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Maison de retraite : rapport préoccupant suite à cinq décès dans des résidences québécoises

Suite aux cinq décès survenus à des résidents dans des maisons de retraite privées québécoises entre mars 2002 et juin 2003, la coroner Me Catherine Rudel-Tessier vient de remettre son rapport d’enquête. Il s’en dégage des problèmes d’ordre général liés principalement au manque d’encadrement des résidences et de leur personnel.


Le vieillissement de la population ainsi que la volonté gouvernementale de maintenir les personnes âgées dans leur milieu de vie naturel ont entraîné une augmentation importante du nombre de résidences privées. Ce développement s’est toutefois fait sans encadrement suffisant. En effet, l’enquête de Me Rudel-Tessier a permis de constater un laisser-aller dangereux à l’égard de ces personnes vulnérables qui ont pourtant le droit de compter sur des soins et des services de qualité et de vivre en toute sécurité.

Pour cela, il faut tout d’abord que l’État exerce un contrôle sur l’ensemble des résidences privées quel que soit le nombre de chambres offertes en location. Ces résidences doivent être sécuritaires, mais elles doivent également offrir un milieu de vie adapté à l’état des personnes qui y vivent. En effet, les intervenants consultés durant l’enquête ont dénoncé l’inadéquation qu’on retrouve trop souvent entre les besoins et les services offerts. L’état des personnes en perte d’autonomie, susceptible de se dégrader, doit être évalué régulièrement et systématiquement par les intervenants médicaux et sociaux.

Les propriétaires de résidences, pour leur part, devraient remettre en question régulièrement leurs capacités à prendre soin de chacun de leurs pensionnaires et orienter ceux-ci, le cas échéant, vers d’autres ressources.

Il faut également que les personnes qui s’occupent d’aînés vulnérables soient formées pour ce faire. S’occuper de personnes âgées en perte d’autonomie ne s’improvise pas. Le ministère de la Santé et des Services sociaux doit, entre autres, s’assurer que les propriétaires de résidences et leur personnel possèdent une formation minimale de préposés aux bénéficiaires.

De plus, Me Rudel-Tessier a constaté que les personnes vivant en résidences sont trop souvent ramenées au rang d’enfants. Leurs gestes sont contrôlés et leurs activités quotidiennes complètement encadrées. De plus, les interventions du personnel se limitent trop souvent au minimum vital alors qu’il faudrait plutôt mettre l’accent sur le maintien et le renforcement des capacités des résidants en leur offrant des activités stimulantes et en respectant le plus possible leurs habitudes de vie.

Si la prise en charge des personnes âgées en perte d’autonomie est un défi énorme que la société doit relever, l’engagement des familles est primordial. Il faut se doter de moyens pour que nos pères, nos mères, nos grands-pères et nos grands-mères, devenus dépendants et vulnérables, ne soient plus seulement gardés, mais qu’ils puissent vivre dans la dignité jusqu’à la fin. .../...

Rappelons que toutes les morts violentes, résultant d’accidents, de meurtres ou de suicides, doivent être obligatoirement déclarées au coroner. Or, en moyenne, seulement 18 décès de personnes âgées vivant en résidence privée font l'objet d'un avis, écrit la coroner Catherine Rudel-Tessier. « C'est un chiffre nettement sous-évalué », affirme-t-elle.

Et d’ajouter que « plus de 85.000 personnes vivent dans ces résidences. On pourrait croire, en voyant ces données, que le nombre de décès violents ou dont la cause est indéterminée est infime. En réalité, on soupçonne plutôt une sous-déclaration des décès devant faire l'objet d'avis... De plus, il est probable que des cas de négligence, mauvais soins, surveillance inadéquate ne sont pas non plus rapportés par les intervenants ».

Les recommandations

À la lumière de ses réflexions, alimentées par une vingtaine de ministères, organismes privés et publics, chercheurs ou groupes de pression, la coroner a formulé des recommandations qui portent à la fois sur les résidences elles-mêmes (permis d’exploitation, normes minimales en matière de sécurité du bâtiment et de qualité des services et des soins, inspections régulières) et sur le personnel qui y travaille (formation). Elle fait donc des recommandations aux propriétaires de résidences, au ministre de la Santé et des Services sociaux, aux centres hospitaliers, au Collège des médecins du Québec et à l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

La coroner souhaite que ces recommandations soient appliquées afin d’éviter des décès prématurés et d’améliorer les conditions de vie générales des personnes âgées en perte d’autonomie.


Publié le Vendredi 13 Janvier 2006 dans la rubrique Maisons de retraite | Lu 2244 fois