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Plan Alzheimer 2008-2012 : 1.6 milliard d’euros pour combattre la maladie

Le président de la République a présenté vendredi dernier, le 1er février 2008 à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) le plan quinquennal Alzheimer mis en place par son gouvernement qui s’annonce comme « un engagement durable de l’Etat dans une lutte implacable que nous allons mener contre cette maladie » a indiqué à cette occasion Nicolas Sarkozy.


« La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées sont une fracture dans l’existence humaine » a indiqué le président dans son discours de présentation de ce nouveau plan quinquennal.

Et d’ajouter : « fracture parce que la maladie d’Alzheimer, c’est l’altérité que nous ne voulons pas voir telle qu’elle est. (…) Fracture parce que la maladie d’Alzheimer joue avec le temps. Elle rend le passé insupportable au malade et le présent insupportable aux aidants. Quand cette maladie viendra-t-elle à bout de ma femme, de mon mari, de ma mère, de mon père ? Cette question, chaque famille se la pose tous les jours. Fracture parce que la maladie d’Alzheimer semble résister à notre rêve de toute-puissance. Cette maladie joue à cache-cache avec les chercheurs. Les pistes les plus prometteuses aujourd’hui seront peut-être demain des impasses ».

Rappelons que la maladie d’Alzheimer touche aujourd’hui 860 000 personnes en France. Dans les années à venir, les coûts humains et financiers de la maladie vont encore s’alourdir. Chaque année, ce sont en effet 225 000 nouveaux cas qui se déclarent. En 2020, si rien n’est fait, il y aura 1 200 000 personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer et 2 100 000 personnes en 2040.

« Les politiques qui se sont succédées jusqu'à aujourd’hui n’ont pas été à la hauteur de ces enjeux » souligne un communiqué de l’Elysée. C’est pourquoi le président de la République a décidé de lancer un Plan Alzheimer afin de mieux connaître, mieux diagnostiquer et mieux prendre en charge la maladie. « La France doit contribuer à faire basculer Alzheimer, en 10 ou 15 ans, dans le monde des maladies dont il sera possible de stabiliser l’évolution » a précisé Nicolas Sarkozy lors de son allocution. « Le Plan Alzheimer, c’est le primat de l’humain. Nous avons voulu mettre la personne malade au cœur du Plan. C’est l’honneur d’une civilisation d’apporter aide et protection à ceux qui sont devenus au fil des jours de véritables « emmurés vivants ». C’est l’honneur d’une civilisation de nouer sans relâche les liens entre générations. En regardant les malades que j'ai vus, je me disais : un jour cela peut être nous, cela peut être moi ». .../...
Nicolas Sarkozy

Présentation du Plan Alzheimer 2008/2012

D’une durée de cinq ans (2008-2012), il représentera un effort cumulé de 1,6 milliard d’euros, financé par l’Etat (volet « recherche ») et par les franchises médicales (volets « soins » et « accompagnement médico-social »). Le président de la République a confié à Mme Florence Lustman la mission d’animer et de coordonner la mise en œuvre du plan, ainsi que d’établir les indicateurs qui permettront de suivre son avancée et d’évaluer ses résultats.

1. L’effort de recherche en faveur de la maladie d’Alzheimer sera sans précédent.
L’effort de recherche s’élèvera à 200 millions d’euros sur cinq ans. Il sera piloté par une fondation de coopération scientifique, créée au premier semestre 2008 et dotée par l’Etat d’un capital de 15 millions d’euros. Rassemblant l’ensemble « Alzheimer » du département « neurosciences » de l’INSERM, cette fondation mettra en œuvre les mesures proposées par la commission présidée par le Professeur Menard : soutien aux jeunes chercheurs et aux jeunes médecins, financement d’équipements lourds, synergies entre recherche fondamentale et recherche clinique, partenariats avec les industriels de santé.

« Ce nouvel élan permettra à notre pays de rattraper son retard dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer et favorisera la découverte en France d’un diagnostic validé et d’un traitement à l’efficacité indiscutable » estime le communiqué de l’Elysée.

2. Les capacités de diagnostic seront augmentées et les conditions de l’annonce de la maladie améliorées.

Le volet sanitaire représentera une dépense de plus de 200 millions d’euros sur cinq ans. Ils permettront d’augmenter le nombre de structures hospitalières capables de faire le diagnostic de la maladie. 38 consultations mémoire de proximité et trois centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR) seront créés dans des hôpitaux d’ici à 2012, réduisant ainsi les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous dans ce type de structure.

