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NASH : une maladie du foie qui progresse au rythme de l'épidémie d'obésité et de diabète

Un ensemble de 250 spécialistes du foie réunis la semaine dernière à l'Institut Pasteur de Paris tirent la sonnette d'alarme : notre société va devoir faire face à un nombre croissant de cirrhoses et de cancers du foie ! Tests hépatiques perturbés en l'absence d'alcoolisme ou d'hépatite virale... Discrètes élévations des transaminases chez un patient diabétique et/ou obèse qui ne se plaint de rien ? Et si c'était la NASH : StéatoHépatite Non Alcoolique ?


NASH : une maladie du foie qui progresse au rythme de l'épidémie d'obésité et de diabète
La stéatose correspond à une accumulation d'acides gras sous forme de triglycérides dans le foie. La stéatohépatite non alcoolique (NASH ou Non Alcoholic SteatoHepatitis en anglais), le plus souvent observée chez des malades ayant un syndrome métabolique, est susceptible d'évoluer en silence vers une cirrhose et ou un cancer du foie (carcinome hépatocellulaire).
 
La NASH a de nombreuses causes : la principale étant la résistance à l'insuline associée aux critères définissant le syndrome métabolique (obésité abdominale, diabète de type 2, hypertension artérielle, hypertriglycéridémie et/ou cholestérol HDL bas). La résistance à l'insuline proportionnelle à la masse grasse viscérale joue un rôle central car elle induit un afflux important d'acides gras libres dans le foie.
 
Le type d'alimentation semble également favoriser les lésions de NASH comme un régime riche en graisses saturées et en cholestérol et pauvre en graisses insaturées, en fibre et en vitamines C et E. Le fructose, présent en grande quantité dans les boissons de type soda, est également en cause. Des facteurs génétiques ainsi que à la flore intestinale des patients pourraient également jouer un rôle important.
 
Compte tenu de la prévalence croissante du surpoids et de l'obésité, la stéatose métabolique est devenue une cause très fréquente de maladie chronique du foie dans le monde. Plus d'un tiers des Américains serait concerné et dans les populations à risque comme les patients obèses ou diabétiques de type 2, la prévalence varie de 50% à 90% et de 60% et 67% respectivement, et la prévalence de la NASH serait respectivement de 18,5 % et 22,3 %.
 
Environ 30% à 40% des patients ayant une NASH ont des lésions de fibrose sévère au moment du diagnostic. Parmi eux, entre 10% et 15% ont une cirrhose au moment du diagnostic. Le suivi pendant 7,6 ans d'une cohorte de 420 patients américains ayant une stéatose métabolique indiquait un taux de décès de 12,6% avec une médiane de survie de 6,8 ans. Les trois principales causes de décès étant par ordre de fréquence : le cancer, les maladies cardiovasculaires et les complications hépatiques. Enfin, la NASH est devenue la 3ème indication de greffe hépatique aux Etats-Unis.
 
La découverte d'une augmentation des transaminases en l'absence de symptôme est la circonstance la plus fréquente. La fatigue est fréquente en cas de stéatose métabolique, associée à une diminution de l'activité physique et à une somnolence diurne excessive parfois directement attribuée à un syndrome d'apnée du sommeil. Lorsqu'une échographie confirme une stéatose, il faut alors évaluer la fibrose à l'aide de marqueurs indirects. La ponction biopsie hépatique est le seul examen -malheureusement invasif- permettant de confirmer le diagnostic de NASH et d'évaluer finement la fibrose qui est associée au risque de cirrhose. Naturellement, l'absence de marqueurs spécifiques de NASH est un énorme frein au diagnostic car les patients qui ne se sentent pas malades sont souvent réticents à la ponction biopsie hépatique.
 
La première approche repose sur les mesures hygiéno-diététiques. Perdre du poids, éviter certains aliments (graisses saturées, fructose...), faire de l'exercice physique peut faire régresser la stéatose hépatique et la NASH. Mais ces mesures ne sont efficaces qu'à condition d'être suivies, ce qui n'est pas évident. Précisons qu’actuellement, il n'existe aucun traitement spécifique validé pour cette maladie. Les traitements actuels consistent à corriger les facteurs de risques métaboliques : mieux équilibrer le diabète lorsqu'il existe et corriger une hyperlipidémie. Les traitements insulino-sensibilisants, pour traiter l'insulinorésistance lorsqu'elle existe, ont été essayés parfois avec succès mais au prix une certaine toxicité.
 
Lors des derniers congrès, des études ont montré qu'une supplémentation en vitamine E, qui est un antioxydant, était associée à une amélioration significative du score histologique des patients. Des molécules plus spécifiques sont actuellement en cours d'évaluation ; comme l'acide obéticholique (OCA) ou le GFT505. 
 
Alors que la prévalence exacte de la stéatose métabolique n'est pas encore précisément connue, on suppose qu'elle est probablement élevée car elle évolue avec l'épidémie d'obésité dans le monde. Le Pr Serfaty, organisateur d'un symposium international sur la NASH à Paris, déplore que les patients soient le plus souvent adressés aux spécialistes lorsqu'il est déjà trop tard et que la fibrose est installée. Or, on sait maintenant que la NASH est susceptible d'évoluer vers une cirrhose et un cancer et peut aggraver les lésions hépatiques liées à d'autres causes (à l'alcool, aux virus...). Il est important aujourd'hui de tirer la sonnette d'alarme car dans les années à venir, il faut nous attendre à devoir faire face à une véritable épidémie de cancers du foie et de cirrhoses. 


Publié le Mardi 30 Juin 2015 dans la rubrique Santé | Lu 3645 fois