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Mille ans de la langue française, histoire d’une passion : le françoys, mythe et rang


Loin de l’antième des déclinologues sur la perte du rayonnement, voire du niveau intrinsèque de la langue française, voici un livre qui en propose une vision dynamique avec une histoire, avec ses contradictions, avec ses richesses, avec ses faiblesses.
Mille ans  de la langue française, histoire d’une passion : le françoys, mythe et rang

« Le » français n’existe pas. Celui d’aujourd’hui n’est pas celui du 18ème siècle, encore moins celui du moyen âge. Le français avec lequel on éduque son enfant n’est pas celui que l’on utilise lorsque l’on s’entretient avec son supérieur hiérarchique. On n’écrit pas le même français que celui qui nous sert à converser. L’argot, le verlan et le texto sont aussi du français.

L’ouvrage « Mille ans de la langue française » analyse ce qui fait du français un mythe plus qu’un idiome, une sorte « d’Idée platonicienne ». Frédéric Duval remonte aux origines jusqu’au moyen âge où le françoys francilien, le picard et le normand s’interfécondent.

Il montre les interférences du politique, du religieux, du culturel, de l’usage pratique et trivial, du militaire, de l’invention de l’imprimerie qui modifieront de manière insensible et pourtant profonde la syntaxe, le vocabulaire et la phonétique.

Gilles Siouffi, pour la période qui s’étend de la Renaissance à la Révolution, rend compte du statut que la langue française acquiert peu à peu, entre controverse sur la tentation ou la nécessité d’un idiome théorisé , pourquoi pas normatif.

C’est Alain Rey qui développe toute la dernière partie, du Premier Empire au 21ème siècle, du romantisme au SMS, de Chateaubriand au franglais. Avec le ton subtilement polémique qui fait le charme de ses rubriques radiophoniques ou dans le Magazine Littéraire (entre autres) –agacement quand il s’agit de Littré ou de la télé réalité, mansuétude envers les « jeunes »- le fameux lexicographe du Robert déborde de beaucoup la question du français pour mettre en évidence les mécanismes et les enjeux de la linguistique et de la philologie.

Cette épistémologie de la langue française ne tait pas les autres langues de notre territoire à l’intérieur comme à l’extérieur, celles d’hier comme celles d’aujourd’hui. Alain Rey invite à la confrontation vivifiante des langues. Lorsqu’il dit « la connaissance d’une langue vraiment « étrangère », qui cesse alors d’être étrange, est le plus fort moyen pour percevoir celle qu’on parle en premier » c’est pour démontrer que le français s’est élaboré par absorption et différenciation.

C’est ainsi que le français moderne, les français modernes, nous lèguent un peu plus de mille ans de notre histoire avec ses monuments littéraires, ses présomptions, sa vitalité, son prestige, ses difficultés grammaticales, ses régressions, tout ce qui fait, en somme, son extraordinaire génie.

Alain Rey, Frédéric Duval, Gilles Siouffi
Mille ans de la langue française, histoire d’une passion
Editions Perrin
1465 pages
29.80 euros


Publié le Lundi 17 Septembre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 5453 fois