Sommaire
Senior Actu

Loin d’elle, une histoire d’amour sur fond d’Alzheimer : un film tout simplement splendide !

Loin d’elle, ce film réalisé par Sarah Polley avec Julie Christie dans le rôle principal, traite -probablement pour la première fois au cinéma- de la maladie d’Alzheimer. Les acteurs sont tout simplement remarquables, la réalisation est splendide, le ton est juste et toutes les différentes problématiques et facettes de cette pathologie neurodégénérative sont abordées avec pertinence et réalisme. Une œuvre triste et belle, tendre et dure à la fois, qui ne tombe jamais dans le mélo mièvre et sirupeux. A voir, absolument.


 

Fiona (Julie Christie) et Grant (Gordon Pinsent) sont mariés depuis 45 ans, ils ont surmonté les épreuves, l’usure du temps et s’aiment tendrement. Pourtant, Fiona connaît des pertes de mémoire de plus en plus fréquentes. Apprenant qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer, elle décide de se faire admettre en maison spécialisée. Grant ne sait comment gérer cette séparation, rongé par la culpabilité. Impuissant, il regarde Fiona s’éloigner de lui et tomber amoureuse d’un autre patient. Grant arrivera-t-il à gérer la situation et ses sentiments ?

Loin d’elle est une histoire d’amour. « Cette histoire nous touche tous », remarque Jennifer Weiss, l’un des productrices. « Vous regardez le film en ayant en tête vos propres expériences et vos propres espoirs. Il parle avant tout de l’engagement et des épreuves que nous avons à traverser. »

Les pertes de mémoires de Fiona viennent bouleverser l’équilibre des choses dans le couple Andersson, marié depuis plus de 40 ans. Malgré le déni de Grant, Fiona est malade. Elle souffre de la maladie d’Alzheimer. Imperceptible à son début, la maladie efface toute une vie souvenir après souvenir. Le passé proche d’abord, une période heureuse pour les Andersson.

Loin d’elle, une histoire d’amour sur fond d’Alzheimer : un film tout simplement splendide !
Mais très vite, ce sont les souvenirs plus lointains qui ressurgissent, sans la protection d’une paix négociée par le couple, et avec eux, des émotions qu’ils croyaient enterrées.

« Dans ce film, la maladie est avant tout une métaphore pour montrer à quel point la mémoire joue un rôle important dans un couple, entre les choses qu’on choisit d’oublier, et celles dont on veut se souvenir. Encore une preuve de maturité de la part de Sarah (ndlr : la réalisatrice), “malgré” sa jeunesse », remarque Simone Urdl, productrice.

Comme l’écrivait Oscar Wilde dans « L’importance d’être Constant » : « La mémoire est un journal intime que nous portons tous en nous. Contrairement à une liste objective de faits, un journal est traversé par la joie et la douleur : la mémoire est sélective. »

Sarah Polley s’est intéressée aux histoires d’amour qui durent, à la façon dont un mariage survit au temps qui passe sans se noyer dans la nostalgie des premières années : « Les histoires d’amour sur les seniors sont souvent pleines de sentimentalisme ou illustrées par des milliers de flash-backs. C’est, à mon sens, moins intéressant. L’amour reste défini par une alchimie entre deux êtres ou marqué par le destin d’une rencontre. Ces nouveaux “amoureux” ont souvent un passé personnel riche, hérité d’histoires précédentes. Imaginez alors que ce couple ait un passé en commun de cinquante ans. Les relations adultérines de Grant peuvent apparaître comme des erreurs de jeunesse mais une chose est sûre : il se trompe s’il imagine que le temps a tout effacé ». La réalisatrice précise : « Je voulais que leur relation ait traversé de véritables épreuves et qu’elle ait survécue, qu’elle se soit nourrie de cette expérience, de l’émotion et des transgressions. »

Loin d’elle, une histoire d’amour sur fond d’Alzheimer : un film tout simplement splendide !

Loin d’elle, une histoire d’amour sur fond d’Alzheimer : un film tout simplement splendide !
La force de Loin d’elle repose également sur le casting réuni par Sarah Polley : les actrices Julie Christie et Olympia Dukakis et les acteurs Gordon Pinsent et Michael Murphy. Ils incarnent une nouvelle définition des “seniors”, une génération pleine de vitalité et de dynamisme.

Michael Murphy, acteur “vétéran” de classiques tels que M.A.S.H ou Annie Hall, fait remarquer au sujet de l’âge : « J’en parlais avec Candice Bergen récemment qui me confiait « Quand on est jeune, on entre dans une pièce et on peut dégager immédiatement de la sensualité, voire de la sexualité. Aujourd’hui, les gens me regardent comme si j’étais la tante de quelqu’un ! Pourtant je ne me sens pas différente de celle que j’étais à 30 ans. Une partie de nous parvient à résister à l’emprise du temps. »

Julie Christie a été dès le départ la première et la seule actrice envisagée pour le rôle : « Julie est charismatique et magnifique », explique Sarah Polley au sujet de son choix. « Elle a ce regard qui semble sonder l’âme. Elle est pleine de vie et très curieuse. Il est impossible de ne pas l’aimer. Toutefois, elle est assez déroutante, une seconde elle est avec vous, et l’instant d’après, elle est ailleurs - ce qui est tout à fait ce que j’ai ressenti à la lecture de la nouvelle avec Fiona. » Simone Urdl complète : « Fiona est vibrante, pleine de vie, mais on doit assister à la détérioration de son état. Et Julie y est parvenue sans forcer le trait. »

À 75 ans, Gordon Pinsent interprète Grant Andersson, ancien professeur de mythologie qui vit à la campagne avec sa femme depuis des décennies. Le charme dont a usé Grant avec ses étudiantes existe toujours mais il est désormais au seul bénéfice de Fiona. Sarah Polley précise : « Gordon et Julie sont très différents. C’était très intéressant car je souhaitais que même après des années de vie commune, Fiona et Grant aient conservé leur personnalité et leur singularité. »

« Grant essaye d’être fort, mais il ne peut s’empêcher de se sentir coupable et inutile face à la maladie de sa femme. Tout au long de l’histoire, son personnage passe par une multitude d’émotions », remarque Simone Urdl.

