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Senior Actu

Les seniors du Swaziland qui doivent élever les orphelins ne sont pas suffisamment soutenus

Les nombreuses personnes âgées du Swaziland qui ont la charge de leurs petits-enfants lorsque leurs parents décèdent du sida, ne reçoivent pas suffisamment d’aide de la part de l’Etat, indique un récent article d’Irinnews.com, site Internet d’information de l’Onu. Il faut savoir que dans ce petit pays voisin de l’Afrique du sud, où la durée de vie est l’une des plus courtes au monde, la tradition veut que ce soient les garçons et les filles qui s’occupent de leurs parents quand ils vieillissent, mais le VIH a bouleversé cette organisation ancestrale et les conséquences retombent fatalement sur les épaules de ces grands-parents déjà très démunis…


Gogo (ou « grand-mère » en langue siswati) Thwala mène une vie qui repose essentiellement sur ses compétences de survie, et bien que cette veuve de 72 ans doive élever toute seule ses trois petits-enfants, aucun signe de résignation ou de désespoir n’assombrit son visage.

« Quand Dieu a emporté mon fils et sa femme, je me suis retrouvée avec deux petites filles et un garçon à élever. Ce fut difficile de recommencer à travailler, mais je ne suis pas sans ressources », a confié Gogo Thwala.

Sa petite ferme, implantée à flanc de coteau, sur des terres communales appartenant à l’Etat, à Eldwandle, est située à seulement cinq kilomètres au sud de Manzini, leu principal pôle commercial du pays. Cependant, peu de visiteurs empruntent les chemins rocailleux pour se rendre jusqu’à la ferme, tant et si bien que Gogo Thwala pourrait vivre dans un village isolé.

Outre la rocaille qui empêche Gogo Thwala de cultiver correctement son petit lopin de terre, la sécheresse a sévi l’année dernière et a rendu la terre infertile. « Regardez maintenant comme le maïs est haut », s’est-elle exclamée, balayant de la main un magnifique champ de maïs verdoyant, qui s’érigeait vers le bleu du ciel. La saison des pluies a été généreuse et ne s’est pour l’instant accompagnée d’aucune grêle. « Cette récolte me permettra de nourrir les enfants. Je pourrai vendre le surplus afin de les envoyer à l’école », a-t-elle poursuivi. .../...

Dans l’une des deux cases de terre de la propriété, Gogo Thwala a saisi une trousse de couture et s’est mise à repriser l’une des jupes de l’uniforme scolaire de sa petite-fille. La jeune élève revêtira encore cet uniforme lors de la nouvelle année scolaire qui débutera cette semaine.

Le gouvernement classe les deux petites-filles de Gogo Thwala dans la catégorie des orphelins et enfants vulnérables, et se charge, en conséquence, de payer leurs frais de scolarité. Le petit-fils, âgé de cinq ans, devra attendre d’être en âge d’aller à l’école primaire pour appartenir à cette catégorie.

Malgré la lenteur et le manque de financement des services sociaux du gouvernement, le Swaziland s’intéresse progressivement au sort des orphelins et enfants vulnérables et reconnaît les besoins des personnes âgées et souvent indigentes qui prennent soin de ces enfants.

« Je n’avais jamais songé à devoir élever de nouveau des enfants. Je pensais que cette partie de ma vie était révolue. Mais que puis-je faire ? Que peuvent-ils faire sans moi ? Je les aime et leur présence m’aide à soulager ma peine suite à la mort de mon fils et de sa femme », a-t-elle dit.

Pour Mkuluza Zwane, directeur de Umtfunti Old Age Association, le comportement de Gogo Thwala est admirable, mais rare. « Ces personnes âgées sont la plupart du temps usées par les fardeaux qu’elles doivent supporter à leur vieil âge. La tradition veut qu’elles soient aidées à cette période de leur vie (...) par leurs enfants. Mais maintenant, à cause de la crise du VIH/SIDA, le gouvernement doit intervenir et offrir ce soutien. Il s’agit d’une question d’humanité et de respect à l’égard de nos aînés », a expliqué Mkuluza Zwane.

