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Senior Actu

On achève bien nos vieux : un cri de révolte contre les maltraitances en maison de retraite

Jean-Charles Escribano, infirmier qui a passé la quasi-totalité de sa carrière au service des seniors dépendants vient de publier On achève bien nos vieux chez Oh ! Editions, un livre brûlot contre la maltraitance des personnes âgées vivant en maison de retraite. Un témoignage bouleversant, un document poignant.


Ce livre, au titre volontairement provocateur, est le cri de colère et de révolte d’un homme, Jean-Charles Escribano, infirmier, qui depuis vingt-cinq ans travaille au service des personnes âgées dépendantes. Même si son discours dérange certains –action en justice en cours-, il veut clamer « haut et fort ce qui se passe derrière les portes en verre et les halls fraîchement repeints de ces établissements qui coûtent cher aux familles ».

« Dans les maisons de retraite, il y des brutalités, des négligences, des agressions verbales, des agressions physiques, des gestes réalisés dans la précipitation et qui vont blesser » indique M. Escribano. Et de préciser : « on ne voit les personnes âgées que comme des objets, on les prend, on les sort du lit, on va les poser tout humide de la nuit en plein courant d’air. On leur donne à manger très très vite, au point de les blesser au niveau des lèvres, au niveau des dents. Et puis on va oublier de leur donner à boire ou pas assez. Conclusion, il va falloir les perfuser. On leur relève aussi le lit très haut pour ne pas que les résidents puissent se recoucher. Ils tentent l’escalade, ils tombent et se cassent… Ils deviennent grabataires ».

Tout commence véritablement un jour de 2000, lorsque Jean-Charles Escribano est recruté dans un nouvel établissement. Très vite son travail devient un combat de tous les jours : il se bat le respect des pensionnaires en actes et en paroles (que le personnel les vouvoie, tout simplement !), pour qu’on tienne leurs chambres propres, qu’on veille à ce qu’ils mangent chaud. Il déplore une hygiène insuffisante, un personnel pas assez nombreux et mal formé, le manque de place… Jean-Charles Escribano et quelques autres s’organisent, dénoncent les maltraitances graves, l’inhumanité quotidienne. .../...
On achève bien nos vieux de Jean-Charles Escribano

Jean-Charles Escribano copyright Stéphane Pons
« J’ai l’impression que le public ne voit pas ou qu’il ne veut pas voir ce qui se passe » témoigne-t-il encore dans le journal de 13 heures de France 2. « J’ai voulu faire ce témoignage pour qu’ils sachent ce qu’est la maltraitance… Il y a une véritable liberté de la parole des professionnels à mettre en place. M. Hubert Falco (ndlr : ancien secrétaire d’Etat aux Personnes âgées) avait parlé de véritable omerta qu’il fallait briser. Elle existe et elle dure encore ».

M. Escribano considère que les familles sont prises en otage compte tenu du manque d’établissements. Les gens craignent de devoir reprendre un proche âgé. « Vous avez peur que l’on vous dise, si vous n’êtes pas content, reprenez votre famille. Il y a des cas qui ont été répertoriés » affirme-t-il.

Toujours sur France 2, l’infirmier conseille aux familles d’être présentes le plus possible et de s’inquiéter dès que l’on constate une rupture de comportement. Il souligne également qu’en cas de manquement « le dépôt de plainte est un élément fondamental ».

« Au final, déplore Jean-Charles Escribano, on accompagne les personnes âgées dans un achèvement de vie et non pas dans ce qui devrait être une croisière douce et consolante ». Et de conclure en évoquant les maisons de retraite : « c’est un lieu de vie et surtout pas un lieu de fin de vie, il y a un mot de trop ».

Officiellement, indique un article du Figaro « seuls 5 % des 10 500 établissements feraient l'objet de signalements. Cela concernerait tout de même plus de 32 000 pensionnaires, victimes potentielles de pratiques allant de la privation de nourriture aux coups et blessures ».

On achève bien nos vieux
Jean-Charles Escribano
Oh Editions avec France Info
158 pages
14.90 euros TTC

Derrière un titre excessif… de vraies problématiques estime l’ADEHPA

« Le titre est racoleur et le propos généralise trop souvent des situations particulières » estime l'Association des directeurs d'établissements d'hébergement pour personnes âgées (ADEHPA) dans un communiqué. Et d’ajouter que « même si l’on peut regretter que l’auteur n’aille pas jusqu’au bout de l’analyse qui conduit aux dysfonctionnements mis en lumière, il reste un témoignage concret de ce que l’association dénonce depuis des années sur les 30 ans de retard français en matière d’aide aux personnes âgées ».

La Cour des Comptes indiquait fin 2005 que les besoins des personnes âgées fragilisées ne sont couverts qu’à moitié, rappelle l’ADEHPA : on peut donc décrire les conséquences concrètes de cet état de fait, isolement, solitude et suivi insuffisant à domicile, toilettes négligées, repas trop rapides ou attentes trop longues en situation d’urgence en établissements, et donc épuisement fréquents des familles et des professionnels.

Que faire ? s’interroge l’association : il importe de travailler à l’amélioration de la qualité, par exemple dans le cadre du Conseil National de l’Evaluation. Parallèlement il faut être très clair dans la dénonciation de l’inacceptable. C’est pourquoi l’ADEHPA demande depuis de nombreuses années la fermeture de 5% d’établissements indécents, et la création de structures nouvelles adaptées en personnel et en coût. Pour le reste, conclut l’association, il faut reconnaître l’action de l’immense majorité des professionnels qui accompagnent au quotidien les personnes âgées à domicile et en établissements, et la charge financière et morale reposant sur les aidants familiaux.


Publié le Mardi 6 Mars 2007 dans la rubrique Maisons de retraite | Lu 18868 fois