Marié depuis 43 ans lui-même et donc d’autant plus qualifié pour jouer Grant, l’acteur nous explique ce qui l’a attiré dans le projet : « La première raison c’est que Sarah me l’a tout simplement demandé. Je ferai n’importe quoi avec elle. Ce rôle est fantastique : outre la maladie d’Alzheimer, il y a de nombreux aspects passionnants dans le film. Et puis il y a Julie Christie et Olympia Dukakis. Pourquoi hésiter ? »

Au sujet du passé de son personnage, il précise : « Grant a été volage pendant quelques années, il a connu d’autres femmes, des étudiantes, la drogue, mais il a fini par réaliser que Fiona était l’amour de sa vie. Mais elle a attendu qu’il grandisse ». Il continue : « Il est aujourd’hui à un stade de sa vie où son couple le rend parfaitement heureux. Quand Fiona tombe malade et comme elle a toujours été distraite, il n’y prête d’abord pas attention. Plus tard, il va préférer nier les troubles de sa femme et ne pas accepter la situation, refusant de la laisser partir. Que peut-il faire ? Rien, car la maladie ne fait qu’empirer. Peu importe le soutien que Grant reçoit, une partie de sa vie lui est enlevée et il ne trouve aucune réponse à ses questions. »

Le soutien qu’il peut recevoir lui est apporté par trois femmes : Madeleine, la gérante de l’institut Meadow Lake interprétée par Wendy Wrewson, Kristy, l’infirmière en chef interprétée par Kristen Thomson et Marian, la femme d’Aubrey, le patient auquel Fiona s’attache à l’institut. Marian est interprétée par Olympia Dukakis et Aubrey par Michael Murphy.

Pour Olympia Dukakis, porte-parole de l’Association Alzheimer aux Etats-Unis, le scénario de ce film décrit une histoire d’amour qui s’inscrit dans la durée comme on en voit peu au cinéma. « C’est un regard original sur l’amour et la vie. Nous pensons que tout a une fin, en réalité la vie se réinvente. Le mariage de mon personnage, Marian, a connu des hauts et des bas. Malgré les difficultés, Aubrey et Marian sont restés ensemble. Quand il est tombé malade, elle est devenue son aide-soignante, sans amertume ni ressentiment. Leurs ressources financières ne permettent pas de placer Aubrey en institut, à l’exception de quelques jours par an pour qu’elle puisse se reposer. C’est à cette occasion que son mari rencontre Fiona. Et lorsque cette dernière ne semble plus avoir besoin de son mari mais d’Aubrey, Grant se tourne vers mon personnage. Et réalise qu’il peut avoir une seconde chance à mes côtés. Ce qui est inattendu, aussi bien pour lui que pour moi. »

Le choix d’Olympia Dukakis a été primordial. « Marian est tellement éloignée de ce qu’est Fiona que cela perturbe Grant. Mais au début de l’histoire, on ne veut surtout pas que Marian succombe au charme de Grant. Elle n’apparaît jamais comme une victime non plus, ce qui pourrait nuire à l’image que l’on a de Grant. Ils sont juste là pour se soutenir l’un l’autre, sans jamais tourner le dos à leurs conjoints respectifs. Seul le jeu d’actrice d’Olympia pouvait restituer toutes ces nuances », explique Simone Urdl.

Interpréter un personnage muet comme Aubrey est toujours un défi, surtout pour une personne expansive comme Michael Murphy. « Aubrey a contracté une maladie qui le cloue dans une chaise roulante et il ne parle jamais. Il se rapproche de Fiona d’une manière étrangement romantique, Grant se retrouvant spectateur de cette relation, comme un intrus. Seul mon visage me permettait de faire passer les sentiments, ce qui présente l’intérêt de ne pas avoir à mémoriser de dialogues », plaisante-t-il, « Julie et moi avions travaillé ensemble il y a 35 ans et étions devenus bons amis. Elle n’a pas changé, pas plus que notre amitié. C’était un plaisir de se retrouver à l’écran. »

À l’occasion de la sortie du film, les éditions Payot-Rivages rééditent la nouvelle d’Alice Munro « L’ours traversa la montagne » issue du recueil « Un peu, beaucoup...pas du tout » paru dans la collection Rivages poche / Bibliothèque étrangère.

La maladie affecte 860 000 personnes en France. Chaque année 225 000 nouveaux cas se déclarent en France et selon les prévisions de l’INSEE, près de 1,3 million de personnes seront atteintes d’ici à 2020, soit un Français de plus 65 ans sur quatre. La maladie concerne en France plus de 3 millions de proches et de soignants. Devant les défis posés par l’Alzheimer, le gouvernement a décidé de faire de la lutte contre cette pathologie la grande cause nationale de l’année 2007.

Loin d’elle (Away From Her)
Film écrit et réalisé par Sarah Polley d’après la nouvelle « L’ours traversa la montagne » d’Alice Munro avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis et Michael Murphy
Durée : 1h35
Sortie le 02 mai 2007


Publié le Vendredi 9 Mars 2007 dans la rubrique Culture | Lu 12047 fois