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Lumière et développement, un lien indissociable : chronique du professeur Christian Corbé*

La lumière est un élément essentiel pour l’homme. Fondamentalement, le monde vivant est né avec la lumière, qui a joué et joue toujours, un rôle capital au niveau énergétique et sensoriel. Des informations perçues par l’oeil et traduites par notre cerveau dépendent notre sécurité mais aussi notre bien-être physique et émotionnel. L’homme a besoin de lumière pour son fonctionnement biologique et affectif.


Lumière et développement, un lien indissociable : chronique du professeur Christian Corbé*
Les avancées de la médecine qui permettent une vie plus longue, mais en faisant face à des maladies cécitantes, mettent en « lumière » ce bien indispensable à notre développement. En effet, une nouvelle catégorie de maladie, « la malvoyance », a fait son apparition il y a quelques années, avec une prévalence en augmentation constante dans les pays occidentaux. Chaque catégorie de malvoyance a son besoin physiologique et émotionnel lumineux.
 
Des recommandations et des normes existent pour générer et adapter l’éclairage nécessaire aux différentes activités pratiquées dans des conditions diverses pour les personnes possédant une vision dite normale. En revanche, peu d’informations sont disponibles pour traiter les problèmes des patients ayant des capacités visuelles faibles. La connaissance de l’apport du moyen « lumière » devient impérative dans l’optimisation des informations pour les déficients visuels et les personnes vulnérables, comme les personnes âgées.
 
Avec une population vieillissante, l’une des applications clés de ces connaissances est la lumière publique fournie par les Collectivités, et notamment avec les nouvelles technologies. L’une de ces applications a été récemment réalisée il y a quelques semaines : l’Ile de Sein.
 
Enfin, la prise en charge de la lumière pour les personnes âgées est un élément essentiel de leur environnement et de leur bien-être. C’est ainsi que selon l’intensité lumineuse, la couleur de l’environnement, la disposition des sources, chaque individu réagira en fonction de sa psychologie propre et cela sera conditionné par la culture du pays ou la région de vie. L’intervention sur l’éclairage en matière d’architecture intérieure dans les établissements de santé pour les personnes âgées dépendantes doit prendre en compte cet élément de vie quotidienne.

Alzheimer et lumière

On sait aujourd’hui que près de 80% des malades Alzheimer ou apparentés ont des troubles du comportement plus ou moins importants à un moment ou à un autre de la maladie. Pour ces patients, la lumière est utilisée comme thérapie biologique mais également psychologique. C’est la raison pour laquelle les maisons de retraite installent généralement de hauts niveaux de luminosité.
 
En ce qui concerne la prise en charge « biologique » de ces patients par la lumière, plusieurs actions sont à mener avec, entre autres :

- la lutte contre les troubles du sommeil, qui touchent 44 % des patients atteints d’Alzheimer. Lumière naturelle et artificielle jouent ici un rôle crucial afin de rétablir les rythmes circadiens des patients.

- lutte contre les fragilités osseuses comme l’ostéoporose, qui touche environ 205 millions de personnes dans le monde. Pour les adultes, une femme sur trois et un homme sur cinq subira une fracture ostéoporotique après 50 ans. La lumière peut jouer un rôle déterminant dans la prévention de la pathologie

- les baisses de vision et les différentes pathologies liées au vieillissement de l’œil…
 
En ce qui concerne la prise en charge psychologique, les patients atteints d’Alzheimer présentent une perte de la mémoire cognitive « la mémoire qui sait » pour fonctionner avec une « mémoire qui ressent », c’est-à-dire une mémoire émotionnelle. A ce stade, les patients répondent à une logique précise : une barre de circulation qui s’arrête dans le coin du couloir peut être un obstacle. La lumière joue là un rôle essentiel pour rassurer les patients : ambiances lumineuses, jeux d’éclairage, lumière naturelle…
 
*Professeur Christian Corbé, Président d’honneur et Président du Collège Santé de l’AFE, Professeur de Physiopathologie sensorielle aéronautique et spatiale


Publié le Mercredi 27 Mai 2015 dans la rubrique Santé | Lu 977 fois