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Les territoires face au vieillissement français : un ouvrage pour comprendre le phénomène de la « gérontocroissance »

À la suite du colloque « Vieillissement et territoires » organisé fin 2005 à la Sorbonne par l'association Population et Avenir, en partenariat avec la DIACT, les Éditions Ellipses publient sous la direction de Gérard-François Dumont un livre intitulé : Les territoires face au vieillissement en France et en Europe : Géographie - politique - prospective.


Ce livre traite l'ensemble des questions posées par le vieillissement des territoires français et européens, avec des analyses à toutes les échelles géographiques, des pays aux communes en passant par les régions, les aires urbaines, les départements ou les agglomérations, avec des exemples de la péninsule Ibérique à la Pologne en passant par la France, la Belgique, l'Italie ou l'Allemagne.

Il approfondit la question de l'augmentation du nombre des personnes âgées (la « gérontocroissance ») et de ses conséquences. Il présente une mine d'analyses, de prospectives, de réflexions sur tous les aspects géographiques du vieillissement des populations et sur les politiques qu'il requiert. .../...
Les territoires face au vieillissement français : un ouvrage pour comprendre le phénomène de la « gérontocroissance »

En voici la préface rédigée par Pierre Mirabaud, délégué interministériel à l'aménagement et à la compétitivité des territoires.

La dynamique démographique dont le vieillissement est l’un des enjeux principaux constitue pour la DIACT un sujet de préoccupation majeur. Il faut mesurer les évolutions en cours, peser les impacts sur l’équilibre de notre territoire et réfléchir aux outils qui permettront, demain, d’agir et de réagir pour répondre de manière optimale aux défis d’une répartition géographique sans doute modifiée des hommes et des femmes.

La dimension de la population de la France à l’horizon 2030, sa répartition sur le territoire, sa densité selon les régions, sa concentration ou sa diffusion dans les espaces ruraux, son dynamisme propre, les apports dont elle s’enrichit par les migrations sont autant de données qui constituent la toile de fond de toute décision véritablement politique concernant l’aménagement du territoire. Les dynamiques de la population nous intéressent au premier chef : où les jeunes, et les moins jeunes, s’installent-ils ? Comment et pourquoi se déplacent-ils sur notre territoire ? Quels impacts ces flux laissent-ils présager en termes d’emploi, de disponibilité de services publics et de services au public ?

Cette conjugaison de la démographie et des territoires, il faut la concevoir de manière proactive. C’est-à-dire en anticipant sur les évolutions des prochaines années, plutôt qu’en essayant de réagir, après coup, et en essayant de s’adapter tant bien que mal aux choix des Français : la prospective tient donc une place essentielle dans cette approche et la DIACT y est très attentive.

Reconnaissons-le et restons modestes : nous avons déjà, depuis longtemps, suffisamment d’éléments de connaissance statistique pour ne pas faire semblant de découvrir des phénomènes d’une importance considérable pour l’équilibre de notre territoire à la dernière minute. Dans le contexte européen, la France possède deux atouts de taille : l’espace et une relative jeunesse. Cela atténue en quelque sorte le constat de vieillissement structurel de la population de la France car, parmi les autres pays avancés, nous nous distinguons de nos voisins européens (Espagne, Italie), par la vigueur de notre solde naturel. Cela étant, nous devons nous préparer à un vieillissement massif de la population française qui retentira nécessairement sur l’évolution des préférences et des pratiques résidentielles, sur l’utilisation des réseaux (transport, santé, éducation), sur la consommation, sur les usages du temps (offre de loisirs) dans les régions.

Quatre traits particuliers font l’originalité du profil démographique de la France :
- Le taux de fécondité de la France s’est accru depuis le milieu des années 1990 et se maintient à un niveau relativement élevé (2e en Europe après l’Irlande), ce qui compense la baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants. Ainsi, faut-il se réjouir du fait que notre pays voit naître plus de 750 000 nouveaux-nés chaque année.

- Le vieillissement de la population s’accentue et va encore s’amplifier sous l’effet de deux phénomènes conjugués. D’une part, l’allongement de la durée de vie des hommes, mais aussi et surtout des femmes, qui enregistrent une espérance de vie parmi les plus élevés au monde. D’autre part, la fin de carrière et l’arrivée à l’âge de la retraite des classes d’âge issues du baby-boom.

