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Senior Actu

N’oublions pas les seniors fragilisés, chronique par Serge Guérin

Pour poursuivre notre chronique de la semaine précédente, il importe de souligner qu’en dépit de la puissance de la normativité sociale, relayée autant par les médias que par les institutions ou le monde du travail, chacun poursuit son chemin sans que le passage à l’état senior soit nécessairement un frein ou une cassure.


Mais il est complexe et parfois douloureux de trouver son équilibre dans une culture où le vieillissement social accélère la disqualification, en particulier professionnelle, de ceux qui prennent de l’âge.

A mesure que l’on avance en âge, les chances de bénéficier d’une formation se réduisent ; à mesure que les temps de formation s’espacent, les risques d’être dépassés augmentent. Il faudrait que nos représentations mentales intègrent qu’à l’inverse des yaourts, les êtres humains ne subissent pas de date de péremption ! Les temps n’ont-ils pas changé depuis que Lavoisier, qui fixait en 1788 l’âge de 60 ans comme seuil du versement du « secours contre l’indigence » ?

Pour autant, si les Boobos symbolisent la société du happy-boom, les effets de la longévité conduisent à la présence de deux autres typologies : les Seniors Fragilisés (ou SeFra ayant le plus souvent dépassé les 75 ans) qui sont en perte d’autonomie physique, mentale ou sociale et les Seniors Traditionnels (ou SeTra dont l’âge est généralement supérieur à 60 ans), marqués par un conservatisme économique et culturel allant croissant qui reproduit les schémas traditionnels de la prise d’âge. .../...

N’oublions pas les seniors fragilisés, chronique par Serge Guérin
Les SeFra représentent un monde très largement –et très volontairement– ignoré. La prise en charge est en large partie assumée dans un cadre familial, voire de voisinage. Pourtant, de plus en plus, la société est interpellée autant sur le plan économique que social.

Les attitudes des SeTra sont plus prévisibles, car elles reproduisent largement des normes sociales anciennes. Ils forment une sorte de majorité silencieuse qui fait pression sur la société avec son bulletin de vote ou à travers sa consommation, en particulier en termes de services et de sécurisation. Les SeTra tendent à se recentrer sur leur univers proche et leur domicile à mesure qu’ils prennent de l’âge. Ils sont globalement plus conservateurs que les Boobos ou que leurs cadets.

Alors que beaucoup d’auteurs cherchent à faire de chaque senior un privilégié et tentent de se faire une place au soleil des médias en jouant sur la carte poujadiste de l’opposition entre les générations, il est bon rappeler à ces petits marquis, qu’une large part des seniors vivent dans des conditions économiques proches du dénuement, que beaucoup souffrent humainement, que les femmes seules et âgées, en particulier, doivent faire face à une fin de vie particulièrement difficile. Il est des vérités qu’il est bon de dire. Et redire.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur du Grand retour des seniors, Eyrolles
Et de Manager les quinquas (avec G Fournier), Editions d’organisation. Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po.


Publié le Lundi 11 Décembre 2006 dans la rubrique Chroniques | Lu 3643 fois