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Pour les 50 et plus, le chômage est une épreuve extrêmement difficile à vivre (témoignages)

Le chômage fait rage avec un taux de plus de 10 % à cette heure. Ce triste record national est un signe de désastre économique, mais il est aussi et surtout un signe de détresse individuelle. Angoisse, colère, ennui, dépression... Voilà les adjectifs du quotidien des chômeurs et de leurs proches.


Éveline, licenciée quatre fois.

" J'ai cinquante-huit ans, je vais terminer un CES - qui soit dit en passant n'existe plus. J'ai travaillé dix mois pour quatre-vingts euros de plus, à me crever à faire du ménage. Comme si nous ne pouvions faire que cela. Physiquement, je suis bien contente que cela se termine. J'y ai laissé une partie de ma santé. Pourquoi ? Je vous le demande... " C'est en ces termes qu'Éveline a réagi à un article "Emploi" du site internet SeniorPlanet.fr

Elle explique : « J'ai été licenciée quatre fois au total depuis que je travaille. J'ai commencé à travailler à l'âge de quatorze ans comme apprentie dans un restaurant. Après, j'ai été vendeuse, et puis ceci, et puis cela... À vingt ans, je suis devenue secrétaire. Je le suis restée longtemps. Jusqu'à ce que je quitte Paris et sa région pour raison familiale. Je réside désormais dans les Hautes-Pyrénées. Pas facile, côté emploi ! »

« Alors, je me suis lancée et j'ai créé une entreprise de couture. J'ai eu un joli contrat avec un musée de traditions populaires pour réaliser des costumes d'époque mais, à part cela, pas grand-chose. Donc fermeture et retour à la case chômage, et jusqu'au bout. J'ai même épuisé l'allocation solidarité ».

« Je trouvais des petits boulots par-ci, par-là, de temps en temps, très ponctuels. Mais un beau jour, on m'a déclaré à l'Anpe que l'on m'avait placée en dispense de recherche d'emploi. Je ne comprenais pas et j'ai vu rouge quand les Assedic m'ont dit que je n'avais plus le droit de travailler. Je me suis battue pour que l'on me laisse décider de ma vie. Je n'étais pas du tout d'accord. Je veux travailler, même si je ne peux plus être secrétaire car je sais bien que je suis dépassée, je peux faire autre chose. J'en ai raz le bol de la télé toute la sainte journée ! »

Mariannick, femme de chômeur

Pour les 50 et plus, le chômage est une épreuve extrêmement difficile à vivre (témoignages)
Le livre est infiniment mince. Mariannick parle d'ailleurs d'une courte chronique dans ses remerciements : « À mon mari, héros malgré lui de cette courte chronique ». Soixante et une pages au total pour relater l'itinéraire d'un cadre jetable. Le cadre est "P", 53 ans, formé en son temps dans une grande école d'ingénieur. "P" est le mari de l'auteur. C'est elle, l'épouse qui a pris la plume pour raconter cinq années de turbulences et de chaos marquées par trois périodes de chômage pour "P" et deux reprises d'emploi, l'une soldée par un licenciement pour faute grave, l'autre par un licenciement économique.

Trois périodes de chômage, deux déménagements et trois maisons pour cette famille de six personnes. « Nous sommes bien six à être concernés et blessés. Six à nous battre », insiste Mariannick.

"P." a 53 ans et moi 49"... Dès la première page Mariannick avoue sa hargne. Son livre est un trait de haine, de violence, de colère, de rejet et de rage contre le repos forcé de son quinqua de mari. Les pages sont ponctuées de mots soulignés comme pour crier plus fort : « il veut travailler, il a besoin de travailler ». « Mais je vis avec un homme digne ». Il y a aussi en fin de phrases une multitude de points d'exclamation qui semblent ne jamais suffire à éteindre le souffle ému et enragé de leur auteure...

Il suffit d'une petite demi-heure pour livre l'ouvrage et de pas plus d'une fraction de seconde pour saisir l'angoisse de cette famille, du plus jeune de tout juste treize ans au plus âgé, "P".

Un "P" que l'on devine brisé, essoufflé, abattu, croulant sous le poids d'une triste fatalité économique, d'une terrible injustice sociale et de la charge inéluctable d'une famille au grand complet...

Marriannick et son "P" de mari sont des "bourgeois", tout ce qu'il y a de plus classique. Une petite ville de province, une carrière de cadre, des enfants étudiants, pour elle, un emploi dans l'enseignement. Ils habitent des maisons et grignotent les économies de vingt ans sans nuages qu'ils ont eu le bonheur de vivre "avant".

Avant... Parce que maintenant, tout cela a été bousculé sans ambages, ni ménagements par le chômage et la difficile recherche d'emploi du quinqua français. Oui, ils ont une maison, une voiture, un PC et Internet à domicile et des allures de confort, mais leur détresse est tangible. Mariannick souffle les mots de dépression et des traitements médicamenteux au détour d'une page...

24 août 2004. La chronique s'achève sur un espoir...
Coup de fil près d'un an plus tard. C'est "P" qui répond. Il est toujours en recherche d'emploi mais s'attelle à un projet de consulting. « Ce n'est pas facile de mettre cela en œuvre. Mariannick va bientôt arriver. Vous en parlerez avec elle ... » Et comment !

« C'est le caca. On vient de vendre la maison. On va louer pour se désendetter et que les enfants continuent. Il essaye de créer un truc de consultant et puis il a quelques pistes. C'est dingue, je viens de lire que le gaz va augmenter de 16 % alors que nos revenus ne cessent de diminuer. 35 % de moins aujourd'hui ! La société ne nous doit rien, d'accord, mais nous, on a joué le jeu. C'est ça qui n'est pas juste. Travailler est un droit et nous on le revendique . » Mariannick va mieux, un peu : « Ça dépend des jours. Le livre a fait son essai thérapeutique mais l'attente est difficile. C'est difficile la vie sans projets ».

"Itinéraire d'un cadre jetable" de Mariannick Téruin-Hauville. Éditions Amalthée (2004), 61 pages, 10 euros.


Publié le Vendredi 24 Juin 2005 dans la rubrique Emploi | Lu 4538 fois