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Maltraitance des personnes âgées : le point par l’OMS


La maltraitance des personnes âgées consiste en un acte unique ou répété, ou en l'absence d'intervention appropriée, dans le cadre d'une relation censée être une relation de confiance, qui entraîne des blessures ou une détresse morale pour la personne âgée qui en est victime. Ce type de violence constitue une violation des droits de l'homme et recouvre les violences physiques, sexuelles, psychologiques ou morales ; les violences matérielles et financières ; l'abandon ; la négligence ; l'atteinte grave à la dignité ainsi que le manque de respect.


La problématique
La maltraitance des personnes âgées est un important problème de santé publique.

Même si l'on dispose de peu d'informations concernant l'ampleur de la maltraitance dans les populations âgées, en particulier dans les pays en développement, on estime que 4 à 6% des aînés dans les pays à revenu élevé ont été victimes d'une forme ou d'une autre de maltraitance à domicile. Toutefois, les seniors craignent souvent de signaler la maltraitance auprès de leur famille, leurs amis ou des autorités.

Les données sur l'ampleur du problème dans les institutions telles que les hôpitaux, les maisons de retraite et les établissements de soins de longue durée sont rares. Cependant, une enquête menée auprès du personnel des maisons de retraite aux États-Unis d'Amérique laisse penser que les taux sont sans doute élevés : 36% des membres du personnel ont dit avoir été témoins au moins une fois de violences physiques infligées à un patient âgé au cours de l'année écoulée ; 10% ont reconnu avoir commis eux-mêmes au moins une fois un acte de violence physique à l'égard d'un patient âgé ; et 40% ont dit avoir harcelé psychologiquement des patients.

Quant aux chiffres sur la maltraitance des personnes âgées dans les établissements des pays en développement… Ils sont encore plus rares !

La maltraitance en institution recouvre le recours à la contrainte physique à l'égard des patients, le non-respect de leur dignité -par exemple en négligeant de changer leurs vêtements souillés- et de leur liberté de choix concernant la vie quotidienne, le manque intentionnel de soins (entraînant par exemple l'apparition d'escarres), l'abus ou le défaut de traitement médicamenteux, ainsi que la négligence et la violence morales.

La maltraitance des personnes âgées peut conduire à des traumatismes physiques -il peut s'agir d'égratignures bénignes, d'ecchymoses mais aussi de fractures des os et de traumatismes crâniens qui peuvent conduire à une incapacité permanente- et avoir des conséquences psychologiques graves, parfois durables, parmi lesquelles figurent la dépression et l'angoisse.

Pour les aînés, les conséquences de la maltraitance peuvent être particulièrement graves du fait que leurs os sont plus fragiles et que la convalescence durera plus longtemps. Même un traumatisme relativement bénin peut laisser des séquelles graves et définitives, voire entraîner la mort.

À l'échelle mondiale, on considère que le nombre de cas de maltraitance des personnes âgées risque de s'accroître, compte tenu du vieillissement rapide de la population dans de nombreux pays et de l'impossibilité de répondre à leurs besoins du fait des contraintes budgétaires. Ainsi, d'ici à 2025, le nombre des plus de 60 ans dans le monde devrait au moins doubler, passant de 542 millions en 1995 à quelque 1,2 milliard.

Maltraitance des personnes âgées : le point par l’OMS
Facteurs de risque
Les facteurs de risque qui peuvent accroître les possibilités de maltraitance d'une personne âgée peuvent être relevés au niveau individuel, au niveau de la famille, de la communauté et au niveau socioculturel.

Au niveau individuel
Parmi les risques au niveau individuel figurent la démence de la victime et les troubles mentaux, ainsi que l'abus d'alcool et de substances pour le consommateur de ces substances. Parmi les autres facteurs individuels augmentant le risque de violence à l'égard de la personne âgée figurent le sexe et la cohabitation. Même si les hommes âgés courent le même risque d'être victimes de violence que les femmes, dans certaines cultures où les femmes ont un statut social inférieur, les femmes âgées courent un risque plus élevé de négligence par abandon lorsqu'elles perdent leur mari et sont dépossédées de leurs biens. Le risque de formes plus persistantes et plus graves de violence et de traumatisme peut aussi être plus important pour les femmes.

