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Plus de risques cardiovasculaires chez les personnes vivant avec le VIH

En France, la majorité des personnes vivant avec le VIH décède désormais de causes diverses alors que leur infection VIH est contrôlée sous traitement. Si l’on additionne les décès liés à des maladies cardiovasculaires et les morts subites qui sont le plus souvent d’origine cardiovasculaire, les maladies cardiovasculaires constituent la troisième cause de décès des personnes vivant avec le VIH. Le risque d’infarctus du myocarde est aussi plus élevé que dans la population générale.


Plus de risques cardiovasculaires chez les personnes vivant avec le VIH
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation du risque cardiovasculaire des personnes vivant avec le VIH par rapport à la population générale :

- Les traitements antirétroviraux (qui évitent l'évolution de l'infection vers le stade sida) dont certains peuvent augmenter les taux de cholestérol et/ou de triglycérides sanguins,

- Une fréquence plus élevée de facteurs de risque cardiovasculaires, en particulier le tabagisme et parfois la prise de substances illicites telles que la cocaïne, plus répandus chez les patients infectés par le VIH,

- L’infection elle-même qui est un facteur de risque d'athérosclérose, autrement dit la perte d’élasticité des artères due à l’accumulation de corps gras.
 
A ceux-là s'ajoutent aussi pour les personnes vivant avec le VIH les facteurs de risques qui concernent la population générale :

- Les facteurs incontrôlables tels que le sexe (les hommes sont plus tôt exposés que les femmes), le terrain génétique et, depuis quelques années, grâce au progrès de la médecine dans la prise en charge de l'infection, l'âge (qui entraîne sédentarité, accumulation de mauvaises habitudes alimentaires, etc.) compte tenu de l'espérance de vie allongée,

- Les facteurs contrôlables tels que le diabète, l'hypertension, le surpoids et l'inactivité.
 
Parmi les différentes mesures retenues par le corps médical (modification du traitement antirétroviral avec remplacement de l’anti-protéase, prise en charge du sevrage des addictions, prise en charge médicamenteuse, etc.), l'éducation hygiéno-diététique occupe une place prioritaire pour diminuer le risque d’accident cardiovasculaire chez les patients vivant avec le VIH et devenus bien portants.

Interview du Professeur Alain Sobel, Président du Corevih Ile de France Sud et consultant à l’Hôtel Dieu de Paris (Unité T2i, Université Paris Descartes)

Pourquoi les traitements antirétroviraux provoquent-ils des désordres métaboliques ?

C’est quelques mois après l’introduction des anti-protéases dans le cadre des trithérapies en 1996 que les premières observations de lipodystrophies ont été rapportées et cette modification spectaculaire de la répartition des graisses du visage, des membres et du tronc a immédiatement été considérée comme un effet secondaire majeur chez certains patients très soucieux de leur image corporelle. En réalité, les lipoatrophies du visage si péjoratives étaient majoritairement dues aux premiers antirétroviraux, le zidovudine et la stavudine.
 
Mais l’apparition de désordres métaboliques touchant les glucides et les lipides est rapidement venue enrichir ce tableau d’effets indésirables. Le tableau caractéristique est celui du syndrome métabolique avec insulinorésistance, associant une obésité abdominale, une hypertension artérielle, une hyperglycémie, une hypertriglycéridémie, un HDL- cholestérol (le bon cholestérol) trop bas.
 
Les inhibiteurs de protéase les plus anciens, comme certains inhibiteurs de la reverse transcriptase, peuvent avoir une action directe sur le métabolisme des lipides, mais la fréquence du diabète chez les personnes vivant avec le VIH ne semble pas très différente de celle de la population générale, soulignant indirectement que ces personnes atteintes par le VIH vivent très longtemps avec les mêmes habitudes de société et les mêmes risques.

 
Quelles sont les principales mesures de prévention préconisées aux personnes vivant avec le VIH ?

Ces désordres métaboliques s’inscrivent dans un cadre général de risque vasculaire. Il est donc impératif de réduire ce risque et d’abord par des mesures environnementales et sociétales non spécifiques mais essentielles parmi lesquelles une alimentation saine, équilibrée et suffisamment limitée en calories ; l'arrêt du tabac ; la réduction de l’alcool à environ 2 verres de vin /jour soit 4 g d’alcool/jour au maximum; la pratique du sport en extérieur ou en salle pour des séances pluri-hebdomadaires de 40 minutes.
 
Les différents régimes compliqués recommandés dans de nombreuses publications sont élaborés pour des naïfs crédules car la limitation des apports alimentaires caloriques est d’abord affaire de bon sens.
 
Médicalement, il faut adapter au cas par cas les antirétroviraux en choisissant les moins dangereux, ce qui est plus facile avec les produits les plus récents. En cas de persistance des troubles métaboliques, traiter les hyperlipidémies par des statines en tenant compte des interactions médicamenteuses possibles et traiter le diabète en réduisant le plus possible les risques vasculaires secondaires de cette maladie très fréquente.


Publié le Lundi 13 Avril 2015 dans la rubrique Santé | Lu 1179 fois