- Les apports migratoires jouent un rôle décisif dans l’évolution globale de la population car ils compensent aujourd’hui tout juste la diminution du renouvellement naturel, dû à la décroissance de femmes en âge d’avoir des enfants. Les politiques d’accueil ou de limitation de ces entrées auront donc un impact essentiel sur l’équilibre des générations dans les années à venir.

- Enfin, le redéploiement de la population sur l’ensemble du territoire se renforce, suivant des tendances pressenties depuis une quinzaine d’années : mouvements du Nord et de l’Est vers le Sud et l’Ouest, périurbanisation et métropolisation, avec des agglomérations dont l’aire d’influence s’élargit maintenant à plusieurs dizaines de kilomètres autour des centres, attraction des littoraux, des grands bassins et vallées fluviales, des Sud, et du rural, même profond.

Les mutations démographiques bousculent les logiques de l’aménagement des territoires
Il faut nous organiser, si nous ne voulons pas les subir. Car ces tendances vont nécessairement modifier de manière considérable la géographie du peuplement, entre le nord-est et le sud de la France, entre la région capitale et les métropoles dynamiques en région, et sans doute, à des échelons beaucoup plus fins entre les centres, les périphéries des agglomérations. Les politiques publiques doivent anticiper à tous les niveaux, en particulier en ce qui concerne les services, les réseaux et les infrastructures, pour ne pas être à la traîne face à ces mutations.

Il est en effet nécessaire d’adapter la localisation des équipements de santé, de la crèche à la maison de retraite médicalisée, de connaître bien à l’avance les besoins spécifiques de telle ou telle région en raison de son profil démographique propre. Il en va de même des équipements de formation professionnelle et générale, secondaire et supérieure : nos travaux sur les villes moyennes conduisent à mieux prendre en compte les besoins localisés des bassins d’emploi.

Des ajustements sont à trouver entre la localisation des entreprises et les mouvements des populations : concentration ici, faible densité là. Il faut associer à une politique fine dans l’espace une politique souple et respectueuse des temporalités de la population : il est clair qu’une population plutôt âgée et inactive n’a pas tout à fait les mêmes demandes en termes d’accès horaires aux services publics qu’une population majoritairement active, qui les consomme hors des horaires de travail.

Ce qui doit se faire aujourd’hui, avec une bonne connaissance des besoins actuels de la population sur chaque territoire, doit se faire aussi dans une vision prospective, pour adapter nos méthodes aux évolutions probables des deux ou trois prochaines décennies.

Utiliser la prospective
Une prospective territorialisée du peuplement de la France implique deux champs d’investigation qui sont pour partie liés : le niveau global et la composition de la population ainsi que la mobilité résidentielle. Alors qu’on croyait irréaliste, il y a quelques années, le fameux scénario d’une population de la France à 75 millions d’habitants, cette hypothèse est à nouveau évoquée pour 2050. Certes, rien n’est encore fait, car il faut combiner des projections concernant le solde naturel avec des scénarios concernant le solde migratoire. Les experts ont même esquissé l’hypothèse d’un mouvement de reprise de la fécondité allant jusqu’à atteindre le remplacement des générations (correspondant à une fécondité de 2,1 enfants par femme) accompagné d’une poursuite de l’allongement de la vie jusqu’à 91 ans pour les femmes et à 84 ans pour les hommes. Cela permettrait, avec un âge moyen d’entrée dans la vie active égal à ce qu’il est aujourd’hui (22 ans), de dégager une population active forte de 31 millions de personnes et une part de seniors (60 ans ou plus) représentant 30 % de la population.

Hypothèse heureuse, sans aucun doute, qui implique que les frémissements enregistrés se confirment. Il faut bien évidemment coupler ces visions avec de fines analyses des comportements et intégrer les mouvements migratoires, qui sont inclus dans un contexte européen (Schengen et hors Schengen). Pour les sorties, il faut se pencher de manière plus précise sur les migrations, temporelles ou définitives, des retraités hors de France, par exemple vers des villes résidentielles sur les rives de la Méditerranée.