Au niveau de la famille
La cohabitation constitue un facteur de risque de maltraitance pour la personne âgée. Il est encore difficile de déterminer si les épouses ou les enfants adultes de personnes violentes sont davantage susceptibles d'être eux-mêmes responsables d'actes de violence. La dépendance (souvent financière) de l'auteur des actes de violence à l'égard de la personne âgée accroît aussi le risque de violence.

Dans certains cas, des relations tendues à l'intérieur de la famille depuis longtemps peuvent s'aggraver par suite du stress et de la frustration à mesure que la personne âgée perd son autonomie. En dernier lieu, étant donné que davantage de femmes accèdent au monde du travail et ne disposent plus d'autant de temps libre, les soins aux personnes âgées deviennent un fardeau plus lourd, ce qui accroît le risque de violence.

Au niveau communautaire
L'isolement social des personnes chargées des soins et des personnes âgées, et l'absence de soutien social qui en résulte, est un facteur de risque important de la maltraitance des personnes âgées par les personnes qui s'occupent d'elles. De nombreuses personnes âgées sont mises à l'écart à cause de leurs infirmités physiques ou mentales, ou se retrouvent seules à la suite de la perte de leurs amis et des membres de leur famille.

Au niveau socioculturel
Certains facteurs socioculturels peuvent influer sur le risque de maltraitance des personnes âgées : la représentation des personnes âgées comme des êtres frêles, faibles et dépendants ; l'érosion des liens entre les générations au sein de la famille ; les règles d'héritage et le droit à la terre, qui influent sur la répartition du pouvoir et des biens matériels dans les familles ; le départ des jeunes couples vers d'autres régions, privant les personnes âgées du soutien de leur descendance dans les sociétés où, traditionnellement, les jeunes s'occupaient des anciens ; et l'absence de ressources pour payer les soins.

Au sein des institutions, la maltraitance risque davantage de s'exercer lorsque : les normes de soins, les services de protection sociale et les établissements de soins pour les personnes âgées laissent à désirer ; le personnel est mal formé et rémunéré, et surchargé de travail ; l'environnement matériel est défectueux ; et les intérêts de l'institution sont pris en compte au détriment de ceux des pensionnaires.

Prévention
De nombreuses stratégies ont été mises en oeuvre pour prévenir la maltraitance des personnes âgées, lutter contre celle-ci et en atténuer les conséquences. Les interventions qui ont été expérimentées -principalement dans les pays à revenu élevé- pour prévenir la maltraitance sont notamment : des campagnes de sensibilisation du public et des professionnels, et un dépistage (des victimes et des auteurs de violence potentielle) ; des interventions de soutien aux personnes s'occupant de la personne âgée (par exemple gestion du stress, services de relève) ; des formations sur la démence destinées aux personnes s'occupant des personnes âgées.

Les efforts visant à réagir face à la maltraitance et à l'empêcher incluent notamment : le dépistage des victimes potentielles ; l'obligation de signalement des cas de maltraitance aux autorités ; les services de protection des adultes ; les visites à domicile par les services de police et les travailleurs sociaux ; les groupes d'entraide ; les familles d'accueil et les foyers d'accueil d'urgence ; et les interventions pour soutenir les personnes s'occupant des personnes âgées.

À l'heure actuelle, on dispose de peu de données quant à l'efficacité de ces interventions. Le soutien apporté à la personne s'occupant de la personne âgée après un cas de maltraitance afin de réduire la probabilité de sa réapparition s'est avéré efficace. En outre, le soutien aux personnes chargées des soins aux personnes âgées afin de prévenir la maltraitance et la sensibilisation des professionnels au problème semblent encourageants.

Les données factuelles laissent penser que les services de protection des adultes et les visites à domicile effectuées par les services de police et les travailleurs sociaux pour des victimes de maltraitance peuvent en fait avoir des conséquences négatives et entraîner une augmentation de la maltraitance à l'égard de la personne âgée.

De multiples secteurs peuvent contribuer à la réduction de la maltraitance à l'égard des personnes âgées, notamment : le secteur de la protection sociale (en fournissant un soutien juridique, financier et une aide à l'hébergement) ; le secteur de l'éducation (par l'éducation du public et l'organisation de campagnes de sensibilisation) ; et le secteur de la santé (par le dépistage et le traitement des victimes par les agents de soins de santé primaires).

