement sensible. La nouvelle loi instituant l’APA (Allocation Prestation autonomie) a pris avec raison la mesure de la situation même si son financement pose problème et conduira nécessairement à de nouveaux arbitrages, à de nouvelles allocations de ressources. L’ensemble des fonds publics adressés au soutien des personnes âgées (principalement : le revenu minimum, les allocations logement et le financement de l’APA) représente un total de 11 milliards d’euros par an.

Le triplement attendu, dans les 20 ans qui viennent, des plus de 75 ans, et le quadruplement prévisible des plus de 85 ans, ne peuvent qu’entraîner une augmentation très marquée des besoins de services à la personne.

Cette catégorie de seniors est très fortement consommatrice de biens et services, en particulier ceux où la notion de sécurité apparaît primordiale. Ils forment et vont former l’un des pôles majeurs de la demande en termes de services de proximité et de services à domicile.

Dans cette catégorie, il faut souligner que l’on trouve, un nombre relativement important, des « jeunes SeFra » par suite de handicaps lourds. Mais la fragilité relève aussi de l’ordre du rapport à la société, du sentiment d’être un oublié de la modernité, de ne plus se sentir en phase avec les codes et les mythes sociaux. De ce point de vue la fragilité n’est pas prioritairement d’ordre générationnelle mais dépend sans doute en premier lieu du niveau de formation et d’exclusion antérieur du système.

La réponse technicienne s’avère, si elle est nécessaire, notoirement insuffisante. Il importe de favoriser la mixité intergénérationnelle, de multiplier les moments de rencontre, entre bambins et anciens, mais aussi avec des jeunes adolescents ou avec des adultes. Cela concerne, certes, les résidents en maison de retraite et les tout jeunes qui fréquentent crèches et écoles maternelles, mais cela se produira de plus en plus au sein des foyers, des clubs de seniors où se développeront des pratiques nouvelles.

De même la ville ou le quartier doivent redevenir des lieux d’intergénération. Les plus anciens jouant par exemple un rôle de modération et pouvant tout autant rendre des services (gardes d’enfants, aide aux devoirs, bricolage, transmission de la mémoire) qu’être demandeurs d’assistance. Cela devrait favoriser le maintien de la socialisation et le dialogue entre des mondes qui finiraient, sinon, par s’ignorer avant de s’opposer.

Ces personnes fragiles sont aussi des consommateurs de services, touchant aussi bien à la gestion de patrimoine qu’à l’organisation de séjours de vacances, à l’image des autres catégories sociales.

On verra à la rentrée le cas d’une nouvelle catégorie les Boomers Bohêmes (ou BooBos


Chronique de Serge Guérin pour Senioractu.com
Professeur associé en sciences de la communication à l’Université Lyon II.

Dernier ouvrage paru « Manager les quinquas », (avec G Fournier), Edition d’organisation


Publié le Lundi 18 Juillet 2005 dans la rubrique Chroniques | Lu 5999 fois