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Lettres à… un spectacle pour donner à voir et à entendre « la parole des vieux »

La Piccola Compagnie et la Fondation Nationale de Gérontologie (FNG) viennent d’annoncer le lancement d’un spectacle théâtral et musical construit à partir de lettres ayant participé à l'opération « Lettres à... », qui avait pour objectif de faciliter la liberté d’expression des personnes âgées. Découvrons en avant-première cette pièce qui sera sur scène à la rentrée 2007.


Initiée en 2001 par la Fondation Nationale de Gérontologie (FNG), l’opération « Lettres à… » a eu dès le départ pour objectif de faciliter la liberté d’expression des personnes âgées en leur proposant d’écrire une lettre sur un sujet qui leur tenait à cœur.

Désormais, chaque année, ces lettres continuent à être soumises à un jury qui en prime certaines selon des critères définis au préalable.

Cette opération est donc un bon moyen de rompre l’isolement des aînés et de maintenir un lien avec la société. C’est aussi une occasion de lectures et de dialogues favorisant la transmission et la connaissance des personnes âgées pouvant ainsi contribuer à améliorer les relations entre les générations, tout comme le regard que la société peut porter sur le vieillissement et les vieilles personnes.

Lettres à..., ce sont tout d’abord de vieux auteurs, des personnes âgées qui ont écrit dans le cadre de cette opération, mais il s’agit également de rencontres entre certaines de ces lettres et de jeunes comédiens qui y ont découvert ces aînés qui n’ont peur, ni des émotions ni des coups de gueule, qui se refusent à laisser la tristesse ou le rire, l’utopie ou la nostalgie, la pensée de la mort ou le reflet du sourire d’un enfant... être l’apanage d’une génération. .../...
Lettres à… un spectacle pour donner à voir et à entendre « la parole des vieux »

De là est né ce projet. « Ce spectacle sera donné par deux jeunes comédiens, souligne Chloé Waysfeld, nous tenions à ce qu’il soit joué par des jeunes. Il y aura un garçon et une fille. Ils vont prêter leur voix, leurs corps, leur jeu, pour nous transmettre ces lettres en chair et en os, dans l’espace-temps d’un spectacle ». Par ailleurs, des musiciens-improvisateurs ont rejoint ces comédiens et leurs auteurs. Ces derniers vont offrir « aux mots et aux histoires, la résonance qu’offre la musique quand elle sait ne pas s’opposer au silence, ne pas s’imposer, juste accompagner, vibrer, évoquer, quitter le lieu, changer de temps ».

Ce spectacle, indiquent les organisateurs, « c’est enfin, à travers le filtre du théâtre, découvrir ou retrouver la parole des vieilles personnes, entendre ce qu’elles nous disent, au présent, de la manière dont le passé nourrit leur vision de notre société, de son avenir, des relations entre les générations. Ce qu’elles nous disent des progrès dont elles ont profité et profitent, des temps sombres ou heureux qu’elles ont vécu et vivent, des questions de vie, de travail, de temps libre, de famille, de santé, de politique, de société... Des questions qui ne cessent de les animer et sur lesquelles elles invitent les plus jeunes à dialoguer. Entre autres pour que l’âge, quel qu’il soit, ne devienne jamais un facteur d’exclusion ».

Lettre à… se produira à partir de la rentrée 2007 à Strasbourg et à Paris. Le spectacle dure environ 1h15. Il peut être représenté dans un théâtre ou dans une salle de réunion, dans un espace de type « congrès » ou amphithéâtre... L’essentiel est que la salle permette de délimiter un espace scénique correctement situé et éclairé. Cette pièce peut donc être demandée dans des contextes et utilisations variés : représentation théâtrale classique, bien sûr, mais également en ouverture ou clôture d’un colloque, d’un congrès, etc.

Une version courte (environ 30mn) existe également : elle est conçue pour permettre de lancer une discussion ou un débat autour d’un des thèmes évoqués par les lettres, et peut donc servir pour introduire un « café des âges », pour lancer une journée ou une soirée de conférence, de colloque, de congrès... A bon entendeur…

Contact : tél. 06 82 07 24 23
mail

Extraits de lettres tirés du spectacle

Referme doucement
C’est à toi, aide-soignante, que je choisis d’adresser ce message. Pardonne ce tutoiement que j’ai souhaité utiliser, mais comprends qu’en d’autres temps, tu aurais pu être ma petite-fille, ou mon petit-fils, et ce dont je voudrais te parler me paraît tellement important.
Car il s’agit bien d’amour. Non, ne dis rien, ne pense rien, écoute simplement. [...]

Mes très chers enfants,
[...] Mais voyez-vous tous ces objets désuets qui, selon vous, encombrent ma cuisine sont en fait pour moi des amis. Ma main reconnaît leur poids, leur matière, leur maniement : bref, ils me rassurent. Pouvez-vous imaginer, enfants de la société du jetable que vous êtes, que de tout mon matériel culinaire, ce que je préfère c’est l’ouvre-boîte « crapahuteur » que nous utilisions votre grand-père et moi pour le pique-nique et le couteau en corne qui fait tirebouchon de mon oncle Albert ?