Dans certains pays, le secteur de la santé a joué un rôle primordial en sensibilisant l'opinion à la maltraitance des personnes âgées, tandis que dans d'autres, c'est le secteur de la protection sociale qui s'est mobilisé le premier.

À l'échelle mondiale, les connaissances relatives à la maltraitance des personnes âgées et à la manière de la prévenir sont insuffisantes, en particulier dans les pays en développement. L'ampleur et la nature du problème commencent seulement à être esquissées, de nombreux facteurs de risque sont encore contestés et les données disponibles sur les mesures efficaces pour prévenir la maltraitance des personnes âgées sont limitées.

L'action de l'Organisation Mondiale de la Santé
L'OMS et ses partenaires collaborent pour prévenir la maltraitance des personnes âgées moyennant des initiatives qui contribuent à identifier et quantifier le problème, et à y répondre, notamment : en consolidant les bases factuelles disponibles sur les types et l'ampleur de la maltraitance à l'égard des personnes âgées dans différents lieux (afin de comprendre l'importance et la nature du problème au niveau mondial) ; en élaborant des lignes directrices à l'intention des États Membres et de tous les secteurs pertinents afin de prévenir la maltraitance des personnes âgées et de renforcer leurs capacités à y faire face ; en diffusant les informations auprès des pays et en soutenant les efforts nationaux visant à prévenir la maltraitance des personnes âgées ; et en collaborant avec les institutions et les organisations internationales afin de mettre un terme au problème à l'échelle mondiale.

Source : OMS
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Publié le Mercredi 24 Août 2011




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1.Posté par petit jeanine le 26/08/2011 10:13
votre article est excellent car il détaille bien les différentes formes de maltraitance! mais pour avoir suivi et aidé ma petite maman durant plusieurs années en maison de retraite à issy les moulineaux j'ai écrit plusieurs fois sans réponse ... pas de personnel ,obligée de la faire manger l'après midi car aux repas ...rien !!! de la distraire car a part les bloquer devant la télé il n'y a rien ! de lui mettre ses appareils dentaires et auditifs...qui ont été perdus plusieurs fois , jetés ou retrouvés dans les poches d'une aide soignante... et ... privée de canne pour éviter qu'elle ne se sauve... bref une horreur pour plus de 3000,e par mois! maman est décédée le 1 juin 2009 d'une chute mais personne ne veut dire ce qui s'est passé... toutes les personnes présentes ont été "remerciées"... elle a été malheureuse durant toutes ces années ... je ne me remets pas de cette prériode... elle aurait été si bien chez elle !!!

2.Posté par kaolin le 30/08/2011 11:32
bonjour ,

La 1ère atteinte grave et intolérable à la liberté dans une démocratie est de permettre à un fonctionnaire ou à la famille de placer ou plutôt d'enfermer une personne âgée, malade, dépendante ou autre dans un centre et donc l’isoler du reste de la société pour pouvoir mieux la discriminer, la maltraiter . Il faut donc que la personne âgée ou autre y entre seule par choix , de son plein gré .Il faut aussi qu'elle puisse en sortir si l'ambiance ne lui convient pas. Cela diminuera déjà la maltraitance car les soignants sauront que la personne est libre de quitter la structure. Il faut aussi que cette personne ait un véritable choix de sa vie, il faut donc lui garantir des ressources suffisantes pour vivre de manière autonome et des aides humaines nécessaires pour un possible maintien à domicile. Il faut ensuite qu’elle dispose de moyens pour dénoncer les maltraitances et que les libertés individuelles soient garanties dans les institutions. Il n’existe pas de motif qui justifie une atteinte à la liberté, ces personnes sont des citoyens comme les autres et doivent être respectés .Il faut enfin que les fonctionnaires ou assimilés soient effectivement sanctionnés en cas de maltraitance et que de véritables contrôles répétés soient effectués. En effet, beaucoup d’institutions sont reconnues maltraitantes et sont toujours ouvertes, les auteurs de ces maltraitances eux restent en place. C’est scandaleux.

3.Posté par monique Triboy famille d''''accueil agrée à Caen le 30/08/2011 18:53
Que fait-on pour les personnes âgées qui subissent les bruits assourdissants de locataires qui vivent comme des sauvages avec la bénédiction des municipalités des bailleurs sociaux Les associations qui soi disant les défendent

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