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Les romans n’intéressent pas les voleurs de Alain Rémond : au sol est Millau


« Le viaduc ? Quel viaduc ? Il y a un nouveau viaduc, à Millau ? ». C’est ainsi. On séjourne quelques temps à Millau et on ne s’aperçoit pas que le viaduc domine le paysage. Ce sont toujours les choses les plus évidentes que l’on ne voit pas.

Rappelez vous « La lettre volée » d’Edgar Poe. Le plus pointu, le plus curieux des lecteurs peut méconnaître le plus grand des auteurs.

Le dernier roman d’Alain Rémond est construit autour de cette rencontre si improbable entre l’écrivain et son lecteur.

Le narrateur, Jérôme, remet en forme les romans qui sont soumis aux Editions Hurtebise, spécialisées dans la littérature de série B.
Les romans n’intéressent pas les voleurs de Alain Rémond

En fait, il réécrit les textes tant ils sont truffés d’incohérences, d’approximations et de mauvais calembours. Les titres en sont révélateurs, comme « Galopades aux Galapagos » ou pourquoi pas, suggère Jérôme « Maldonne aux Maldives ».

Jean-Paul, son ami, est journaliste. Ils entretiennent depuis l’adolescence une même passion pour le célèbre romancier Santenac qui, dans les années soixante, écrivit trois chefs d’œuvres et qui depuis a totalement disparu.

Les deux amis ont été si intimement impressionnés par la lecture de ces trois livres qu’ils décident de partir à la recherche de leur auteur fétiche. Pourquoi ce silence ? A-t-il continué d’écrire ? Sera-t-il possible de livrer ces romans tenus secrets ?

Alain Rémond démontre les enjeux de la littérature et fait vibrer le fil ténu qui sépare la prose de la pose. Il dénonce cette littérature quand elle relève de l’économie éditoriale, conçue uniquement comme vecteur de communication et de commerce, sans projet artistique ou intellectuel, un peu à la façon du viaduc qui devient l’emblème même de Millau tout en effaçant l’existence de la ville.

Ici la fragilité de l’auteur et la continuelle exigence du lectorat sont exprimées avec brio. Si bien que ce roman à l’allure policière, conte l’histoire de la mutuelle incompréhension qui lie le lecteur et l’écrivain. « A quoi servait d’écrire ? A quoi servait de lire ? » s’interroge Jérôme.

N’est ce pas dans la confrontation de cette double inutilité que s’opère la magie de la littérature ?

Les romans n’intéressent pas les voleurs
Alain Rémond
Editions Stock
196 pages
16 euros


Publié le Lundi 12 Novembre 2007 dans la rubrique Culture | Lu 3977 fois