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Senior Actu

Pour une politique plurielle de l’habitat senior, chronique par Serge Guérin

Dans la problématique senior, la question de l’habitat apparaît centrale. On paye vingt ans de « tout médical » au détriment d’approches plus évolutives, nuancées et complémentaires. Il existe pourtant d’autres choix que la validité totale ou la perte d’autonomie complète !


L’offre, tant sur le plan technique (foyer-logement, adaptation de l’habitat, villages-retraite, habitat intergénérationnel, résidences avec services, unités de vie à taille humaine, institutions médicales…) que sur celui de l’environnement (services aux personnes, organisation des réseaux de transport…) est appelé à évoluer.

Si l’on part du principe que la priorité est la personne, l’enjeu est bien de développer une approche modulaire et évolutive qui permette de favoriser le lien social. Il existe de nombreuses manières d’inventer et proposer de l’habitat qui soit autant une solution logement qu’un accès à la modernité et au vivre ensemble.

Par exemple, en Franche-Comté, « Maison age et vie » propose de bâtir des logements où le rez-de-chaussée est destinée à des vieilles personnes très fragilisées (SeFra) alors que les étages sont occupés par des familles ou des individus plus jeunes et en forme. Ces derniers sont chargés de venir en aide aux SeFra habitant le petit immeuble. L’idée étant que les municipalités accordent gratuitement les terrains à bâtir. Ainsi les aînés peuvent rester sur la commune et des plus jeunes s’y installer. .../...
Pour une politique plurielle de l’habitat senior, chronique par Serge Guérin

Les initiatives sont multiples : de fait, une série de projets d’habitat groupés se développe en Belgique. Ce mode de logement, laisse les personnes âgées autonomes, tout en leur offrant la sécurité du collectif et de l’échange. Ce système, qui fonctionne sur le mode de la cooptation, n’est pas nécessairement le plus ouvert en terme de capital social, pour autant, il favorise l’expression de la solidarité entre les résidents même s’il y a une tendance à la reproduction sociale.

Le concept « Bati–Flex » canadien où la structuration de la maison évolue avec l’âge et les besoins de l’habitant est un autre mode d’adaptation à la question de l’allongement de la vie. Ce projet permet d’éviter les déménagements qui sont toujours plus sensibles avec la prise d’âge.

Au Québec, plus de la moitié des logements sociaux sont occupés par des personnes âgées. Des programmes de médiatisation ont été mis en place pour favoriser la vie sur place. Ils prévoient la présence de personnes chargées de produire du lien social, d’aider et de sécuriser les plus fragiles. Le « Programme d’intervenants de milieu » implique la présence d’un locataire ou d’une personne extérieure pour favoriser le développement d’une série d’actions d’accompagnement des aînés.

De même les logements communautaires dont 20.000 sont destinés aux plus âgés, permettent aux locataires d’intervenir dans le processus de la conception et de contribuer à la gestion. Ces approches contribuent aussi à ce que les personnes âgées, y compris celles en légère fragilité, conservent une influence sur leur quotidien et agissent en tant qu’individus autonomes. Un chercheur comme François Renaud au Québec, a mis en avant des initiatives de partenariat au sein du logement social entre différents acteurs entourant la personne âgée. Il montre, surtout, que la complémentarité entre approche de l’habitat, aménagement du lieu de vie et accompagnement sociale et médical permet de mener des actions de préventions et d’améliorer fortement l’environnement de la personne âgée vivant dans le logement social.

Serge Guérin, professeur à l’ESG


Publié le Lundi 10 Décembre 2007 dans la rubrique Chroniques | Lu 5092 fois