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Petites œuvres morales de Giacomo Léopardi : c’est le jour et l’ennui


Léopardi, ce poète philosophe, dit sa misanthropie attentive à la condition humaine dans ces « Petites œuvres morales ».

Sous forme, le plus souvent de dialogues à la manière platonicienne, il décline sa vision de l’existence : elle est tragique.

Un par un, les textes diffusent un sentiment teinté d’amertume, dépourvu d’illusion et encore moins de transcendance. Le mal c’est la vie. « Pour moi », fait dire l’auteur au métaphysicien, « une vie heureuse est un bien, sans doute, mais seulement parce qu’elle est heureuse non parce que c’est la vie ».

Dès la première page du recueil il situe sa pensée, fixant l’inopérance de l’espoir : (les hommes) « voyaient que leurs espérances, repoussées jusque là chaque jour n’étaient toujours pas suivies d’effet, il leur parut plus juste de s’en défier ».
Petites œuvres morales de Giacomo Léopardi : c’est le jour et l’ennui

C’est un matérialiste qui tire les conclusions contraires à sa doctrine. Il pressent dès le début du dix-neuvième siècle les excès du progrès sensé apporter un soulagement dans notre existence quotidienne. Avec ironie, il attend « l’invention prochaine (…) du pare-jalousie, du pare-calomnie, du pare-perfidie, et du pare-imposture ; (…) ou de quelque autre dispositif qui nous garantisse contre l’égoïsme, le despotisme de la médiocrité (…) ».

Sans nul doute sourit-il de nos assurances tous risques, de nos messages d’avertissement sur les bouteilles et les paquets de cigarettes, sur le fameux principe de précaution, sur nos indignations quand il neige l’hiver sur les autoroutes,…

Tour à tour sont convoqués Platon, Plotin, Sénèque, Cicéron et quelques philosophes des Lumières. Sur leurs écrits, Léopardi exerce sa méfiance. Il envie la mort mais fustige le suicide, préfigurant ainsi, cent cinquante ans plus tôt, l’injonction camusienne à vivre « sans appel ».

La conclusion de son propos se trouve dans le Dialogue de Timandre et d’Eléandre où ce dernier avoue : « Rien n’est plus évident que la nécessaire infortune de tous les êtres vivants. Si cette infortune n’est pas vraie, alors tout est faux, et il vaut mieux renoncer à toute espèce de discussion. Si elle est vraie, pourquoi n’aurais-je pas le droit de m’en plaindre ouvertement et librement, et de dire : je souffre ? Mais si je me plaignais en larmoyant (…), je ne laisserais pas d’ennuyer les autres, et moi-même sans aucun profit. C’est en riant de nos maux que je trouve le réconfort, et je tâche d’en donner aux autres par le même moyen ».

Petites œuvres morales
Giacomo Léopardi
Editions Allia
298 pages
15 euros


Publié le Lundi 26 Novembre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 3929 fois