« La mise en place d’un dispositif d’annonce de la maladie, avec l’élaboration d’un référentiel, permettra de mieux informer le malade au moment du diagnostic sur l’accompagnement médico-social dont il pourra bénéficier » assure encore l’Elysée.

3. Chaque malade bénéficiera d’un environnement adapté à la spécificité de sa condition.

1,2 milliard d’euros seront consacrés à l’accompagnement médico-social sur cinq ans afin d’améliorer la qualité de vie des malades et de leurs familles. La priorité est de permettre le maintien à domicile car la majorité des personnes malades souhaitent rester chez elles. 500 équipes spécialisées, composées d’assistantes en gérontologie, de psychomotriciens ou d’ergothérapeutes, seront créées dans ce but, ce qui ouvrira 5 000 nouvelles places de services à domicile. En établissement, 30 000 places d’hébergement (dont 12 000 nouvelles places) feront l’objet d’un renforcement en personnel afin que les soins et les activités soient plus adaptés à la spécificité des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (déambulations, troubles du comportement).

Une porte d’entrée unique dans le système de prise en charge sera proposée aux patients et aux familles, à travers les « Maisons pour l’autonomie et l’intégration des malades d’Alzheimer ». Elles joueront le rôle de guichet unique et de lieu d’orientation de la prise en charge, avec le conseil des médecins et des assistants sociaux.

Un métier nouveau sera créé, celui de coordinateur. Il sera le chef d’orchestre de la prise en charge sanitaire et médico-sociale du malade, assurera la liaison entre les équipes et garantira une véritable prise en charge multidisciplinaire adaptée à la situation de chacun. Son intervention s’adressera en priorité aux cas complexes.

Les effets de ce plan quinquennal seront évalués à partir de 2011, a indiqué le président de la République lors de son discours.

Réactions :

Le Synerpa, syndicat national d’établissements et de services entièrement dédiés à la prise en charge des personnes âgées, salue l’annonce du Plan Alzheimer et se félicite « du fait que Nicolas Sarkozy rappelle son engagement personnel dans ce combat et reconnaisse l’action efficace et courageuse d’ores et déjà menée par les professionnels de terrain ». Il salue également « la cohérence des 44 mesures définies dans ce rapport, prouvant ainsi que les carences du système actuel ont été efficacement relevées ».

Cependant, le Synerpa note qu’en terme « de créations de places et de renforcement de personnel, l’ensemble des annonces faites par ce nouveau plan correspond exactement au Plan Solidarité Grand Age élaboré et annoncé en 2006 par Philippe BAS pour la période 2008/2012. En outre, la grande interrogation qui demeure, malgré les annonces ambitieuses de ce nouveau plan, porte également sur le financement proposé. En effet, l’apport des 850 millions issus des franchises médicales, qui doivent abonder par ailleurs le Plan Cancer et les soins palliatifs, ne suffiront visiblement pas à financer les 1,6 milliards annoncés par le président. Le rapport ne précise pas où seront trouvés les financements manquants ».

Et le syndicat de conclure qu’il « restera particulièrement attentif aux moyens mis en œuvre pour le financement de ce nouveau plan Alzheimer, espérant peut-être entrevoir une réponse dans la mise en place prochaine du 5ème risque ».

De son côté, l'AD-PA rappelle qu’elle a salué, « à plusieurs reprises, l’engagement de l’Elysée sur le dossier des personnes âgées fragilisées » et qu’elle « continuera à le faire car l’impulsion donnée au plus haut sommet de l’Etat ne peut qu’être favorable à l’avancée de la réflexion sur l’aide à nos aînés ». L’association souligne cependant qu’elle « attend désormais des actions précises, pour résoudre les difficultés exprimées sur le forum de discussion mis en place par le gouvernement dans le cadre de la préparation de ce plan : manque de personnels en établissement et à domicile, épuisement des familles, coûts trop élevés des établissements ». Et de conclure que « l’attente est d’autant plus grande que le budget 2008 de l’Assurance Maladie pour les personnes âgées est porteur de nombreux reculs par rapport aux engagements du gouvernement précédent et de restrictions inacceptables aux dépens de nombre de nos aînés ».

La CFDT Retraités attend impatiemment que soient apportées des solutions réelles au manque de possibilités d’accueil diversifiées et au besoin d’accompagnement des victimes et de leur famille. La recherche et la prévention de ces maladies doivent être intensifiées. Par contre la CFDT Retraités dénonce vigoureusement le financement injuste de ces efforts qui au lieu de se faire dans le cadre de la solidarité nationale, pèse lourdement sur les malades par le biais des franchises médicales. Elle revendique également l’appel à un financement public de la recherche.


Publié le Lundi 4 Février 2008 dans la rubrique Santé | Lu 8019 fois