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Plaidoyer de l’Union Syndicale Suisse pour un travail adapté et de qualité jusqu’à la retraite

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue cette semaine, l’Union Syndicale Suisse (USS) a présenté une « campagne pour les travailleuses et les travailleurs âgés ». Dans ce contexte, Christian Levrat, président du Syndicat de la Communication et vice-président de l’USS a plaidé pour la mise en œuvre de solutions visant à offrir aux salariés seniors « un travail adapté et de qualité jusqu’à la retraite ».


« Les travailleuses et travailleurs ne sont pas des ustensiles ménagers qu’on jettent lorsqu’ils ne fonctionnent plus ou qu’on change lorsqu’ils sont technologiquement dépassés. Les travailleuses et les travailleurs sont des êtres humains qui aspirent à avoir un emploi qui leur conviennent tout au long de leur parcours professionnel, puis qui aspirent à une retraite méritée pour profiter de leurs vieux jours le plus longtemps possible » indique Christian Levrat en préambule.

Et d’ajouter : « pourtant, dans de nombreux secteurs économiques, les salariés sont justement considérés comme des ustensiles. On se contente de constater que, arrivé à un certain âge, tel employé est usé, qu’il ne « fonctionne plus », ou qu’il est totalement dépassé, et que par conséquent il est temps de le changer. Qu’on songe aux activités pénibles, mais également aux branches économiques qui connaissent des sauts technologiques périodiques, comme l’imprimerie ou les télécommunications ces vingt ou trente dernières années. Quelle est la conséquence de cette réalité ? »

Pour certains travailleurs, l’assurance maladie puis l’assurance invalidité ; pour d’autres, le chômage de longue durée ; pour d’autres encore, le sous-emploi ; pour les derniers, la contrainte de prendre une retraite anticipée au rabais. Pour tous ces travailleurs, le sentiment désastreux de terminer sa vie professionnelle en queue de poisson, d’être juste bon pour la casse.

Les chiffres attestent de l’amplification du phénomène : durant les 15 dernières années, la proportion des travailleurs masculins encore actifs dans la tranche d’âge 55-65 ans a constamment baissé pour s’établir aujourd’hui en moyenne à 67,7% seulement. Entre 1990 et 2000, la proportion des 55-59 ans qui ont prématurément quitté le marché du travail a doublé.

Aujourd’hui, à 60 ans, seuls trois travailleurs sur quatre exercent encore une activité lucrative. A 64 ans, cette proportion n’est plus aujourd’hui que de un sur deux, alors qu’elle était encore de deux sur trois au début des années 90. Et cette explosion ne résulte pas d’une augmentation massive des départs volontaires et heureux à la retraite anticipée, mais bien d’une augmentation de ceux qui sont poussés contre leur gré hors du marché du travail. .../...
Plaidoyer de l’Union Syndicale Suisse pour un travail adapté et de qualité jusqu’à la retraite

Cette situation n’est pas acceptable. Il est temps d’offrir aux travailleuses et travailleurs âgés, que ce soit conventionnellement ou légalement, des mesures qui leur permettent de vivre de manière satisfaisante leurs dernières années d’activité professionnelle. L’introduction du droit à une retraite complète à la carte dès 62 ans, telle que le propose l’initiative de l’USS, est l’une de ces mesures. Non seulement la population la demande, mais elle correspond en plus tout simplement à la réalité sociale et économique. Il est en effet temps d’accorder le droit à une retraite complète aux travailleuses et travailleurs de 62 à 65 ans qui ne peuvent plus travailler ou que l’économie ne veut plus employer.

Une retraite AVS anticipée qui doit par ailleurs s’accompagner parallèlement du droit à bénéficier dès 62 ans d’une rente LPP, réduite, en cas de cessation partielle ou complète de l’activité lucrative.

Mais la retraite flexible et sociale dès 62 ans n’est qu’un pan de la prise en compte globale qu’exige la situation des travailleuses et des travailleurs âgés. Car s’il s’agit de permettre à ceux qui ne peuvent plus travailler, il s’agit aussi de mettre en place des mesures qui préviennent l’incapacité prématurée de travailler.

Un exemple concret

Dans la branche postale, d’un facteur détaché à la livraison des colis, qui passe donc ses journées à porter des colis entre 1 et 30 kg. Ce travail ne lui pose sans doute physiquement aucun problème jusqu’à 50 ans, mais les chances sont grandes qu’arrivé à 55 ou 60 ans, il ne sera plus capable d’accomplir cette tâche, du moins avec l’efficacité et la rapidité qu’exige de lui son employeur. Si l’on attend sans rien faire qu’il n’en soit plus capable, à 60 ans, ce facteur entrera irrémédiablement dans la spirale infernale qui l’éjectera du marché du travail.

La toute première mesure qui permet d’offrir à ce facteur de s’assurer un travail adéquat lorsqu’il sera âgé est la formation continue, qui doit l’accompagner dans son parcours professionnel dès ses premières années d’activité. En acquérant au fil des ans de nouvelles compétences, notre facteur pourra beaucoup plus facilement trouver un nouveau poste de travail adapté à son âge, dans la même entreprise ou dans une autre. Tout le monde, même les employeurs, reconnaît l’importance de la formation continue, mais la Suisse ne connaît pas le droit à une formation continue payée et les employeurs, à de rares exceptions près, ne se montre guère disposés octroyer ce droit à leurs employés. L’USS revendique donc un droit à 5 jours de congé de formation continue payé par an, pour toutes et tous, y compris pour les salarié-e-s âgé-e-s de 50 ans et plus.