L’association de Mkuluza Zwane a fait pression sur le gouvernement pour que ce dernier augmente la pension mensuelle versée aux personnes âgées. Ainsi, l’année dernière, une personne à la retraite percevait 30 dollars américains par mois, soit deux fois plus que la piètre somme mensuelle à laquelle elle avait jusqu’alors droit.

« Cela ne suffit pas pour vivre, mais il s’agit d’un revenu complémentaire, fondé sur l’idée selon laquelle ces personnes reçoivent encore une certaine aide des membres de leur famille. La plupart des aînés n’ont pas de domicile. Au Swaziland, la famille élargie et les voisins aident encore les plus âgés. »

Cependant, certaines personnes âgées sont vraiment seules, un phénomène récent encouragé par le bouleversement social causé par l’épidémie de VIH. Dans un discours prononcé début janvier, le Premier ministre Themba Dlamini a souligné la volonté du gouvernement d’améliorer le sort des personnes du troisième âge. En outre, il a reconnu la nécessité de résoudre le problème auquel sont confrontés les récipiendaires d'une pension, qui doivent parcourir de longues distances pour recevoir leurs chèques mensuels.

Pour les personnes malades contraintes d’endurer des journées entières dans un bus, percevoir une pension du gouvernement présente des avantages et des inconvénients. Bien que le gouvernement manque cruellement de ressources et ne puisse vraisemblablement pas augmenter le montant des pensions versées aux personnes âgées, Themba Dlamini s’est engagé à prendre des mesures pour faciliter le versement de ces pensions.

La Reine Mère, qui comme le veut la tradition gouverne avec son fils, le Roi Mswati II, a mis sur pied un organisme de bienfaisance, appelé Phila EmaSwati, afin de porter assistance aux personnes âgées. L’hiver dernier, Phila EmaSwati a distribué des vêtements et des couvertures, mais le gouvernement n’a pas débloqué des fonds afin de développer ces programmes.

Bien que tout le monde reconnaisse que les personnes âgées jouent un rôle essentiel dans la réduction des conséquences sociales de l’épidémie de VH/SIDA, les ONG, à l’exception de Umtfunti Old Age Association, ne considèrent pas les besoins de ces personnes comme étant des priorités.

« Le Swaziland compte très peu d’orphelinats. Ce sont les familles (élargies) qui s’occupent des orphelins (…) cela signifie que ce sont les grands-mères qui accomplissent le travail des organismes sociaux », a déploré Wilma Bhembe, un travailleur social de Manzini.

« Elles (les grands-mères) doivent être soutenues. Dans le cas contraire, que vont devenir les enfants ? Qu’allons-nous faire de nos enfants ? Ce n’est pas suffisant de donner des rations alimentaires aux enfants et de payer leurs frais de scolarité », a-t-il ajouté.

Malgré la pauvreté endémique, le pays est fier de la force de ses valeurs africaines traditionnelles, dont le respect pour la famille et les aînés. Cependant, de nombreux Swazis sont choqués lorsqu’ils se rendent compte que cet aspect de leur culture est menacé.

Des agents immobiliers de la banlieue riche de Ezulwini, située à l’est de la capitale, Mbabane, ont dévoilé les plans de la première communauté de seniors du Swaziland. Bien qu’élaboré pour les personnes retraitées nantis du pays, le projet immobilier protégé a surpris plus d’un habitant. En effet, selon la population, le projet n’est pas conforme à la culture swazie et menace le mode de vie de la nation.

« Cet endroit est une forme d’apartheid pour les personnes âgées. C’est pour les pays étrangers qui veulent enfermer ces personnes. Nous aimons et respectons nos aînés, nous les voulons quotidiennement à nos côtés, au sein de notre cercle familial », a confié James Mhlongo, un marchand d’objets d’art qui travaille dans l’un des hôtels touristiques de Ezulwini. « Mais si cet endroit nous pousse à réfléchir sur le sort de nos aînés, nous ferons alors peut-être plus de choses pour les garder à nos côtés », a-t-il conclu.

Cet article, souligne l’Irin sur son site Internet, ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies.


Publié le Jeudi 31 Janvier 2008 dans la rubrique Intergénération | Lu 5353 fois