Pour mes soixante-quatorze ans, j’ai bénéficié d’un robot magique, pourvu d’innombrables accessoires, « pour faire une purée bien lisse » m’avez-vous dit. Etes-vous sûrs que c’est ainsi que je l’aime ? [...]

Lettre à mon petit fils
[...] Tu bois, tu manges, petit loup aux dents de scie, tu chipotes et tu tries, tu oublies l’image vue hier à la télé et qui t’émouvait ! Des enfants décharnés, les yeux agrandis par la faim. Tu tempêtes petit écolier, contre ta maîtresse qui exige de bons résultats, sans penser que plus tard ton savoir te défendra contre la misère et le ridicule. Tu boudes, tu râles, contre tes parents qui t’éduquent et qui bien sûr sont... nuls, mais tu cherches leurs bras pour pleurer et te faire consoler si ton chat est malade ou si tu perds au jeu. Tu vis ta vie d’enfant. Mais qui est cet enfant ? [...]

Mon matin comme je l’adore
[...] Moi, j’aime prendre mon temps, déjeuner « à deux à l’heure », prendre le temps de me réveiller, une douceur que je m’accordais chaque matin avant. J’aime le café au lait et les tartines beurre et confiture, j’aime entendre le chant des oiseaux qui se nichent sur ma fenêtre, j’aime regarder dehors, entendre la pluie s’il pleut... je suis sourde, mais j’imagine quand même ces cliquetis. [...]

Lettre à moi-même
Il est vrai que j’aurais voulu voir pétiller les yeux d’envie comme le font au public les belles filles du Lido ou des Folies Bergères. Que j’aurais voulu faire vibrer les mots comme savaient les écrire Georges Sand, Duras ou Vilmorin. Que j’aurais voulu donner la chair de poule en chantant comme Edith Piaf ou Callas. Que j’aurais voulu faire pleurer sur le grand écran comme pouvaient le faire Magnani, Massima ou Signoret. Que j’aurais voulu donner le frisson comme le transmettait Ginger Rogers en dansant aux bras de Fred Astaire. Que j’aurais voulu donner toute ma foi, tout mon courage comme soeur Térésa auprès des déshérités. Mais... [...]

Pompettes et guillerets
[...] Je me suis réveillé avec à la radio, cette merveille dont je ne puis me lasser, cette nouvelle formidable : trois ou quatre verres de vin par jour pourraient prévenir l’apparition de la maladie d’Alzheimer. Quel bonheur ! Déjà qu’il y ait un rien d’espoir sur ce front atroce, ça fait toujours plaisir. Et puis surtout, cela m’a fait venir des visions délicieuses : j’imagine notre maison de retraite croulant sous les litrons... [...]

Lettre ouverte “aux livres”
Ça commence par une lettre, un mot, une phrase, une page et puis enfin le livre, le bonheur.
La lecture a été pour moi une des plus belles choses de ma vie (après la famille). Sans doute parce qu’une chose trop rare dans l’enfance. En effet, à la campagne à cette époque... [...]

Nous ne sommes pas des jouets
Chers enfants, Je vous remercie de m’avoir mise à l’abri de tout souci. La propreté de la maison de retraite est remarquable. J’ai trouvé une bonne ambiance et un personnel charmant.
Cela fait maintenant quatre ans que je vis ici, quatre ans que je suis arrivée sans l’avoir choisi.
Je sortais d’une hospitalisation en cardiologie, et je pensais rentrer chez moi, dans mon pavillon. Hélas, vous avez choisi « ce qu’il y avait de mieux pour moi », à votre avis. [...]

Exil
Mes très chers enfants,
Vous avez vécu en Algérie tandis que je résidais en France, et ce depuis votre plus jeune âge. On a pris l’habitude de correspondre et d’échanger des nouvelles par téléphone. Vous avez grandi sans que je sous à vos côtés pour veiller à votre éducation et partager avec vous le quotidien. Je n’ai pas pu jouer mon rôle de papa présent physiquement auprès de vous, je n’ai pas entendu vos premiers mots ni suivi vos premiers pas. Cette lettre, je voudrais qu’elle vous dise les choses que j’ai tues pendant des années, par pudeur, par discrétion, par trop d’éloignement. Ces mots sont là pour mieux vous faire comprendre ce que j’ai vécu de loin, ce que j’ai ressenti. Aujourd’hui, je vous dois une certaine franchise, cette réalité qui fut la mienne durant ces années passées en France. Il faut d’abord que vous sachiez que cet exil... [...]

Lettre à ceux qui ont un malade chez eux
[...] Pointant mon index vers la chambre : “Il n’en est pas question, mon mari dort à côté”, lui dis-je. Mais on m’expédie aux urgences, ce dont je n’ai aucun souvenir et je refais surface 2 jours et demi plus tard en Réa. Voilà comment s’est terminée cette histoire ! Je suis allée au bout de mes forces, sans m’en apercevoir et sans tenir compte de mon âge, ni de mes capacités physiques. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire ! Si un jour vous rencontrez cette situation, allez tout de suite voir un médecin afin d’être dirigés sur les services de neurologie (...) avant d’y laisser toutes vos forces, sinon vous ne pourrez même pas aider le malade qui vous est cher : vous serez devenue inutile pour lui. [...]


Publié le Mercredi 7 Mars 2007 dans la rubrique Culture | Lu 2935 fois