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Musée Maillol : exposition 21, rue de la Boétie, une affaire de famille

Le musée Maillol à Paris nous offre une exposition intéressante, inspirée de l'ouvrage au titre éponyme de la journaliste Anne Sinclair 21, rue de la Boétie ; exposition qui retrace le parcours de sa famille et en particulier, celui de son grand-père Paul Rosenberg, marchand d'art et galeriste de renom. A voir jusqu’au 23 juillet 2017.


Marchand d'art passionné et homme d'affaires aguerri, Paul Rosenberg a fait de sa galerie un lieu mythique et emblématique de l'art moderne. Cette exposition est passionnante à plus d'un titre : elle nous permet de découvrir un homme et à travers lui, une famille au destin singulier. De l'émergence de l'art moderne aux tensions de la Seconde guerre mondiale, nous assistons ici à l'évocation des évolutions artistiques et politiques de la première moitié du 20ème siècle.  
 
21 rue La Boétie, c'est l'adresse de la galerie. Chez les Rosenberg, l'Art est une affaire de famille. Né à Paris, Paul est le fils d'Alexandre Rosenberg, ancien marchand de grains immigré de Bratislava en 1878, devenu négociant d’art et d'antiquités au 38 avenue de l'Opéra.
 
« Parti de rien, mon arrière-grand-père fit sa propre éducation artistique en se fiant à son goût audacieux », écrit Anne Sinclair dans son livre. A l'âge de 16 ans, Paul se met à travailler avec son père et se découvre très vite une passion pour l'Impressionnisme.
 
Initié au métier d'antiquaire, il se voit confier la direction de la galerie avec son frère Léonce (1878-1947) en 1906. Ce dernier, devient le marchand des peintres cubistes et ouvre de son côté en 1918, une autre galerie au 19 rue de la Baume. Paul, quant à lui, ouvre sa propre galerie au 21, rue La Boétie dans le 8ème arrondissement de Paris. En 1914, il part au front mais de santé fragile, il est démobilisé deux ans plus tard. A la fin de la Grande Guerre, il convainc Picasso de rejoindre sa galerie ; de fait, le peintre deviendra un proche de la famille.

En marchand avisé, il paye généreusement les peintres qui le rejoignent : Marie Laurencin en 1913, Georges Braque en 1924, Fernand Léger en 1927, André Masson en 1930 et Henri Matisse en 1936. Parallèlement, il ouvre une société commerciale aux États-Unis et en 1936, une succursale de sa galerie à Londres avec son beau-frère Jacques Helft.
 
En 1940, sous l'occupation, le galeriste se voit contraint de se réfugier à Floirac avec sa famille, près de Bordeaux, quand le régime nazi s'en prend à « l'art dégénéré ». Paul Rosenberg parvient à mettre à l'abri une partie de sa collection à New-York et une autre partie à Londres. En tout, 162 tableaux protégés dans une chambre forte de la Banque du commerce et de l'industrie seront pillés par les nazis après la dénonciation de ses collègues parisiens. Toutefois, ces œuvres seront peu à peu récupérées après de nombreuses actions en justice.
 
En septembre 1940, le marchand d'art et les siens parviennent à s'enfuir en Amérique. A la Libération, il décide de vendre le 21, rue La Boétie qui avait été réquisitionnée par la Gestapo. Paul Rosenberg décèdera le 29 juin 1959 à New-York. C'est son fils Alexandre, héros de la 2° DB auprès du Général Leclerc, qui dirigera la galerie new-yorkaise jusqu'en 1987, auquel succèdera sa petite-fille Marianne. Une histoire et une affaire de famille. 

Marie-Hélène Boutillon

​A voir :

- La table basse en marbre réalisée par Georges Braque en 1929 ; le plateau de celle-ci comprend une nature morte proche des papiers collés de la période cubiste du peintre.
- Enlèvement d’André Masson en 1932, huile sur toile, composition inspirée de l'épisode du rapt d'Hilaire et de Phœbé par les jumeaux Castor et Pollux.
- Nature morte, de Fernand Léger en 1930, huile sur toile. Le motif de la clé est un thème récurrent que l'on retrouve aussi dans La Joconde aux clés.
- La Répétition, de Marie Laurencin en 1936 ; Paul Rosenberg défendra pendant plus de vingt ans cette artiste dont la palette  de vert et de rose est très délicate.
- Profil bleu devant la cheminée de Matisse en 1937. Ce tableau intimiste fait partie des toiles volées par les nazis en 1941.
- Nature morte à la cruche de Picasso en 1937. l'artiste est devenu l'ami de la famille Rosenberg comme en témoignent différents portraits.Cette exposition nous permet aussi de découvrir les Arlequins ainsi que ses études pour le ballet Tricorne, dont il réalise rideau de scène, décors et costumes en 1919.

Musée Maillol : exposition 21, rue de la Boétie, une affaire de famille
Infos pratiques
21, rue de la Boétie

Cette exposition a lieu jusqu'au 23 juillet 2017 au musée Maillol
61 rue de Grenelle 75007 


Publié le Lundi 5 Juin 2017 dans la rubrique Culture | Lu 925 fois