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Senior Actu

Lucien Léger, le plus ancien détenu de France sera libéré le 3 octobre prochain

Lucien Léger, le plus ancien détenu de France et même d’Europe vient d’obtenir cette après-midi devant la cour d’appel de Douai (Nord) sa libération conditionnelle après avoir passé 41 ans en prison. Cette nouvelle rappelle que dans notre société vieillissante, le nombre de prisonniers seniors ne cesse d’augmenter et que maintenant, les prisons, en plus d’être surchargées ne sont plus du tout adaptées à cette population carcérale âgée.


Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1966, Lucien Léger avait déjà présenté 13 demandes de libération conditionnelle. Le 1er juillet dernier il avait obtenu gain de cause devant le tribunal d'application des peines d'Arras (Pas-de-Calais) qui avait considéré qu’il présentait des garanties suffisantes de réinsertion : emploi, hébergement et les hommages du directeur de la maison d'arrêt. Toutefois, le procureur avait interjeté appel, suspendant ainsi sa libération. Il évoquait alors un rapport psychiatrique mentionnant un risque « restreint » de récidive et que la « personnalité très complexe » du détenu imposait un second examen.

Lucien Léger a également saisi la Cour européenne des droits de l'Homme pour « détention arbitraire » et « traitement inhumain et dégradant », mettant la France sous la menace d’une condamnation. Le verdict devrait tomber prochainement.

La date de la libération de Lucien Léger a été fixée au 3 octobre, selon des sources judiciaires. Au sortir de la prison de Bapaume, il sera hébergé chez un ancien boulanger qui lui a aménagé une chambre dans son domicile. Une fois libre, le détenu a indiqué qu'il désirait devenir volontaire auprès de la Croix-Rouge.
Lucien Léger, le plus ancien détenu de France sera libéré le 3 octobre prochain

Historique

Lucien Léger a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1966 pour le meurtre d’un petit garçon, Luc Taron, âgé de onze. Son corps avait été retrouvé sans vie dans le bois de Verrières-le-Buisson (Essonne), mort par strangulation.

Libérable sous condition depuis 1979, il clame son innocence dès l'énoncé de son verdict et multiplie les demandes de remise en liberté depuis plus de vingt ans. En 1999 la commission d’application des peines rendait un avis favorable à sa libération conditionnelle, mais la demande était rejetée par le ministre de la Justice en juin 2000.

Un an plus tard, en juillet 2001, la juridiction régionale de libération conditionnelle rejetait sa demande ; décision confirmée quatre mois plus tard par la juridiction nationale de libération conditionnelle au motif, que Lucien Léger niait sa culpabilité, à cause de « tendances paranoïaques » accompagnées d’un refus de suivi psychologique et enfin, en raison de la fermeture de la boulangerie qui devait lui fournir du travail à sa sortie de prison. Le problème de l’emploi ne se posait plus puisque Lucien Léger était désormais retraité de l’administration pénitentiaire.

Augmentation des détenus seniors et inadaptation des prisons à leur condition

Lucien Léger, le plus ancien détenu de France sera libéré le 3 octobre prochain
Cette libération soulève la question des détenus seniors, qui compte tenu du vieillissement de la population sont de plus en plus nombreux, et donc par conséquent, de la nécessaire adaptation des prisons qui en découle.

Selon un rapport britannique intitulé « Pas de soucis, Vieux et Tranquilles : les prisonniers âgés en Grande-Bretagne et au Pays de Galles », datant de fin 2004, réalisé par l’inspecteur en chef des prisons anglaises Mme Anne Owers, l’augmentation de la population des prisonniers âgés reste totalement ignorée par les pouvoirs publics.

Selon cette étude, les hommes de plus de 60 ans, sont parmi la population carcérale, celle qui augmente le plus rapidement. Entre 1992 et 2002 leur nombre est passé de 442 à 1.359 individus, soit une augmentation de plus de 200% en dix ans, et compte tenu de l’évolution démographique de nos pays, cette tendance ne peut aller qu’en augmentant. Actuellement, les détenus de plus de 60 ans représente en Grande-Bretagne 1.700 personnes, or la grande majorité des prisons ne sont pas adaptées à leurs besoins.

Elle rappelle que ce qui est vrai pour les hommes se vérifie aussi pour les femmes, même si leur nombre est moins important. En 2002, il y avait dans les prisons britanniques 156 femmes de plus de 50 ans, soit 2.5 fois plus que dix ans auparavant.

Fort de ce constat, Mme Owers a contacté le ministère de la Santé pour tenter de mettre en place une stratégie au niveau national, visant à répondre aux besoins des prisonniers seniors. Parmi les problèmes soulevés par ce rapport : les prisonniers à mobilité réduite à qui l’on attribue un lit en hauteur d’où un risque de chute ; un prisonnier en chaise roulante qui ne peut se doucher qu’une fois par mois ; des prisonniers incontinents…

De plus, presque un tiers (30%) des détenus âgés ne se sent pas en sécurité ; on recense des problèmes de dépression non reconnus, les arrangements pour les malades en phase terminale sont inadaptés et pour les femmes, aucun programme de mammographie n’est prévu dans le cadre du dépistage du cancer du sein.

Ce rapport recommande donc d’inclure des formations de soins pour certains prisonniers, ce qui pourrait permettre, dans certains cas, et sous contrôle, qu’ils viennent en aide à leurs co-détenus. L’équipe d’inspection s’est aussi aperçue que les surveillants étaient réticents à l’idée d’avoir à pousser les fauteuils roulants des prisonniers. Ces derniers parviennent à se faire aider par les autres détenus, mais contre dédommagement. Mme Owers suggère donc que le personnel de surveillance soit lui aussi formé et que se développe une meilleure coopération entre les établissements pénitentiaires et les services sociaux.

En conclusion, l’inspecteur en chef des prisons britanniques, rappelle que « les établissements pénitentiaires doivent protéger les individus qui se trouvent à l’extérieur, mais que parallèlement, ils doivent aussi être aménagés et s’adapter à une population qui vieillit, d’autant plus que certains de ces prisonniers resteront en théorie, dans ces cellules, jusqu’à la fin de leurs jours ».

Pour en savoir plus sur les détenus seniors :

Grande-Bretagne – Des prisons inadaptées à l’incarcération des seniors
Etats-Unis - Que faut-il faire des détenus seniors ?


Publié le Mercredi 31 Août 2005 dans la rubrique Société | Lu 5616 fois