Mais, pour notre facteur, ce droit ne suffit pas. Encore faut-il que ses perspectives d’employabilité dans la dernière partie de sa vie professionnelle soit clairement analysées, les formations complémentaires acquises il y a peut-être dix ans ne correspondant plus forcément à la réalité du monde du travail, dans ou hors de sa branche économique ? Entre 45 et 50 ans, tous les travailleuses et travailleurs doivent donc avoir le droit de réaliser gratuitement un bilan de carrière professionnel auprès d’un service spécialisé afin de déterminer si ses compétences lui assure de disposer d’un poste de travail satisfaisant durant la dernière partie de sa vie active. Et si tel n’est pas le cas, notre facteur doit pouvoir entreprendre la formation continue ou la reconversion professionnelle adéquate.

Une formation qui ne saurait être à sa charge, mais à celle d’un fonds alimenté par les entreprises de toutes les branches économiques – y compris de celles où le taux de personnes âgées est très faible. Au même titre qu’elles assument la responsabilité de la formation initiale, les collectivités publiques doivent également davantage s’investir dans l’offre de formation continue des adultes, notamment par le biais des écoles professionnelles.

Et si notre facteur, qui à 55 ans ne peut plus livrer ses colis mais a acquis de nouvelles compétences, ne trouve pas le poste de travail adéquat au sein de son entreprise, il faut qu’il ait de réelles chances de le trouver au sein d’une autre entreprise. Or, les statistiques montrent que si la probabilité de changer d’entreprise se situe, suivant la conjoncture, entre 22 et 26% pour les moins de 30 ans et de 9 à 11% pour les 30-45 ans, elle chute à 4-5% pour les plus de 45 ans. En grande partie en raison de la discrimination à l’embauche qui frappe les travailleuses et travailleurs âgés. Cette discrimination contrevient au principe constitutionnel de l’égalité. Mais, hormis les cas spécifiques de l’égalité entre femmes et hommes et de l’égalité pour les personnes handicapées, nulle norme légale ne concrétiser ce principe.

L’USS attend donc du Parlement suisse qu’il élabore une loi sur l’égalité de traitement qui permette enfin, notamment sur le marché de l’emploi, de lutter contre les autres formes de discrimination, y compris l’âge.

Dans cet éventail de mesures que revendique l’USS, j’en mentionnerai encore trois, qui toutes pourraient concerner notre facteur-colis. La première est le droit à des postes de travail adaptés à l’âge pour les plus de 50 ans. Dans de nombreuses branches économiques, notamment celles qui fournissent des emplois pénibles physiquement ou psychiquement, le vieillissement s’accompagne pour l’employé-e d’une baisse de la force de travail qui bien souvent aboutit finalement à l’incapacité pure et simple d’effectuer le travail. Afin de leur garantir un travail de qualité jusqu’à la retraite, ces employé-e-s doivent bénéficier d’un droit à un examen périodique – tous les 3 ans par exemple – destiné à déterminer si le poste qu’ils occupent est encore adapté à leur âge. Le cas échéant, le constat d’une inadaptation doit déboucher sur l’adaptation du poste de travail à l’âge et aux capacités de celui qui l’occupe.

Certaines formes d’organisation du temps de travail – par exemple le travail de nuit – contribuent aussi à accroître la pénibilité physique et psychique du travail. Cela est vrai dans l’absolu, quelle que soit l’âge du travailleur, mais bien sûr davantage encore pour les travailleurs âgés. Afin de préserver leur santé et ainsi d’assurer leur qualité de vie au travail et leur employabilité, les travailleuses et travailleurs dès 50 ans doivent bénéficier d’un droit à adapter l’organisation de leur temps de travail en fonction de leur âge.

Enfin, la durée du temps de travail peut aussi constituer avec l’âge un facteur important de péjoration de la santé. Suivant la nature du travail, la durée normale du temps de travail (à plein temps) devient tout simplement trop longue pour les travailleurs âgés. A partir de 55 ans, les travailleuses et les travailleurs doivent donc avoir le droit de réduire leur taux d’occupation de 10 à 20%. Et l’usage de ce droit doit s’accompagner du droit au maintien de l’assurance pour le salaire complet dans toutes les assurances sociales, en particulier la prévoyance professionnelle obligatoire et surobligatoire.

Ce catalogue de revendication peut paraître ambitieux. Il est en fait tout simplement adapté à la réalité du marché du travail. Il est adapté au droit qu’ont les travailleuses et les travailleurs âgés – ceux qui ont déjà donné trente ou quarante ans de leur vie à l’économie de notre pays – de bénéficier pour leurs dernières années d’activité d’une place de travail adaptée plutôt qu’inadaptée, d’une place de travail de qualité plutôt que dévalorisante, d’une place de travail qui les satisfasse plutôt qu’elle ne les mine.

Par Christian Levrat, président du Syndicat de la Communication et vice-président de l’USS

Précisons que seize syndicats représentant en tout quelque 380.000 membres sont affiliés à l’Union syndicale suisse (USS). L’USS s’annonce « neutre d’un point de vue confessionnel et indépendante des partis politiques ».


Publié le Mercredi 27 Juin 2007 dans la rubrique Emploi | Lu 3899 fois