Notre voisine espagnole assure un développement parfaitement planifié de ces transferts de populations âgées d’Europe du Nord. Cette spécialisation territoriale, de la Costa Brava à la Costa del Sol, soutient ainsi l’activité du BTP et l’essor des compagnies low-cost. De notre côté, il faut interroger avec des outils statistiques et sociologiques nouveaux le phénomène des doubles résidences, majeur dans le Sud et le Sud-Ouest. En outre, il est urgent de mesurer les mouvements d’étudiants et de jeunes actifs diplômés étrangers vers la France, mais aussi des jeunes Français vers l’extérieur, car ces flux, de jeunes et de moins jeunes, dessinent le visage des régions de demain.

Pour les entrées, l’élargissement de l’Europe et la libre circulation des personnes vont avoir un impact important, de même que l’installation des ménages, actifs (et qui créent souvent leur entreprise) ou retraités (et qui consomment des services) en provenance d’Europe du Nord. Dans ce cas, la France, avec la Dordogne, l’Ariège ou le Luberon, est bien un Sud.
Quant aux flux migratoires en provenance des pays extérieurs à l’Union Européenne, la réflexion est largement engagée sur le double objectif de leur maîtrise et des besoins de notre appareil productif en main d’œuvre qualifiée : en matière d’immigration, l’adaptation de nos règles aux besoins de l’économie française fait notamment partie du programme de travail du gouvernement.

(…)

De leur côté, les populations inactives peuvent choisir des migrations à plus longue distance. La retraite devient de plus en plus souvent l’occasion d’un changement de résidence, et dans les prochaines années, avec 600 000 sortants du marché du travail chaque année, on peut s’attendre à des mouvements importants.

La part du vieillissement sur place va sans doute se réduire et, en tous cas, pose problème dans les tissus périurbains constitués dans les années 1970, à qui il manque certains services et infrastructures.

L’évolution du comportement des ménages (y compris européens) peut jouer un rôle considérable dans certaines zones rurales peu denses, même si, du côté des contraintes, le niveau de santé et d’autonomie des personnes âgées, la recherche d’un appui familial sont des facteurs de reconcentration des populations vers des « pôles de service » en milieu rural.

Réfléchir sur la relation entre l’attractivité et l’habitabilité des territoires Car, si les préférences individuelles favorisent aujourd’hui assez largement la province, notamment le littoral et le rural, des retournements ne sont pas à écarter, ni d’ailleurs une brusque amplification des dynamiques actuelles.

Jusqu’à présent les principaux facteurs qui ont joué dans le redéploiement spatial des Français sur leur territoire sont les facteurs d’accessibilité des métropoles entre elles et des métropoles vers les zones rurales agréables au point de vue climatique, et qui constituent des territoires « à vivre et à travailler ». Les infrastructures ferroviaires à grande vitesse, comme le TGV et les bouclages autoroutiers, soutiennent certainement les dynamiques positives de certaines zones, comme les littoraux et leurs arrière-pays par exemple.

Le coût du foncier, de l’immobilier et des transports pourraient jouer un rôle encore accru dans l’avenir, même si nous savons encore beaucoup trop peu de choses sur le « nomadisme résidentiel » et la multirésidentialité. Les scénarios qui peuvent être élaborés à propos de la répartition future de la population ne peuvent être confondus avec des projections. Ils impliquent des hypothèses sur les comportements, les choix de vie et les modes de vie, mais aussi des visions anticipatrices des politiques d’immigration, des politiques d’équipement et de services, de contrôle de l’urbanisation : en ce sens, il s’agit bien d’un chantier interdisciplinaire qui doit rassembler toutes les énergies.

Pierre Mirabaud
Délégué de la DIACT, Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité du territoire

Les territoires face au vieillissement français : un ouvrage pour comprendre le phénomène de la « gérontocroissance »
G.-F. Dumont, qui a dirigé pour ce livre plus de 80 collaborateurs de huit pays différents, est Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne, Président de la revue Population & Avenir et membre du Conseil scientifique de la DIACT. Auparavant Recteur d’Académie et membre de section du Conseil économique et social, il a notamment publié aux éditions Ellipses La population de la France, des régions et des Dom-Tom, Les régions et la régionalisation en France et, avec Gabriel Wackermann, Géographie de la France.



Les territoires face au vieillissement en France et en Europe
Géographie - Politique - Prospective
Sous la direction de Dumont Gérard-François

978-2-7298-2926-1
16,5 x 24 cm,
416 pages,
27,5 euros
Parution : 2006


Publié le Mardi 6 Février 2007 dans la rubrique Société | Lu 6614 fois